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Des responsables canadiens envisagent une flotte mixte de chasseurs dans laquelle Saab, constructeur suédois, représenterait environ la moitié du programme de remplacement en termes de valeur, selon une enquête publiée en janvier 2026, citant des sources gouvernementales anonymes.

Cette analyse indique qu’Ottawa pourrait renoncer au plan initial de 88 avions F-35 annoncé en 2022 pour acquérir un nombre réduit de F-35A, tout en intégrant le Gripen E comme second modèle. Le ministre de la Défense, David McGuinty, a précisé qu’aucune décision finale n’avait encore été prise.

Le débat s’inscrit dans le contexte des récentes déclarations du Premier ministre Mark Carney à Davos, où il a souligné la nécessité d’une autonomie stratégique et d’une diversification des partenariats. Lors du Forum économique mondial le 20 janvier 2026, Carney a évoqué une tendance chez les alliés à diversifier leurs approvisionnements pour mieux gérer les risques dans un environnement international de plus en plus incertain.

L’ambassadeur américain avertit sur l’impact d’un retrait canadien sur le NORAD

Le débat sur une flotte mixte a été ravivé par les propos publics de l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, qui a prévenu que le retrait potentiel du F-35 par le Canada obligerait à modifier les accords de défense aérienne continentale.

Selon CBC News, Hoekstra a affirmé que le NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord) devrait être « modifié » si le Canada ne procède pas à l’acquisition des 88 F-35, suggérant que les États-Unis compenseraient cette lacune en déployant davantage de chasseurs sur l’espace aérien canadien.

En mai 2025, l’ambassadeur avait déjà souligné que l’abandon du F-35 remettrait en cause la logique d’« interchangeabilité » du NORAD, qui repose sur l’emploi d’un même type d’avion de chasse par les forces américaines et canadiennes, facilitant ainsi l’intégration des procédures, des liaisons de données et de la planification opérationnelle commune.

Le NORAD est une alliance militaire bilatérale de longue date chargée de la surveillance des menaces aériennes et de la coordination pour permettre à l’avion le plus proche, américain ou canadien, d’intervenir rapidement en cas d’incident.

Le rôle industriel et social de Saab comme contrepoids

La proposition de Saab à Ottawa met de plus en plus l’accent sur la valeur industrielle et le renforcement de la capacité nationale, au-delà des seules performances des appareils.

En décembre 2025, Saab a annoncé que la production localisée tant du chasseur Gripen que de l’avion de surveillance GlobalEye au Canada pourrait soutenir jusqu’à 12 600 emplois, avec Bombardier comme partenaire clé grâce à sa collaboration actuelle sur le GlobalEye.

L’offre vise ainsi à répondre aux priorités industrielles du gouvernement canadien, en recentrant le débat de la sélection du « meilleur avion » vers celui du « meilleur ensemble global », prenant en compte l’appui à long terme, la souveraineté et la répartition des emplois à l’intérieur du pays.

Révision de l’engagement canadien envers le F-35

Le gouvernement libéral avait annoncé en mars 2025 qu’il réévaluerait sa commande de F-35, invoquant des tensions commerciales et diplomatiques accrues avec les États-Unis, alors que le pays entamait une campagne électorale.

Revenu au pouvoir, Mark Carney a plaidé pour une diversification plus importante des alliances industrielles et de défense du Canada. Cette position a été renforcée par la signature d’un nouveau cadre de coopération commerciale et sécuritaire avec l’Union européenne en juin 2025. Une décision finale, initialement attendue pour l’été 2025, n’a pas encore été communiquée par le bureau du Premier ministre.

La Royal Canadian Air Force reste officiellement favorable au F-35, mais plusieurs membres influents du gouvernement, dont la ministre de l’Industrie Mélanie Joly, se montrent préoccupés par les retombées économiques et industrielles de ce contrat.

Une histoire longue et controversée d’acquisition

Ce débat s’inscrit dans la continuité d’une longue saga autour du remplacement des chasseurs au Canada. Elle a débuté en 2010 avec la décision du gouvernement Harper d’acheter 65 F-35A pour environ 6,7 milliards de dollars. Justin Trudeau s’était engagé durant la campagne de 2015 à annuler ce plan jugé coûteux et trop exclusif.

Le projet de Capacité des chasseurs futurs a été lancé en 2017 comme un appel d’offres ouvert. Dassault s’était retiré en 2018, évoquant les contraintes du partenariat Five Eyes, Airbus s’est désengagé en 2019, estimant que la concurrence favorisait Lockheed Martin, tandis que le Super Hornet de Boeing fut retiré en 2021, ne laissant plus en lice que le F-35 et le Gripen de Saab.

En 2022, le Canada avait finalement confirmé son choix pour le F-35, mettant en avant l’interopérabilité au sein du NORAD, les engagements au sein de l’OTAN et les exigences spécifiques à la défense du Grand Nord. Le programme prévoyait alors l’acquisition de 88 appareils pour un coût estimé à 14 milliards de dollars.

Clément Charpentreau