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Depuis le lancement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, les gros titres ont été dominés par les roquettes HIMARS capables d’atteindre des objectifs à près de 300 kilomètres, les missiles hypersoniques atteignant Mach 11, ainsi que les munitions suicides et drones d’attaque à courte portée pouvant littéralement cibler des points précis.

Parallèlement, le Corps des Marines américain a remplacé deux tiers de ses batteries de canons par des roquettes et missiles anti-navires, tandis que la 25e division d’infanterie de l’US Army a amorcé une transition similaire cet été.

La question se pose alors : assistons-nous à la fin de l’artillerie à tubes traditionnelle, ce système qui lance un obus en comptant sur la gravité pour faire le reste? Probablement pas, mais cette arme doit évoluer pour répondre aux exigences des champs de bataille modernes.

Les forces armées américaines disposent aujourd’hui de deux types principaux de canons automoteurs : les obusiers automoteurs, ressemblant à un char équipé d’un canon d’artillerie, et les canons tractés, transportés par camion ou hélicoptère pour une meilleure mobilité tactique.

Par ailleurs, l’artillerie à roquettes est représentée par le M142 HIMARS chez l’US Army et le Corps des Marines, tandis que l’armée possède également le système M270 de plus grande capacité. En Ukraine, ces systèmes sont employés pour frapper des nœuds de commandement et de contrôle russes, des centres logistiques et des officiers supérieurs. Leur mobilité permet aux équipes de se repositionner rapidement, échappant ainsi aux tirs ennemis.

Cette capacité de déplacement rapide est essentielle, car le terrain ukrainien est soumis à une surveillance constante grâce aux drones, aux capteurs, aux satellites, et même aux réseaux sociaux rendant difficile toute tentative de dissimulation.

Si les roquettes à longue portée et précision fonctionnent comme un scalpel, l’artillerie à tubes réalise le travail plus lourd de suppression de l’ennemi. Les forces ukrainiennes ont atteint un pic de 9 000 obus tirés par jour au début du conflit, avant de chuter à moins de 1 800 en début 2024, selon le Royal United Services Institute. La Russie, quant à elle, maintient une cadence entre 7 000 et 16 000 obus journaliers, avec un record de 38 000 en juin 2022.

Les obus d’artillerie sont généralement moins coûteux que les roquettes, offrent un taux de tir soutenu supérieur et demeurent opérationnels quelles que soient les conditions météorologiques ou les tentatives de brouillage électronique pouvant perturber les systèmes de guidage des missiles de précision. Les soldats ukrainiens valorisent particulièrement l’obus de calibre 155 mm, qui conjugue puissance explosive et portée étendue.

Pour maintenir l’approvisionnement de l’Ukraine en munitions et garantir la disponibilité des canons, les États-Unis et l’Europe occidentale envisagent d’ouvrir de nouvelles usines dédiées à la production d’obus et de tubes d’obusiers M777, qui s’usent lors des tirs intensifs.

Cela confirme que l’artillerie à tubes n’est pas morte, bien au contraire, sa demande est à son plus haut niveau depuis des décennies. Toutefois, l’adaptation est une nécessité : les drones, capteurs et satellites permettent à certains dispositifs russes d’ouvrir le feu de contre-batterie en seulement trois à cinq minutes, alors qu’il faut sept à huit minutes pour qu’un canon tracté comme le M777 se replie et se re-déplace, selon Bill Koziar, officier d’artillerie retraité.

Un obusier automoteur, en comparaison, peut se déployer en moins de trois minutes, être en mouvement en moins de deux, et offre une protection blindée accrue aux équipages. Le général James Rainey, ancien chef de l’U.S. Army Futures Command, déclarait en 2024 : « Je crois personnellement que nous avons assisté à la fin de l’efficacité de l’artillerie tractée. »

Ce constat n’est pas nouveau. Le manuel d’emploi de l’artillerie américaine souligne que les unités d’artillerie doivent être aussi mobiles que les forces qu’elles soutiennent. Pourtant, l’armée utilise toujours le M109 Paladin automoteur, en service depuis les années 1960, sans successeur clairement défini après 30 ans d’efforts infructueux.

En 2026, l’armée américaine examinera de près les obusiers automoteurs employés par d’autres forces armées dans le monde. La plupart disposent d’un haut degré d’automatisation leur permettant, avec un équipage de seulement deux hommes, d’effectuer rapidement des tirs en chaîne puis de se repositionner en moins de trois minutes.

Cependant, ces obusiers restent lourds et difficiles à aérotransporter. Le Corps des Marines a également besoin d’une version amphibie. Le capitaine Karl Flynn, dans une publication de l’U.S. Naval Institute, a proposé l’adaptation des canons et mortiers lourds aux véhicules amphibies de combat utilisés par les Marines. Par ailleurs, certains experts suggèrent des obusiers de 105 mm montés sur des Humvees pour les troupes aéroportées.

En résumé, le système HIMARS est très efficace, mais la guerre en Ukraine démontre que l’artillerie à tubes demeure un élément majeur du combat. Elle doit seulement gagner en mobilité pour s’adapter aux exigences du champ de bataille contemporain.