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Le Canada cherche à renforcer ses relations avec la Chine et l’Inde, tout en naviguant avec précaution dans des négociations commerciales délicates avec les États-Unis, dont la nouvelle administration a intensifié la guerre tarifaire contre Pékin. Cette semaine, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, se rend à New Delhi, Mumbai, Singapour et Hangzhou en Chine pour rencontrer ses homologues et préparer les bases d’un accroissement des échanges commerciaux et des investissements.

Sa mission est complexe et sensible : les différends du Canada avec les deux pays asiatiques les plus peuplés sont majeurs, et toute tentative d’apaisement avec la Chine doit être menée avec prudence afin d’éviter une riposte de la part du président américain Donald Trump.

Un équilibre délicat entre Washington, Pékin et New Delhi

Anita Anand souligne que le Canada adopte une approche uniforme avec tous ses partenaires, en plaçant les intérêts de ses travailleurs et de ses entreprises au premier plan. Cette orientation marque une rupture avec la politique étrangère de Justin Trudeau, pour laisser place à une priorité donnée à l’économie sous le gouvernement du Premier ministre Mark Carney.

« Il s’agit de revenir à la souveraineté nationale », a déclaré Anand dans un entretien, lorsqu’on lui a demandé comment le Canada pouvait jongler avec ses relations à la fois avec la Chine et les États-Unis.

Vendredi dernier, Donald Trump a menacé d’imposer un droit de douane supplémentaire de 100 % sur les produits chinois, provoquant une chute des marchés boursiers, avant de laisser entrevoir dimanche une possible trêve.

« Entretenir une relation stable avec un acteur économique mondial majeur est d’une importance capitale dans ce contexte géopolitique », a ajouté la ministre. « Le Canada abordera ses relations avec la Chine guidé par un seul principe : agir dans le meilleur intérêt des Canadiens. »

Sous l’égide de Trudeau, le Canada s’était aligné avec l’administration Biden pour ériger une barrière tarifaire sur les véhicules électriques chinois, ainsi que sur l’acier et l’aluminium importés de Chine. Cette politique a été maintenue par Carney.

Les négociateurs canadiens travaillent actuellement à un accord avec les États-Unis visant à atténuer les surtaxes américaines sur l’acier et l’aluminium, en insistant notamment sur la nécessité de renforcer les chaînes d’approvisionnement nord-américaines dans ces secteurs pour contrer la Chine.

Des tensions commerciales persistantes avec Pékin

La Chine a répliqué en imposant de lourds droits de douane sur le colza, le porc et les produits de la mer canadiens. Toutefois, elle a prolongé la période d’enquête sur le colza canadien, permettant ainsi un répit dans les négociations. Dans l’Ouest canadien, des voix s’élèvent pour demander la levée des taxes sur les véhicules électriques si cela permet un retour à l’export sans tarifs des produits alimentaires.

Les producteurs canadiens d’acier, d’aluminium et d’automobiles soutiennent l’imposition de droits de douane sur les produits chinois. Cependant, l’opinion publique évolue : seuls 44 % des Canadiens approuvent désormais ces surtaxes, contre 63 % l’an passé, selon un sondage réalisé par Nanos Research Group pour Bloomberg.

Carney voit une marge de coopération avec la Chine, notamment sur l’énergie, et reste optimiste quant à l’exportation accrue de gaz naturel liquéfié vers l’Asie. Il espère un futur entretien avec le président chinois Xi Jinping, avec une fenêtre possible lors du prochain sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) en Corée du Sud.

Anita Anand insiste par ailleurs sur la possibilité de coopérer avec la Chine sur le changement climatique et d’autres secteurs commerciaux. « De nombreuses entreprises canadiennes sont actives sur ce marché », rappelle-t-elle.

Des relations diplomatiques renégociées avec l’Inde

En ce qui concerne l’Inde, les négociations pour un accord commercial limité ont été stoppées en 2023, peu avant que Justin Trudeau n’accuse de manière choc le gouvernement indien d’avoir orchestré l’assassinat d’un séparatiste sikh sur le sol canadien. Le Premier ministre indien Narendra Modi a démenti ces allégations, mais des procédures judiciaires sont en cours au Canada et aux États-Unis, tandis que certains militants affirment être toujours menacés.

Sous la direction de Carney, le Canada a œuvré à la normalisation des relations diplomatiques avec l’Inde, avec la nomination de nouveaux ambassadeurs et la mise en place d’un mécanisme de partage de renseignements sur les crimes transfrontaliers. Anand a abordé la question de la répression transnationale lors d’une rencontre récente avec le ministre indien Subrahmanyam Jaishankar et compte relancer le sujet.

Malgré la crise, les progrès vers un accord commercial restaient lents auparavant. Interrogée sur une reprise éventuelle des négociations, la ministre a souligné les avancées déjà réalisées. « En 2023, les haut-commissaires avaient été rappelés et les relations diplomatiques étaient au point mort. Aujourd’hui, en octobre 2025, ils sont en poste, et je me rends prochainement rencontrer le ministre Jaishankar », a-t-elle précisé.

« Nous avançons pas à pas pour bâtir une relation diplomatique stable, avec un plan d’action qui sera présenté à nos dirigeants respectifs pour accord. Les discussions commerciales suivront après la conclusion de cet accord. »