Le programme indien du chasseur furtif de cinquième génération Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) est sur le point de prendre son envol, avec une certification des prototypes attendue d’ici 2028. Ce projet ambitieux, mené par l’Aeronautical Development Agency (ADA) et Hindustan Aeronautics Limited (HAL), prévoit une production en série à partir de 2035, avec un coût unitaire estimé à 140 millions de dollars par appareil.
Les premières estimations financières, encore sujettes à ajustements en raison des évolutions technologiques et des contraintes de la chaîne d’approvisionnement, évaluent l’investissement total pour 120 avions entre 14,5 et 18,1 milliards de dollars. Ce budget dépendra du nombre définitif d’appareils commandés ainsi que du rythme de production, conformément aux enveloppes budgétaires de la Force aérienne indienne (Indian Air Force, IAF) pour ce cycle d’acquisition pluriannuel. Ces chiffres illustrent l’ampleur du programme, qui dépasse de loin les coûts initiaux de développement approuvés en mars 2024, soit environ 1,8 milliard de dollars pour la réalisation de cinq prototypes.
Le plan d’acquisition de l’IAF prévoit une induction progressive du AMCA pour remplacer les MiG-21 et Mirage-2000 en fin de carrière. Ce déploiement comprendra une première série de 120 exemplaires, divisée en 40 AMCA Mk1 équipés de moteurs GE F-414 (poussée de 98 kN) et le reste en version Mk2, propulsée par un moteur national en cours de développement doté d’une poussée de 120 kN. Le Mk1, avec son motoriste intermédiaire, bénéficiera d’un coût plus faible, tandis que le Mk2, offrant une meilleure supercroisière et une capacité de charge utile accrue, verra son prix augmenter de 20 à 25 % en raison notamment d’améliorations comme des matériaux absorbants radar et des baies d’armes internes.
Le coût unitaire « flyaway » est estimé à 140 millions de dollars, une somme jugée compétitive face à des systèmes comparables, comme le F-35A américain dont le prix varie entre 82,5 et 110 millions de dollars. Cette compétitivité s’explique par la maîtrise des coûts mise en œuvre par l’Inde, notamment via une fabrication modulaire et une forte implication du secteur privé. Un responsable de HAL, lors d’Aero India 2025, a souligné que « ce tarif reflète une approche économique du développement de la 5e génération, s’appuyant sur les enseignements du Tejas Mk2 pour contrôler les coûts unitaires ». Le design du AMCA privilégie l’accessibilité tout en assurant une furtivité de haut niveau, grâce à un armement logé en interne (six missiles), une prise d’air en forme de serpentin pour réduire la signature radar, ainsi que des systèmes de mission à intelligence artificielle, visant à concurrencer des appareils comme le russe Su-57 dont le coût est estimé entre 60 et 75 millions de dollars.
Cette première tranche d’acquisition s’inscrit dans la volonté d’outsider au moins 160 AMCA d’ici 2035, en complément de 120 Tejas Mk2 et 110 avions multi-rôles (Multi-Role Fighter Aircraft – MRFA) dans le cadre d’un contrat de plus de 1,2 lakh crore de roupies, portant la flotte indienne à plus de 350 nouveaux appareils. Afin de pallier une éventuelle rupture dans la production durant la transition entre Mk1 et Mk2 – estimée entre 12 et 18 mois –, l’IAF envisage d’augmenter la commande de Mk1, assurant ainsi la continuité des lignes d’assemblage à l’usine HAL de Nashik. Des partenaires étrangers tels que Safran et General Electric jouent un rôle clé, avec des transferts de technologie permettant d’atteindre plus de 70 % de contenu local pour la motorisation des Mk2.
Cependant, certains observateurs soulignent la pression budgétaire que représente ce programme, dans un contexte où le budget annuel d’investissement de l’IAF oscille entre 50 000 et 60 000 crore de roupies, devant également intégrer les livraisons des systèmes S-400 et les mises à niveau des Rafale. Les partisans du projet insistent en revanche sur les bénéfices stratégiques d’un chasseur furtif taillé pour le théâtre indo-pacifique, capable d’intégration avancée avec des essaims d’aéronefs sans pilote et des munitions hypersoniques. L’ex-chef de l’IAF, le maréchal de l’air VR Chaudhari, a insisté sur la nécessité de traiter le AMCA comme un « projet national », ce qui pourrait accélérer l’entrée en service de deux escadrons dès 2035. Cette démarche vise à renforcer une force aérienne actuellement réduite à 31 escadrons, contre une structure théorique de 42 escadrons.