Le chasseur furtif russe Su-75 franchit une étape clé des tests au sol avant son premier vol
Lors du Salon aéronautique de Dubaï 2025, la Russie a annoncé que son chasseur furtif monomoteur Su-75 Checkmate entrait dans la phase des essais en laboratoire, avec un premier vol imminent. Selon Sergey Chemezov, directeur de Rostec, cette avancée confirme que Moscou continue de considérer le Checkmate comme une option d’exportation abordable de cinquième génération, malgré les sanctions internationales et le conflit en Ukraine qui pèsent sur l’industrie aérospatiale russe en limitant l’accès aux composants essentiels.
Chemezov a précisé que le chasseur est proche de son premier vol et que des tests approfondis, tant sur banc que sur plateforme, concerneront prochainement l’avion ainsi que ses systèmes. Le prototype étant déjà assemblé et prêt à entrer dans la phase de vol, cette déclaration vise à démontrer la continuité du programme, malgré ses multiples ajustements et les pressions extérieures. Cet engagement souligne l’investissement politique et industriel maintenu par Moscou dans le Checkmate, destiné à la fois au marché domestique et à l’exportation.
Le responsable a rappelé que la transition du stade conceptuel à l’opérationnalité d’un avion de combat moderne est un processus long, généralement compris entre 10 et 15 ans. Concernant le Su-75, il a indiqué que le programme a progressé jusqu’à la finalisation de la structure du fuselage, que les essais moteurs sont prévus et que les préparatifs pour une série d’évaluations au sol sont en cours.
La feuille de route de Rostec prévoit notamment la mise en service du système de propulsion, la réalisation des tests sur banc pour valider la motorisation et les systèmes embarqués, la vérification de l’intégration de l’avionique et des interfaces d’armement, avant de déterminer la date du premier vol.
Un chasseur furtif monomoteur polyvalent
Sur le plan technique, le Su-75, également connu sous les désignations LTS ou T-75, est conçu comme un chasseur furtif monomoteur polyvalent, positionné en dessous du Su-57 — plus lourd — dans le catalogue de l’aviation russe. Son fuselage intègre une prise d’air supersonique sans déviateur, une queue en V, ainsi que des baies d’armes internes, afin de réduire la surface radar par rapport aux chasseurs Flanker classiques.
Les données publiques indiquent un rayon d’action projeté pouvant atteindre 3 000 km, une charge utile maximale d’environ 7 400 kg, et une vitesse maximale située entre Mach 1,8 et 2,0, faisant du Su-75 un chasseur léger à moyen, multirôle, dans la catégorie des 5e génération abordables. Il devrait être motorisé par une version améliorée du Saturn AL-51F-1, offrant une poussée et une efficacité nettement supérieures aux précédents moteurs russes. L’avionique repose sur une architecture ouverte, un radar à antenne active AESA à faible coût et des outils de diagnostic destinés à minimiser les besoins en maintenance.
Chemezov a souligné que le choix d’une configuration monomoteur et de systèmes modulaires vise à maintenir des coûts d’acquisition et d’exploitation bas, tout en permettant d’emporter une large gamme d’armements pour le combat air-air ainsi que les attaques contre cibles au sol.
Une offre intermédiaire pour le marché mondial des chasseurs
Le Checkmate entend offrir des capacités intermédiaires entre les plateformes haut de gamme de cinquième génération, comme le F-35A, et les chasseurs de génération 4.5 les plus récents, tels que le Gripen E ou le Rafale. Sa faible signature radar, ses capacités d’emport interne d’armement et ses capteurs modernes doivent améliorer sa survivabilité face aux systèmes de défense antiaérienne actuels. Sa configuration monomoteur et l’utilisation de composants communs avec le Su-57 devraient théoriquement réduire les coûts globaux du cycle de vie et simplifier la logistique.
Sur le plan stratégique, la Russie présente le Su-75 comme un atout clé pour maintenir sa présence sur le marché mondial des avions de chasse et renforcer ses partenariats avec des pays à la recherche d’alternatives aux plateformes occidentales ou chinoises. Rostec insiste sur le caractère modulaire de l’appareil, sa structure avionique ouverte, ainsi que sa compatibilité avec une large gamme de munitions guidées et personnalisables selon les besoins des clients.
Des intérêts auraient déjà émergé dans des régions telles que l’Asie, le Moyen-Orient, l’Amérique latine et l’Afrique. Par ailleurs, des négociations présumées pour une production conjointe avec la Biélorussie illustrent l’ambition d’utiliser le Su-75 Checkmate comme un vecteur d’intégration industrielle au sein de l’espace postsoviétique.
Un complément au Su-57 pour les forces aérospatiales russes
Si la production en série du Su-75 se concrétise, il viendra compléter le Su-57 en offrant une plateforme furtive plus nombreuse et économique, capable d’assurer la supériorité aérienne, les frappes en profondeur ainsi que le soutien aérien rapproché. Le partage de l’avionique, de l’armement et des infrastructures de maintenance entre les deux types permettrait à la Russie de constituer une flotte de cinquième génération étagée, où le Checkmate serait destiné aux missions régulières et à l’export, tandis que le Su-57 se consacrerait aux opérations spécialisées.
Les annonces faites à Dubaï démontrent la détermination de la Russie à avancer le programme Su-75 au-delà du stade de la maquette, vers un prototype fonctionnel soutenu par des essais au sol rigoureux et des tests moteurs.
Si le calendrier annoncé se confirme et que le premier vol a lieu début 2026, le programme entrera dans une phase où sa crédibilité technique, son attractivité commerciale et sa valeur stratégique pourront être validées sur la base de résultats concrets, et non plus de simples promesses.
Pour l’heure, le lancement des tests au banc constitue un signal fort adressé aux alliés, concurrents et acheteurs potentiels : Moscou entend faire du Checkmate un acteur compétitif sur le marché des chasseurs de nouvelle génération, et non un simple objet d’exposition.
Teoman S. Nicanci