Le Bangladesh a franchi une étape déterminante dans la modernisation de ses capacités aériennes de combat en signant une lettre d’intention (LoI) avec la société italienne Leonardo pour l’acquisition de l’Eurofighter Typhoon. Cette annonce marque le début d’une transformation majeure pour la Force aérienne du Bangladesh (BAF), qui cherche à renouveler sa flotte dans un contexte régional marqué par des évolutions de la sécurité et une compétition géopolitique croissante.
Si certains observateurs considèrent cette démarche comme une nette montée en puissance du potentiel militaire du Bangladesh, susceptible d’influencer d’éventuels conflits impliquant le Myanmar ou même l’Inde, les experts en défense soulignent qu’il convient d’en évaluer le sens réel. L’Eurofighter Typhoon est avant tout destiné à remplacer la flotte vieillissante de MiG-29, dont la maintenance et la modernisation sont devenues de plus en plus complexes. Ce projet s’inscrit donc dans une logique de modernisation à long terme plutôt que dans une réponse immédiate à une nouvelle menace.
Le programme de restructuration des forces aériennes bangladaises se précise avec les informations récemment dévoilées. Outre l’intégration de l’Eurofighter, qui constituera le fer de lance du volet haute performance de la future aviation du pays, Dhaka envisage également de retirer ses chasseurs F-7. Ces derniers pourraient être remplacés par des JF-17 Block III, des J-10CE, voire une combinaison des deux. Cette organisation permettrait une structure graduée, avec l’Eurofighter assurant le rôle de chasseur de supériorité aérienne et de plate-forme de frappe de précision, tandis que les avions d’origine chinoise seraient dédiés aux missions multirôles et d’interception.
Même avec cette montée en puissance, la Force aérienne bangladaise ne devrait pas dépasser une flotte de 50 avions de combat, maintenant ainsi sa taille opérationnelle nettement inférieure à celle des principales forces aériennes régionales. Ce facteur limite toute modification substantielle de l’équilibre militaire face à l’Inde, qui conserve une supériorité écrasante en nombre, technologie, entraînement et capacité de projection. Les analystes estiment donc que cette modernisation, tout en étant importante, ne cible pas l’Inde et n’altère pas fondamentalement la dynamique militaire bilatérale.
Cependant, cette acquisition pourrait avoir des répercussions pour le Myanmar, avec lequel le Bangladesh entretient des tensions géopolitiques persistantes, notamment sur la question des Rohingyas. Bien que l’armée de l’air birmane soit également en phase de modernisation avec des JF-17, Yak-130 et MiG-29, elle serait technologiquement dépassée par une BAF équipée d’Eurofighter. Ce changement pourrait modifier légèrement l’équilibre de la dissuasion en faveur du Bangladesh, surtout en cas de tensions à la frontière ou de violations de l’espace aérien.
Au-delà du seul aspect militaire, ce choix traduit également la volonté du Bangladesh de diversifier ses partenariats en matière de défense, au-delà des fournisseurs traditionnels. L’acquisition d’une plateforme européenne aussi avancée illustre l’ambition de Dhaka d’élever son profil stratégique, d’améliorer l’interopérabilité avec les systèmes occidentaux et de réduire sa dépendance à long terme vis-à-vis des fournisseurs uniques, notamment la Chine ou la Russie.
Si le programme se concrétise, le Bangladesh deviendra le premier utilisateur de l’Eurofighter Typhoon en Asie du Sud hors voisinage direct de l’Inde, franchissant ainsi un cap notable dans sa capacité aérienne militaire. Pour Dhaka, l’objectif est de bâtir une force aérienne tournée vers l’avenir, capable d’une défense crédible du territoire, d’apporter un soutien aux opérations de maintien de la paix et d’assurer une dissuasion face à l’instabilité régionale, sans pour autant bouleverser l’équation stratégique avec l’Inde.
En avançant vers la négociation puis l’acquisition, le programme de modernisation promet de transformer la Force aérienne bangladaise en une force compacte mais technologiquement avancée, adaptée à ses besoins de sécurité nationale tout en ajustant subtilement les équilibres régionaux, notamment dans ses relations avec le Myanmar.