La frégate Type 32 de la Royal Navy, initialement présentée comme un élément clé de la future flotte britannique, voit son avenir s’assombrir. Annoncée en 2020 sans grande préparation, cette frégate était conçue comme une escorte polyvalente et, plus innovant encore, comme une plateforme destinée à accueillir et soutenir des systèmes autonomes et sans équipage.

Depuis, le projet est resté au stade des premières études conceptuelles, jamais officiellement abandonné, mais sans engagement ferme non plus. Dans ce contexte, les contraintes budgétaires se sont accentuées tandis que de nouvelles stratégies commencent à prendre forme.

La concrétisation du programme Type 32 dépendra en grande partie des arbitrages à venir dans le cadre du plan d’investissement Défense, qui doit redéfinir la taille et la composition de la flotte à moyen terme.

Au départ, le projet Type 32 semblait vaguement défini. Lors de son annonce en 2020 par l’ancien Premier ministre Boris Johnson, peu de détails avaient été communiqués, hormis la volonté d’accroître la flotte d’escortes et de relancer la construction navale britannique. Le Livre blanc intégré de 2021 ainsi que le document de gouvernance de la Défense décrivaient ces navires comme des frégates polyvalentes dédiées à la protection des eaux territoriales, au maintien d’une présence avancée et au soutien des nouveaux groupes d’intervention littorale.

Progressivement, la vision a évolué. Dans diverses allocutions et documents stratégiques, la Type 32 a commencé à être présentée comme une plateforme expérimentale. En 2022, la nouvelle Stratégie Nationale de Construction Navale mentionnait qu’il s’agirait probablement du « premier navire de guerre de nouvelle génération axé sur l’accueil et l’exploitation de systèmes autonomes embarqués ». Jeremy Quin, alors ministre chargé des achats de défense, parlait d’une frégate conçue pour opérer des dispositifs sans équipage dans les domaines de la lutte anti-sous-marine et du déminage.

Les industriels se sont rapidement positionnés. BAE Systems a proposé une « Adaptable Strike Frigate » modulable avec des espaces dédiés aux drones, tandis que Babcock a suggéré une version allongée de sa conception Arrowhead 140, offrant une capacité accrue pour les embarcations, les charges utiles et les systèmes containerisés. Ces propositions s’alignent sur l’idée d’une frégate flexible, capable de déployer des véhicules autonomes de surface et sous-marins, pour des missions telles que la chasse aux mines ou la surveillance en eaux peu profondes.

Si le projet voit le jour, la Type 32 se situerait probablement entre les frégates haut de gamme Type 26 et les plus économiques Type 31. Il ne s’agirait pas d’une plateforme de combat complète comparable à un destroyer ou une frégate ASW avancée, mais d’un navire polyvalent dédié à la présence prolongée et au soutien opérationnel.

Les rôles envisagés incluent :

  • l’accueil de drones de lutte contre les mines, comme le RNMB Apollo et ses futures évolutions MMCM ;
  • le soutien aux opérations littorales et l’escorte des groupes amphibies ;
  • le lancement et la récupération de systèmes aériens et sous-marins sans équipage ;
  • la contribution aux opérations anti-sous-marines dans les zones côtières ou de faible profondeur grâce à des capteurs déportés ;
  • les missions de patrouille générale et de présence avancée dans des environnements à faible menace.

Cette configuration répond aux besoins de la Royal Navy, qui réclame des navires plus flexibles et abordables afin de libérer ses moyens les plus performants. Avec une flotte de surface étirée à l’extrême et un nombre d’escortes au plus bas, la mise en service de nouveaux navires renforcerait à la fois la protection des eaux nationales et les déploiements outre-mer.

Un engagement sans plan clair

Malgré cette logique opérationnelle, le programme est aujourd’hui au point mort. L’an dernier, la Cour des comptes britannique a signalé que la Type 32 avait été retirée du plan d’équipement financé en raison de problèmes de coût. Elle a aussi révélé que d’autres projets navals, notamment le navire multi-rôles de soutien et le destroyer Type 83, dépassaient les capacités financières actuelles. Le rapport suivant souligne que le ministère de la Défense fait face à un déficit de 16,9 milliards de livres dans son programme d’équipement, et que les nouveaux navires représentent près de 6 milliards de livres de coûts non affectés.

Si les ministres continuent de présenter la Type 32 comme une ambition future, aucun budget actuel n’y est consacré. Le ministre de la Défense en 2023, Ben Wallace, a précisé que le navire ne serait pas acquis avant au moins la décennie 2030 et que les travaux de définition se poursuivaient. Dans une réponse au Parlement, le ministre chargé des achats de défense a confirmé que le projet était toujours au stade conceptuel et que les décisions futures seraient prises dans le cadre de revues stratégiques plus larges.

Le plan d’investissement Défense, attendu fin 2025, doit constituer le moment décisif. Conçu pour apporter visibilité et cohérence aux dépenses de défense à long terme, ce plan présentera comment le gouvernement compte arbitrer entre programmes en cours, priorités industrielles et menaces émergentes. Il cherchera aussi à concilier le budget Défense avec les ambitions de la Revue intégrée.

Si la Type 32 n’y figure pas ou si son financement n’y est pas réservé à côté d’autres projets navals majeurs, son avenir apparaîtra extrêmement compromis.

Attentes industrielles et promesses politiques

Du point de vue industriel, la Type 32 devait maintenir la dynamique de la construction navale. La stratégie gouvernementale souligne l’importance d’une chaîne régulière de commandes pour éviter les interruptions et préserver les compétences. Avec la fin de la production des frégates Type 31 prévue autour de 2030, le programme Type 32 devait suivre immédiatement, en s’appuyant sur les mêmes équipes et connaissances techniques.

Les chantiers navals, comme celui de Babcock à Rosyth, misaient sur ce programme en continuation du Type 31. L’absence d’un contrat soulèverait des questions politiques concernant les investissements régionaux et les engagements de rééquilibrage économique. Le programme avait aussi été présenté dans les discours ministériels comme un gage de soutien durable à la construction navale britannique. Sa mise en sommeil pourrait ne pas passer inaperçue.

Quel avenir pour la Type 32 ?

Le plan d’investissement Défense déterminera en définitive le sort de la Type 32. Jusqu’à présent, le projet est resté sur le papier, sans engagement concret. Il pourrait changer si ce plan alloue des fonds et fixe un calendrier clair pour l’évaluation, la conception et la commande.

Sinon, le navire pourrait stagner pendant plusieurs années, éclipsé par des programmes prioritaires comme le Type 83, le Navire de Soutien Solide de la Flotte ou les Navires d’Assaut Polyvalents. Face à la montée des coûts dans l’ensemble du portefeuille de défense et à la pression du Trésor, la Royal Navy risque de devoir faire des choix difficiles. Le report ou l’abandon du Type 32 demeure une hypothèse crédible.

Quoi qu’il en soit, l’intérêt de la Royal Navy pour les systèmes sans équipage perdure. Les capacités autonomes sont déjà intégrées dans la flotte, notamment sur les navires auxiliaires et de soutien offshore. Ce que proposait la Type 32, c’était d’intégrer ces technologies au cœur d’un nouveau navire de guerre. Cette idée conserve une valeur stratégique, mais la question reste de savoir si elle peut être réalisée dans le contexte économique actuel.