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Le Congrès américain entend transformer l’architecture logicielle du chasseur F-35 afin de réduire la dépendance à Lockheed Martin et d’accroître la flexibilité ainsi que la compétitivité dans le développement des systèmes de mission.

Cette initiative est intégrée dans la Loi d’Autorisation de la Défense Nationale 2025 (NDAA), qui prévoit une clause spécifique pour instaurer un environnement de systèmes de mission ouverts, sous contrôle du gouvernement des États-Unis. Cette mesure permettra des mises à jour plus réactives et la participation de plusieurs fournisseurs.

Le projet vise à restructurer le logiciel du F-35 en s’appuyant sur des interfaces ouvertes et des standards communs, facilitant ainsi des mises à jour immédiates avec une intégration minimale, sans nécessiter une recertification complète par Lockheed Martin. Cette nouvelle architecture sera contrôlée par le gouvernement américain et non plus par le maître d’œuvre, offrant au Pentagone une plus grande autonomie. Le système permettra notamment des mises à jour rapides des processeurs, la connectivité Ethernet en cockpit et l’utilisation de technologies logicielles commerciales modernes pour des applications à haute performance et faible latence.

La proposition entend aussi assurer la portabilité des applications logicielles entre le F-35, le F-22 et les futures plateformes de sixième génération du programme Next Generation Air Dominance (NGAD), incluant le chasseur piloté et ses drones Collaborative Combat Aircraft (CCA). Ce modèle traduit la transition du Pentagone vers des « systèmes de mission ouverts », où les futurs avions partageront des réseaux numériques centraux et pourront échanger des applications avec une fluidité comparable à celle des smartphones.

Bien que Lockheed Martin reste l’intégrateur principal du F-35, le Congrès exprime son mécontentement face à la lenteur et aux coûts élevés des mises à jour sous l’actuel modèle propriétaire. Des sous-traitants comme Northrop Grumman et BAE Systems fournissent des composants majeurs, mais le contrôle exclusif de Lockheed sur l’intégralité du Programme de Vol Opérationnel a conféré à l’entreprise un quasi-monopole dans l’intégration.

En exigeant une architecture ouverte, les législateurs cherchent en réalité à « débloquer » le logiciel de l’avion, autorisant davantage d’entreprises, y compris de plus petites, à concourir pour fournir des applications de mission, ce qui remettrait en cause le contrôle exclusif de Lockheed sur les mises à jour et offrirait au Pentagone plus de maîtrise sur les coûts et les délais.

La sécurité demeure toutefois une préoccupation majeure. Les logiciels et systèmes de mission du F-35 sont hautement classifiés et les clients à l’export n’ont pas le droit de les modifier ou d’y intégrer des armements non autorisés. Ouvrir l’architecture introduit de nouveaux risques, mais ses partisans estiment que les bénéfices surpassent les inconvénients : mises à jour accélérées, avion plus adaptable et capacité à suivre le rythme des adversaires.

Ce débat intervient à un moment clé, car le F-35 traverse sa phase de mise à jour la plus importante depuis plusieurs années. Le paquet d’Actualisation Technologique 3 (TR-3) a provoqué des retards significatifs dans les livraisons, tout en améliorant considérablement les capacités de traitement embarqué. Le Congrès souhaite ainsi garantir que les futures mises à jour soient plus rapides, moins coûteuses et moins dépendantes d’un unique fournisseur.

Fernando Valduga