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L’Armée de terre américaine modifie sa politique d’attribution des primes de réengagement en y intégrant désormais des critères de performances physiques et professionnelles. Cette nouvelle approche vise à mieux récompenser les soldats exemplaires dans leur condition physique et leur rendement au travail.

Selon un message officiel daté du 27 janvier, les primes les plus élevées continueront d’être versées aux soldats exerçant dans des spécialités militaires difficiles à pourvoir, avec des versements plus importants pour ceux qui s’engagent sur une durée plus longue. Toutefois, pour la première fois, la performance individuelle au sein de leur emploi sera aussi prise en compte dans le calcul de la prime.

Le système d’incitation « récompense les soldats de haute qualité en fonction de leur maîtrise physique, technique et tactique, ainsi que selon l’évaluation globale de leur commandement », précise le document officiel.

Les soldats seront classés par rapport à leurs pairs dans la même spécialité professionnelle et au sein de la même organisation, ce qui déterminera le montant maximum de la prime à laquelle ils peuvent prétendre, ont indiqué des responsables de l’Armée.

Cependant, les besoins globaux de l’armée continueront à influencer les primes, avec des domaines en forte demande bénéficiant de montants plus substantiels. Ainsi, les soldats spécialisés en cyberdéfense, maintenance aéronautique, services juridiques, forces spéciales et renseignement seront les mieux récompensés, particulièrement s’ils s’engagent pour plusieurs années supplémentaires, souligne la note de service.

Une prime modulée selon les critères professionnels et physiques

Ce nouveau programme permet aux soldats de percevoir une prime sélective de rétention dès un engagement additionnel de trois ans, avec un bonus supplémentaire de 450 dollars. En s’engageant pour cinq ans ou plus, les montants peuvent atteindre jusqu’à 81 000 dollars. Ces primes ne s’appliquent qu’aux années ajoutées au contrat initial.

Pour évaluer la performance individuelle, les règles introduisent le programme d’incitation par palier de qualité de rétention, appelé QTIP (Quality Tiered Incentive Program). Ce dispositif structure les primes en quatre niveaux, ou « Steps », allant de 1 à 4, les meilleurs éléments étant classés au Step 4, avec les primes les plus élevées.

Par exemple, un soldat d’infanterie (MOS 11B) qui renouvelle son engagement pour quatre ans peut toucher une prime de 2 775 dollars s’il est classé au Step 1. En revanche, un soldat de même spécialité et durée, mais au Step 4, recevra jusqu’à 3 700 dollars en prime.

Les soldats sont donc évalués au sein de leur carrière et unité respective. Par exemple, des soldats d’infanterie de la 3e Division d’Infanterie seront notés entre eux, mais pas avec des personnels d’autres spécialités.

Les commandants de compagnie travaillent en collaboration avec des conseillers de carrière pour positionner chaque soldat dans l’un des quatre Steps.

Le score qualité pris en compte comprend trois composantes : le résultat au test physique de l’armée, la compétence technique dans le domaine professionnel, et la place au classement interne de l’unité (« Order of Merit List »). La compétence technique mesure notamment les formations avancées, les qualifications supplémentaires obtenues, comme un passage par l’école aéroportée de l’armée ou un diplôme de maître de saut.

« La somme de ces points détermine la valeur du Step du soldat pour le calcul de la prime de réengagement », expliquent les responsables.

Le montant des primes varie largement selon le grade, la durée du contrat et le MOS, mais les primes les plus importantes reviennent généralement aux soldats classés aux Steps 3 et 4.

« L’Armée reste engagée à bâtir une force plus létale grâce à une politique de rétention fondée sur la précision et la qualité », a déclaré le Brigadier général Gregory Johnson, directeur de la gestion du personnel militaire au G-1 de l’Armée, « Nous adapterons le programme en fonction des retours du terrain pour répondre aux besoins évolutifs de l’armée. »

Des primes plus élevées pour les forces spéciales et les cyber-soldats

La note de service révèle également les domaines prioritaires en termes d’emplois et de capacités opérationnelles reconnus par l’armée, notamment la cyberdéfense, la maintenance aéronautique (pilotes et drones), les travaux de construction et d’ingénierie, le renseignement, ainsi que les forces spéciales.

« Face aux pénuries de personnel et à l’expansion de la structure de l’armée, cette dernière priorise les spécialités militaires critiques au sein des filières en croissance et utilise les incitations pour orienter les comportements en fonction de ces priorités », précise le MILPER.

Parmi plus d’une centaine de MOS concernés par la nouvelle politique, certains des bonus les plus élevés sont destinés aux soldats des forces spéciales, tels que ceux affectés au 75e Régiment de Rangers ou au 160e Régiment d’Aviation des Opérations Spéciales. Plusieurs postes de soutien dans ces unités bénéficieront de primes particulièrement attractives.

Dans le domaine cyber, l’armée s’efforce de retenir les soldats en début de carrière de la 780e Brigade de renseignement militaire, spécialisés dans l’analyse d’exploitation et le développement de capacités cyber. Un engagement à court terme (1 à 3 ans) peut rapporter entre 5 000 et 15 000 dollars, tandis qu’un engagement pour 5 ans et plus ouvre la possibilité de primes comprises entre 43 000 et 58 000 dollars.

Les autorités soulignent que la focalisation sur certaines unités dans le cadre des primes reflète un besoin de rétention plutôt qu’une anticipation d’une croissance importante de ces unités.

L’armée vise aussi à conserver ses soldats spécialisés dans diverses fonctions de renseignement, telles que le renseignement humain, les opérations psychologiques et la collecte de signaux d’interception vocale, où des soldats analysent et traduisent des langues étrangères grâce à des technologies avancées.

Les primes les plus élevées cette année s’adressent notamment à certains grades dans les forces spéciales possédant des compétences linguistiques spécifiques, ainsi qu’à des personnels spécialisés comme les techniciens de laboratoire médical, les ergothérapeutes, les démineurs, les agents de contre-espionnage et les analystes en renseignement géospatial.

Au-delà des métiers technologiques, l’armée cherche aussi à retenir les équipages blindés opérant les chars Abrams M1, avec des primes proposées uniquement aux soldats de rang soldat de première classe stationnés à Fort Riley (Kansas) et Fort Bliss (Texas).

Correction : 2/04/2026 – L’article a été corrigé pour préciser que le contrat de réengagement le plus court possible est de trois ans, et non d’un an.