Des images circulant en ligne montrent qu’Azerbaïdjan a réceptionné neuf chasseurs JF-17 Block III, dont trois à siège tandem, reconnaissables à leur dérive spécifique. Ces appareils ne portent pas encore d’insignes nationaux ni de marquages d’unité, leurs cellules apparaissant dépourvues de tout camouflage ou décoration.
Bien qu’aucune confirmation officielle de Bakou ne soit encore parvenue, il est probable que ces avions arboreront à terme le camouflage numérique bleu clair et foncé, typique de la flotte azerbaïdjanaise de JF-17 Block II.
Ce qui retient particulièrement l’attention, c’est l’origine de ces appareils. Tout porte à croire que ces JF-17 Block III, initialement destinés à l’Armée de l’air pakistanaise (PAF), ont été détournés pour être exportés vers l’Azerbaïdjan. La PAF aurait en effet commandé environ 30 exemplaires de ce modèle, mais un virage stratégique interne semble avoir conduit à réaffecter ces créneaux de production afin de répondre aux besoins croissants de Bakou en matière de défense.
Le commandement actuel de la PAF montre un intérêt décroissant pour le programme JF-17, pourtant présenté depuis des années comme l’épine dorsale de sa flotte de chasseurs. Le chef de l’armée de l’air privilégie désormais les plateformes chinoises plus avancées telles que le Chengdu J-10CE et le furtif J-35A, considérés comme mieux adaptés pour remplacer les Flottes vieillissantes de F-16 et Mirage III/V.
Ce changement de cap interne a engendré un surplus de JF-17, d’autant que la PAF retarde ou réduit le rythme de ses propres inductions. Dans ce contexte, le Pakistan semble écouler stratégiquement ces appareils excédentaires à des alliés, l’Azerbaïdjan étant le dernier bénéficiaire en date.
L’acquisition par Bakou de la variante Block III — la plus aboutie des JF-17 à ce jour — représente une avancée majeure pour ses capacités aériennes. Ce modèle intègre un radar AESA, de nouveaux systèmes avioniques, une suite de guerre électronique améliorée et la compatibilité avec des armements avancés chinois comme le missile air-air à longue portée PL-15, renforçant ainsi sa portée et sa létalité.
Pour le Pakistan, cette opération contribue également à améliorer la crédibilité export du programme JF-17, qui peine à trouver des clients réguliers en dehors du Myanmar et du Nigeria. Cependant, le fait de céder des avions initialement prévus pour sa propre force aérienne peut être perçu comme une reconnaissance tacite du désintérêt croissant de la PAF envers ce chasseur.
Cette livraison s’inscrit dans le cadre d’un important contrat de 4,6 milliards de dollars signé en septembre 2024, dans lequel le Pakistan s’est engagé à fournir jusqu’à 40 JF-17 Block III à son allié du Caucase du Sud — la plus grosse commande d’armement jamais conclue par l’Azerbaïdjan. Les livraisons ont débuté sérieusement en octobre, avec le premier lot composé de six mono-places JF-17C destinés aux unités de combat et de trois bi-places JF-17B pour la formation. Ces appareils ont fait leur première apparition publique la semaine dernière lors d’un défilé militaire à Bakou, évoluant en formation serrée dans un contexte de tensions toujours vives avec l’Arménie.
Selon des confidences recueillies dans les cercles de défense, ces neuf avions ne seraient pas de simples livraisons commerciales, mais bien des appareils initialement destinés aux escadrons pakistanais. La chaîne de production, tournant à plus de 30 unités par an, a généré un surplus désormais écoulé à l’export comme une marchandise de surplus. Une partie de la commande de 30 JF-17, prévue pour renforcer notamment les escadrons No. 16 Black Panthers et No. 19 Sherdils, aurait ainsi été détournée vers l’Azerbaïdjan, illustrant le fameux adage « construire puis expédier ».
Ce revirement est largement attribué à l’arrivée d’Air Chief Marshal Zaheer Ahmad Babar à la tête de la PAF en 2024, dont la vision s’éloigne clairement du programme JF-17. Selon des sources fiables, le chef d’état-major perçoit ce chasseur léger — agile et économique, coûtant entre 25 et 30 millions de dollars l’unité — comme une solution temporaire, insuffisante face aux Rafale indiens ou aux furtifs J-20 chinois. Sa priorité va plutôt aux appareils plus performants fournis par Pékin, avec une augmentation des commandes du Chengdu J-10CE « Vigorous Dragon » (36 unités supplémentaires portant le total à plus de 50) et l’acquisition annoncée de 40 Shenyang J-35A, une version export du FC-31 chinois de 5e génération, proposée à environ 70 millions de dollars l’unité.