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Israel Aerospace Industries (IAI) et Bedek Aviation Group se positionnent comme principaux fournisseurs d’une nouvelle flotte de six ravitailleurs aériens Multi-Mission Tanker Transport (MMTT) destinés à l’Armée de l’air indienne (IAF). Basée sur des cellules Boeing 767-300ER d’occasion, cette acquisition évaluée à environ 8 000 crore de roupies (900 millions de dollars) offre une solution économique et polyvalente, évitant le coût élevé des ravitailleurs spécialisés tels que l’Airbus A330 MRTT ou le Boeing KC-46.

Ce partenariat entre IAI et Hindustan Aeronautics Limited (HAL) répond non seulement au besoin urgent de l’IAF d’étendre sa capacité d’opérations longue portée, mais il intègre également une part importante de contenu local, favorisant le transfert de technologies et la production sous le programme « Aatmanirbhar Bharat » (Autonomie indienne).

L’IAF, qui utilise encore des ravitailleurs Il-78MKI vieillissants, cherche à moderniser sa flotte de ravitailleurs en vol pour soutenir des missions de frappe profonde, des patrouilles maritimes et le déploiement rapide de troupes. Face aux retards dans la chaîne d’approvisionnement mondiale pour les appareils neufs, l’offre d’IAI – présentée en 2022 via un protocole d’accord avec HAL – s’appuie sur la plateforme éprouvée du Boeing 767, déjà largement disponible sur le marché des avions civils.

Au cœur du projet se trouve l’expertise reconnue d’IAI dans la conversion de Boeing 767-300ER retirés du service commercial en ravitailleurs multifonctions. Cette méthode permet une réduction des coûts d’acquisition allant jusqu’à 60 % par rapport à des ravitailleurs conçus dès l’origine, tout en offrant une capacité de carburant de 111 000 litres stockés dans un réservoir renforcé sous la soute, équipé de témoins lumineux intégrés pour le suivi en temps réel lors des opérations.

Le design modulaire de l’appareil autorise une reconfiguration rapide : la soute avant peut accueillir des palettes ou du matériel d’aide humanitaire, la partie centrale et arrière peut être aménagée pour transporter jusqu’à 100 passagers ou assurer des évacuations médicales (CASEVAC). Des nacelles de ravitaillement montées sous les ailes supportent aussi bien les systèmes à panier (pour des chasseurs tels que le Rafale et le Su-30MKI) que les systèmes à perche téléscopique (pour des avions plus lourds).

Le MMTT est par ailleurs totalement compatible avec les appareils équipés de sondes de ravitaillement de l’IAF, notamment le C-130J Super Hercules, le C-17 Globemaster III et le chasseur indigène Tejas, ce qui garantit une intégration sans modification majeure de la flotte. Avec une autonomie supérieure à 12 000 km sans ravitaillement et une endurance pouvant atteindre 14 heures, ces ravitailleurs pourront soutenir des missions profondes dans l’océan Indien ou le long des frontières disputées, tout en pouvant servir de transporteurs stratégiques pour des opérations de secours ou d’insertion de forces spéciales.

Le succès d’IAI dans ce domaine est confirmé par ses livraisons à des forces aériennes comme celles de Colombie et du Brésil, avec plus de vingt conversions de 767 réalisées depuis le lancement du programme. Pour l’Inde, l’avantage principal réside dans la localisation d’environ 30 % des composants et services auprès de fournisseurs indiens, notamment la division Nashik de HAL, ce qui permet de réduire les coûts de maintenance et de renforcer les compétences nationales en maintenance et réparation (MRO).

Le chemin vers l’acquisition a été jalonné par des consultations approfondies entre IAI, HAL et l’IAF, incluant des évaluations techniques, des essais en vol et des analyses coûts-avantages depuis la signature du mémorandum d’entente en 2022. Un comité conjoint dédié, regroupant des experts des trois entités, supervise l’achat des six Boeing 767-300ER d’occasion. Ce processus comprend des audits rigoureux de navigabilité, d’intégrité structurelle et d’état moteur (probablement des turbofans GE CF6-80C2), ainsi que des négociations poussées pour obtenir des prix d’acquisition inférieurs à 20 millions de dollars par cellule.

La production sera partagée afin d’optimiser le transfert de savoir-faire : les trois premières unités seront entièrement converties dans l’usine Bedek d’IAI à Tel Aviv, servant de modèle avec une formation complète destinée aux équipages de l’IAF et aux techniciens de HAL. Les trois suivantes sortiront de l’usine HAL à Ozar (Nashik) sous un cadre solide de transfert de technologie incluant données de conception, outillages et procédures de contrôle qualité. Cette industrialisation progressive prévoit un contenu local porté à 50 % pour les dernières livraisons, suivant le modèle des coopérations précédentes entre IAI et HAL comme pour les drones Heron TP, et faisant de Nashik un centre de conversions aéronautiques à fuselage large pour l’avenir.

Le calendrier prévoit la livraison du premier appareil en fin 2027, avec une capacité opérationnelle complète atteinte d’ici 2029, en phase avec la reconstitution des escadrons de l’IAF, qui fait face à un déficit en nombre. La certification selon les standards DGCA (Inde) et militaires garantira l’interopérabilité avec les alliés de l’OTAN, ouvrant la voie à d’éventuelles exportations de MMTT personnalisés vers des pays partenaires.