Le fabricant brésilien Embraer poursuit son expansion sur le marché des avions de transport militaire avec son C-390 Millennium, déjà commandé par plusieurs pays européens. L’Inde pourrait prochainement rejoindre les clients, dans un programme qui pourrait voir le C-390 rivaliser avec l’imposant Airbus A400M « Atlas ».
La Suède a récemment confirmé une commande de quatre C-390 Millennium à Embraer, dans le cadre d’un achat groupé avec les Pays-Bas et l’Autriche. Ces trois pays viennent s’ajouter à la liste des utilisateurs de l’appareil qui comprend déjà le Brésil, le Portugal, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, la Corée du Sud et la Lituanie, et potentiellement l’Ouzbékistan.
Parallèlement, Embraer pourrait remporter un contrat majeur auprès de l’Inde dans le cadre du programme MTA (Medium Transport Aircraft), lancé en 2023 et visant à acquérir entre 40 et 80 avions de transport moyens. Ce programme vise à remplacer les Antonov AN-12 et Ilyushin Il-76 vieillissants actuellement en service dans la Force aérienne indienne.
Trois appareils sont en lice, présélectionnés par New Delhi : le C-390 Millennium d’Embraer, l’A400M « Atlas » d’Airbus et le C-130J « Super Hercules » de Lockheed Martin. L’ambition est de couvrir un large spectre de besoins tout en intégrant la politique « Made in India », favorisant notamment la production locale et le transfert technologique. À cet égard, Embraer a signé en 2023 un mémorandum d’entente avec le groupe indien Mahindra pour assurer une production industrielle locale en cas de sélection.
Comparaison technique des concurrents :
L’A400M se positionne au sommet de la catégorie. Cet appareil quadrimoteur turbopropulseur équipé de moteurs TP400-D6 peut transporter jusqu’à 37 tonnes à une vitesse de croisière de 780 à 800 km/h. Il dispose d’une grande soute adaptée au transport de charges volumineuses. Son fuselage renforcé et son train d’atterrissage sont conçus pour des opérations tactiques, avec des capacités STOL (décollage et atterrissage courts), y compris sur pistes non aménagées.
Outre ses performances, l’A400M intègre un système de gestion de charge opéré par un seul chargé de fret, un système complet d’autoprotection et une capacité polyvalente de ravitaillement en vol. Il peut ainsi assurer un pont aérien stratégique et tactique, capable d’acheminer du matériel lourd directement sur les zones d’opérations, notamment dans les terrains montagneux de l’Inde.
Le C-390 Millennium, lui, est présenté comme une alternative plus légère et rapide. Propulsé par deux turboréacteurs IAE V2500-E5, il atteint des vitesses de l’ordre de 870 km/h avec un plafond opérationnel de 36 000 pieds. Sa charge utile maximale est de 26 tonnes, avec une soute d’environ 18,5 m de long, 3,45 m de large et 2,95 m de haut. Cette configuration lui permet d’embarquer des palettes OTAN, des véhicules tout-terrain 8×8, des hélicoptères légers, jusqu’à 80 soldats équipés ou 66 parachutistes. Sa rampe arrière facilite le chargement rapide d’équipements lourds ou volumineux.
Le C-390 est certifié pour opérer sur des pistes semi-aménagées de seulement 1 300 mètres, ce qui lui offre une grande flexibilité d’accès à des zones reculées. Son avionique moderne, ses commandes de vol entièrement « fly-by-wire » et l’automatisation avancée réduisent la charge des équipages lors de missions tactiques à basse altitude. La version KC du C-390 dispose également d’une capacité de ravitaillement en vol compatible OTAN grâce à l’utilisation de « pods » adaptés aussi bien aux avions qu’aux hélicoptères. Son système de guerre électronique intègre des alertes radar, des détecteurs d’approche de missiles et des lanceurs de contre-mesures, offrant une bonne survie en environnement conflictuel.
Enfin, sa conception vise à réduire les coûts de maintenance horaire, un critère clé pour assurer une disponibilité optimale d’une flotte étendue sur la durée.
Le C-130J « Super Hercules » reste quant à lui la référence éprouvée pour les opérations en environnement austère. Ce quadrimoteur turbopropulseur à hélices composites six pales transporte entre 19 et 20 tonnes selon les variantes, avec une vitesse de croisière comprise entre 650 et 670 km/h. Il offre d’excellentes capacités de décollage et d’atterrissage sur pistes courtes et difficilement aménagées. Son important réseau mondial de maintenance, ses kits de mission spécialisés et son vaste parc d’appareils déjà déployés en font une solution fiable pour des missions diverses : parachutages massifs, évacuations sanitaires, soutien aux forces spéciales, et opérations sur terrains contraints.
Malgré des performances moins élevées que l’A400M et le C-390, notamment en vitesse et charge utile, le C-130J bénéficie d’une maturité opérationnelle et d’un soutien logistique robustes.
Un choix stratégique et industriel déterminant
Au-delà des performances techniques et des chiffres, le choix du gouvernement indien devra aussi prendre en compte les enjeux de souveraineté industrielle et d’intégration logistique. L’A400M propose un haut niveau de capacités avec une forte implication industrielle européenne et un investissement financier conséquent. Le C-130J s’appuie sur une chaîne logistique solide et une intégration opérationnelle éprouvée sur le terrain. Enfin, le C-390 associe vitesse, capacité utile adéquate et potentiel industriel national via un possible montage local.
Si la Force aérienne indienne privilégie la rapidité et l’interopérabilité avec les standards OTAN, tout en maîtrisant les coûts d’exploitation, l’option brésilienne pourrait s’avérer très compétitive. À l’inverse, si elle mise avant tout sur la charge utile maximale et un long rayon d’action, l’A400M conservera l’avantage. Une logique de continuité avec un support établi bénéficiera davantage au C-130J.
La décision finale reflètera la manière dont New Delhi combine critères de performance, maîtrise des coûts et souveraineté industrielle sur la prochaine décennie.