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L’Australie vient d’approuver un contrat de 1,4 milliard de dollars australiens avec Boeing Defence Australia pour l’acquisition de six drones MQ-28A Ghost Bat, marquant ainsi la transition du programme de l’expérimentation à une capacité opérationnelle. Cette décision représente une avancée majeure dans la capacité australienne à déployer des avions de combat sans pilote de nouvelle génération.

Le MQ-28A est un drone de combat furtif, subsonique, mesurant environ 11,6 à 11,7 mètres de long pour une envergure de 7,3 mètres. Il affiche un poids maximum au décollage d’environ 3 tonnes et peut emporter une charge utile proche des 500 kilogrammes. Propulsé par un seul turboréacteur Williams FJ33, il atteint des vitesses comparables à celles d’un chasseur. Sa conception intègre un fuselage en « soute arquée », une entrée d’air en forme de S et des revêtements absorbants radar, réduisant sensiblement sa signature radar. L’aile composite est l’une des plus importantes structures à résine infusée jamais produites par Boeing en Australie, témoignant de la profondeur industrielle du programme.

La caractéristique la plus remarquable du MQ-28A est son nez interchangeable. Toute la section avant peut être démontée pour être remplacée par différents modules de mission, allant des radars à balayage électronique, des capteurs électro-optiques, jusqu’aux charges d’attaque électronique ou de renseignement d’origine électromagnétique. À terme, le drone devrait aussi pouvoir embarquer des soutes d’armes internes compactes.

Boeing présente le MQ-28 comme un système de combat collaboratif entre hommes et machines. Il est équipé d’une intelligence artificielle embarquée qui gère la navigation, la fusion des capteurs et la détection des menaces, tout en assurant une connectivité sécurisée avec les avions pilotés et les stations au sol via une liaison de données.

Les essais en vol réalisés sur le site de Woomera et depuis la base RAAF de Tindal ont confirmé la capacité du drone à être déployé par transport aérien C-17, à opérer à distance depuis des bases austères dans le nord du pays, ainsi qu’à être contrôlé depuis un avion de commande aérien E-7A Wedgetail.

Lors du dernier test, un Ghost Bat a réussi le tir d’un missile air-air AIM-120 depuis un point sous son fuselage contre une cible aérienne drone, démontrant ainsi que la plateforme peut agir non seulement comme un nœud sensoriel, mais aussi comme un tireur en réseau amplifiant la portée opérationnelle des formations de F-35A et F/A-18F.

La Royal Australian Air Force (RAAF) prévoit d’utiliser le Ghost Bat en tant que compagnon fidèle de longue portée, semi-sacrifiable, évoluant en avant des chasseurs pilotés, des Growler, des Wedgetail et des ravitailleurs KC-30A. Dans une configuration typique, un pilote de F-35A pourrait commander plusieurs MQ-28A, étendant l’horizon des capteurs, menant des attaques électroniques, demandant leurrer l’ennemi ou ouvrant le feu sur des avions hostiles et des batteries sol-air.

Avec une autonomie de plus de 2000 milles nautiques, le MQ-28 offre à l’Australie la capacité de surveiller et de contester le contrôle aérien aux approches nord du continent tout en opérant à partir de bases sécurisées à l’intérieur des terres.

Ce déploiement intervient dans un contexte où l’équilibre stratégique dans la région Indo-Pacifique évolue rapidement. Les forces aériennes et les capacités de missiles chinoises remettent en cause toute prétendue supériorité aérienne alliée, tandis que les autorités australiennes qualifient l’environnement sécuritaire actuel comme le plus exigeant depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un drone furtif, à haute endurance, sans équipage, capable d’opérer depuis des aérodromes renforcés du nord et de se connecter aux réseaux d’informations de l’ère AUKUS offre à Canberra une flexibilité accrue pour perturber la planification adverse sans exposer prématurément un nombre limité de chasseurs.

Comparé à ses homologues occidentaux, le Ghost Bat se positionne au sommet des drones collaboratifs réutilisables. Le Kratos XQ-58 Valkyrie américain, conceptuellement similaire, est plus léger avec une charge utile d’environ 270 kilogrammes, un poids au lancement proche de 2700 kilogrammes et une portée de quelque 4800 kilomètres, misant sur un moindre coût et une production plus élevée au détriment du volume et de la modularité.

Les projets européens, qu’il s’agisse des concepts Airbus Remote Carrier pour le programme FCAS ou du nouveau drone Wingman d’Airbus destiné à l’armée de l’air allemande, privilégient des essaims de drones lancés depuis l’air, à plus courte portée, conçus pour être déployés en nombre.

À l’inverse, l’Australie mise sur un drone de combat collaboratif haut de gamme, doté d’une grande capacité de survie, adapté à sa géographie et à son architecture d’alliance, plutôt que sur un modèle d’essaims à bas coût. Si les coûts unitaires peuvent être maîtrisés et la production augmentée sur le site de Wellcamp, le MQ-28A pourrait devenir une référence à l’export pour des drones compagnons loyaux. Sinon, il restera probablement un atout stratégique haut de gamme devant être complété par des systèmes plus simples et jetables pour fournir la masse nécessaire à un conflit de haute intensité dans l’Indo-Pacifique.

Rudis007