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Sergent-major Keith Platt surveillait attentivement une file de parachutistes de l’Armée américaine qui se pressaient vers la porte d’un C-130. En tant que chef de saut, il occupait la position de sécurité finale, scrutant chaque soldat pour détecter le moindre problème avant leur saut.

Après avoir vu quatre parachutistes passer sans encombre, il a soudain remarqué une anomalie chez le cinquième : sa sangle statique était posée sur son cou, ce qui représentait un risque majeur.

Platt a immédiatement compris qu’un saut dans cette position pouvait entraîner une « blessure catastrophique » — un terme militaire désignant des dommages graves, allant jusqu’à la perte d’un membre ou la mort.

« Au moment où le parachutiste quitte l’appareil, la corde statique se tend », a expliqué Platt. « C’est pendant cette phase, quand il s’éloigne de l’avion, que le risque de blessure survient. Tout entre la corde statique et l’appareil est vulnérable, quelque chose va forcément arriver. »

Une caméra GoPro placée dans l’avion a capturé la réaction instantanée de Platt : il a bondi en avant depuis sa position pour interrompre physiquement le soldat avant qu’il ne saute, en criant « Stop, stop, stop ! »

Depuis cet incident survenu le mois dernier, la vidéo a largement circulé sur les réseaux sociaux, et Platt a été salué pour son intervention rapide qui a très probablement sauvé la vie du parachutiste.

Une mission intrinsèquement dangereuse

Le parachutisme militaire est une activité à haut risque, en particulier lors des « sauts tactiques de masse », où des dizaines de parachutistes sautent simultanément. Dans ces conditions, des équipes de chefs de saut expérimentés supervisent l’opération. Chaque chef de saut, soldat aguerri formé à tous les aspects de l’équipement et du saut, occupe une position précise à l’intérieur de l’appareil pour assurer la sécurité.

La position occupée par Platt lors de ce saut était cruciale : il se trouvait à la porte, en dernière ligne de contrôle, chargé de vérifier la sécurité de chaque soldat juste avant qu’il ne s’élance.

Dans une interview, Platt a insisté sur le fait qu’il faisait simplement son travail.

« Cet incident n’est pas un acte héroïque », a-t-il déclaré. « Cela reflète plutôt l’action de professionnels compétents et entraînés, qui s’exposent aux zones à risque pour garantir la sortie sécurisée des parachutistes. »

Platt est sergent-major des opérations au sein du 1er bataillon du 503e régiment d’infanterie, 173e brigade aéroportée, basée à Vicenza en Italie. Par ailleurs, il est chef de saut senior avec 56 sauts à son actif, et a précédemment exercé cette fonction au 5e bataillon d’entraînement des Rangers en Géorgie.

Le 17 novembre, Platt se trouvait parmi plusieurs chefs de saut à bord d’un C-130, alors que les parachutistes se préparaient à sauter sur la zone de largage Juliet à la base d’Aviano, en Italie.

Au-dessus de la zone, les soldats se dirigeaient rapidement vers la porte arrière ouverte de l’avion, tenant fermement leur sangle statique — cette corde jaune attachée à l’intérieur de l’appareil destinée à déclencher leur parachute. Leur ultime geste avant le saut était de confier cette sangle à Platt, chargé de la contrôler pour éviter tout danger.

Cependant, alors que les parachutistes défilaient devant lui, Platt remarqua que le cinquième soldat ne tenait pas correctement sa sangle statique.

« Il ne contrôle pas sa sangle comme il le devrait. En avançant vers la porte, la sangle passe sur son cou car elle est reliée à un câble d’ancrage situé au-dessus de lui », a expliqué Platt.

La sangle statique n’encerclait pas complètement le cou du parachutiste, contrairement à ce que pourrait laisser penser la vidéo. Les sauts s’effectuaient simultanément par les portes droite et gauche du C-130, espacés d’une seconde environ. Platt disposait donc de seulement deux secondes pour détecter le danger et agir.

« Je me suis interposé devant lui, posant la main sur son épaule droite en lui ordonnant de ‘stop, stop, stop’ », a raconté Platt. « En même temps, je l’ai repoussé vers l’intérieur pour pouvoir gérer la situation de sécurité. »

La vidéo montre Platt démêler la sangle du cou du parachutiste tout en l’éloignant de la porte. La rapidité de l’intervention a fait que le soldat n’a d’abord pas compris la gravité du problème.

« Sur le moment, il se demandait ce qui se passait », a précisé Platt. « Il n’y a eu aucune accusation ni reproche. Personne n’a pointé du doigt. »

Finalement, le C-130 effectua un troisième passage au-dessus de la zone de largage, permettant au parachutiste de sauter en toute sécurité, selon Platt.

Le sergent-major insiste sur la leçon à tirer de cette situation : « Si quelque chose ne semble pas correct, il faut le signaler. »

Cet épisode souligne également l’importance d’un entraînement constant et rigoureux aux sauts, car les opérations aéroportées restent des missions délicates et risquées.

« Chaque opération n’est pas simplement une occasion de gagner une prime de risque. C’est un entraînement qui prépare à une situation réelle, si nous devons un jour intervenir. »