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Le programme de missile air-air à longue portée Astra Mk-II, développé par la Défense Research and Development Organisation (DRDO) indienne, pourrait bientôt franchir la barre des 200 kilomètres de portée opérationnelle. Cette extension significative, bien au-delà des 160 km initialement envisagés, vise à doter l’Armée de l’air indienne (IAF) d’un armement capable de rivaliser avec les arsenaux longue portée de ses adversaires. Une commande initiale de près de 700 exemplaires est envisagée pour équiper notamment les flotteurs Su-30MKI et Tejas.

Cette évolution stratégique, révélée dans des propositions actuellement à l’étude par le ministère indien de la Défense, s’inscrit dans un contexte de montée en puissance de l’autonomie technologique nationale. Elle fait écho aux succès tactiques de l’opération Sindoor, menée plus tôt cette année, où des pilotes de l’IAF ont exploité des versions initiales de l’Astra pour neutraliser des avions adverses lors d’engagements au-delà de la portée visuelle. Des responsables de la défense ont souligné que cette amélioration permettrait de traiter les menaces à distance, maintenant l’initiative en évitant les zones de tir ennemies.

Au cœur de la conception de l’Astra Mk-II se trouve un moteur-fusée à propergol solide à double impulsion. Ce système sophistiqué délivre une poussée initiale pour une accélération rapide, suivie d’une seconde impulsion assurant une vitesse élevée en phase terminale. Cette technologie est similaire à celle du missile chinois PL-15, reconnu pour ses performances. Toutefois, si les deux missiles partagent ce type de motorisation, le PL-15 se distingue par ses dimensions plus imposantes — environ 4 mètres de long pour un diamètre de 203 mm — contre 3,8 mètres de long et 178 mm de diamètre pour l’Astra Mk-II, plus léger et mieux adapté aux plateformes agiles comme le Tejas. Cette différence de gabarit alimente les débats sur le plan cinématique, la masse élevée du PL-15 permettant d’annoncer des portées export supérieures à 300 km, bien que des compte-rendus de l’opération Sindoor aient suggéré des vulnérabilités face aux contre-mesures électroniques.

Pour le DRDO, combler la distance supplémentaire pour dépasser les 200 km semble réalisable, comme le montrent des exemples internationaux. Des missiles dotés de moteurs à double impulsion tels que l’AIM-120D AMRAAM ou le PL-15 exploitent des trajectoires écoénergétiques, avec une poussée relancée en fin de course pour assurer l’interception. Ces technologies permettent d’atteindre communément des portées comprises entre 200 et 250 km sans nécessiter de modifications radicales. Il est donc possible que des ajustements avancés du propergol ou des géométries d’échappement suffisent à l’amélioration annoncée. Cependant, le DRDO reste discret sur les détails du projet, laissant place à diverses hypothèses.

Parmi les options envisagées, l’augmentation des dimensions du missile pour loger plus de carburant, à l’instar du PL-15, pourrait accroître la poussée mais compliquerait la compatibilité avec des chasseurs légers comme le Tejas. Une alternative serait l’adoption de propergols plus performants, tels que des composites à haute énergie ou des additifs métalliques, permettant un gain de portée tout en conservant la forme actuelle. La troisième piste, plus ambitieuse, serait l’utilisation d’un moteur à triple impulsion, offrant une session d’allumage supplémentaire pour maximiser le temps de vol, mais introduisant une complexité accrue et des délais de développement plus longs. Cette option correspondrait au concept avancé de l’Astra Mk-3, dont le calendrier pourrait s’étirer au-delà de l’objectif d’introduction prévu en 2027, rappelant les difficultés rencontrées lors des essais de moteurs à statoréacteur.

Le DRDO peut s’appuyer sur une expérience solide. Le programme Astra a progressé rapidement : la version Mk-1 est déjà éprouvée en conditions opérationnelles, et le Mk-2 intègre un gyroscope à fibre optique autochtone et un chercheur radar à fréquence radio (RF) réputé supérieur au PL-15E en termes de maniabilité, selon des sources internes. Lors d’une présentation récente, le DRDO a relativisé les affirmations chinoises, mettant en avant la robustesse de l’Astra Mk-2 face aux contre-mesures électroniques et ses zones de non-évasion étendues, même à ses portées actuelles. Les essais en cours sur le site de Chandipur s’inscrivent donc dans une démarche autant technique que stratégique, renforçant la doctrine aérienne indienne face aux rivaux régionaux tout en réduisant la dépendance aux importations.