Textron Aviation Defense a annoncé le 28 juillet 2025 la proposition du Beechcraft M-346N dans le cadre du programme Système de Formation des Pilotes de Reacteurs de Premier Cycle (UJTS) de la Marine américaine. Cette offre résulte d’une collaboration avec Leonardo, le constructeur à l’origine du M-346, afin de répondre aux besoins spécifiques de la Marine pour un nouveau système d’entraînement des pilotes de réacteurs.
Le Beechcraft M-346N est présenté comme une solution clé en main destinée à former efficacement les futurs aviateurs navals. La Marine a déjà lancé plusieurs Demandes d’Information (RFI) concernant l’appareil destiné à remplacer le T-45C Goshawk dans le cadre du programme UJTS, et devrait prochainement publier une Demande de Propositions (RFP).

T-45C Goshawk
Travis Tyler, président et directeur général de Textron Aviation Defense, souligne : « Forts de notre héritage profondément ancré dans l’excellence et la fiabilité de la fabrication américaine, le Beechcraft M-346N rejoint une lignée prestigieuse d’appareils, s’appuyant sur 95 ans d’excellence aéronautique. Cet avion peut constituer la pierre angulaire de la formation universitaire future des pilotes de jets de la Marine, en combinant une performance opérationnelle éprouvée avec des technologies de pointe. »
Leonardo et Textron Aviation Defense, acteurs de longue date dans le secteur de la formation aérienne, poursuivent ensemble le développement d’une gamme étendue d’appareils adaptés aux besoins en constante évolution de l’entraînement de la prochaine génération de pilotes. Textron collabore avec la Marine depuis plus de 70 ans et a fourni de nombreux avions d’entraînement turbohélice. Le M-346, déjà reconnu pour sa capacité à former efficacement aux avions de 4e et 5e génération, constitue une base mature que Textron continue d’améliorer pour répondre aux nouveaux impératifs.

Beechcraft M-346N
Le M-346N s’appuie sur le système intégré de formation déjà éprouvé du M-346 original. Selon Textron, il répond déjà aux exigences strictes de formation des pilotes dans le monde, notamment à l’École Internationale de Formation au Vol (IFTS) de l’Armée de l’Air italienne et au constructeur Leonardo en Italie.
Bien entendu, cette version sera adaptée aux besoins spécifiques de la Marine américaine afin de préparer au mieux les futurs pilotes navals à l’univers exigeant des opérations de chasse embarquée. Parmi ses spécificités figure un système d’apprentissage virtuel et constructif (LVC), combinant entraînement réel et virtuel pour offrir un défi complet aux stagiaires tout au long de leur formation.
Une différence majeure avec le T-45 réside dans la motorisation : le M-346N est bimoteur, alors que le T-45 est monomoteur. Cette configuration bimoteur atténue la vulnérabilité aux impacts d’oiseaux, problème qui a entraîné la perte de plusieurs T-45 dans le passé. Grâce au second moteur, l’appareil pourrait effectuer un atterrissage sécurisé même après un choc aviaire.
Cependant, contrairement au T-45, le M-346N ne sera pas modifié pour des opérations sur porte-avions. En effet, une grande partie de la formation s’appuie sur les exercices de Pratique d’Atterrissage sur Porte-Avions (FCLP) réalisés depuis des bases terrestres, où les pilotes s’entraînent aux scénarios d’approche et d’atterrissage propres aux porte-avions avant de réaliser des atterrissages contrôlés.
Les exercices FCLP préparent les pilotes aux déploiements en mer et aux pratiques réelles d’appontage, qui constituent une phase ultérieure du cursus, généralement effectuée à bord du porte-avions sur des T-45. Toutefois, la cinquième Demande d’Information précise que « l’appareil UJTS n’aura besoin de réaliser les Pratiques d’Atterrissage sur Porte-Avions (FCLP) que pour le décollage ».

Le programme UJTS
En 2024, des échanges avec Leonardo et Textron Aviation Defense ont permis de mieux comprendre les enjeux du programme UJTS. David Kindley, directeur des programmes d’entraînement chez Leonardo U.S., a identifié trois impératifs majeurs pour la formation aérienne contemporaine.
- La durée de la formation : les stagiaires doivent compléter leur cursus rapidement, rendant le processus aussi efficace que possible.
- Le coût : piloter des appareils haut de gamme tels que le F-35C ou le F/A-18 Block III est très onéreux. L’objectif est de transférer une partie de la formation avancée vers une phase plus précoce, avec des appareils plus économiques, sans dégrader la qualité.
- L’évolution des contenus pédagogiques : la formation ne se limite plus aux compétences fondamentales de pilotage mais inclut désormais la gestion du cockpit et le traitement des informations, préparant les pilotes à la complexité des appareils modernes.
La Marine, qui doit prendre en compte les spécificités des opérations sur porte-avions, semble toutefois ne pas exiger de capacités d’appontage pour le futur entraîneur à réaction. Ainsi, le M-346N n’aura pas besoin d’un crochet d’appontage ni d’une barre de lancement pour catapultage. Comme l’a souligné Kindley, concevoir un avion apte à ces opérations demande une structure entièrement dédiée aux efforts extrêmes rencontrés à bord des porte-avions.

Évolutions du programme
Avec la quatrième Demande d’Information, publiée en 2024, la Marine a annoncé le report de l’attribution du contrat du fiscal 2026 au second trimestre du fiscal 2028. À ce stade, le service évaluait encore si le futur appareil UJTS devra effectuer des atterrissages d’urgence FCLP.
Cette RFI décrit les caractéristiques attendues pour le nouveau système d’entraînement : sièges éjectables zéro-zéro, structure résistante aux impacts d’oiseaux — une exigence justifiée par les pertes matérielles subies pendant la phase actuelle de formation.
Concernant la configuration du cockpit, la Marine souhaite un avion équipé d’un affichage tête haute (HUD) et d’un écran tactile principal unique pour les deux postes, ainsi que de casques à affichage monté (HMD) intégrant la réalité augmentée (RA) dont l’utilisation devra être simultanée ou indépendante entre le siège avant et le siège arrière. Le besoin d’une Grande Zone d’Affichage (LAD) était attendu car les appareils modernes comme le F-35C et le F/A-18 Block III en sont déjà dotés, et ce sont précisément ces avions que piloteront les diplômés du programme UJTS.
Enfin, le futur avion devra intégrer le Mode de Précision d’Atterrissage (PLM), déjà disponible sur les F/A-18 et F-35. Ce mode, appelé à devenir la norme pour l’approche finale sur porte-avions, réduit considérablement les corrections nécessaires pendant l’approche et diminue les contraintes mécaniques sur la cellule, limitant ainsi le besoin de modifications structurelles.
Stefano D’Urso