Alors que le programme ambitieux indien Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) s’approche de la phase de prototypage, le consortium formé par Bharat Electronics Limited (BEL) et Larsen & Toubro (L&T) se positionne en favori à faible risque, avec des besoins d’investissement limités lors de cette étape cruciale. Lors d’une conférence téléphonique consacrée aux résultats du deuxième trimestre de l’exercice 2026, le président-directeur général de BEL, Manoj Jain, a présenté une stratégie d’investissement prudente, plafonnant les dépenses à 100-200 crores INR sur 5 à 8 ans pour la réalisation des outillages et modules de test, tout en s’appuyant sur les infrastructures existantes de l’Aeronautical Development Agency (ADA) pour accélérer la production de cinq prototypes sans coûts d’investissement majeurs.
Ces propos, tenus le 4 novembre, mettent en lumière la stratégie adoptée par le consortium dans un contexte très concurrentiel, où sept candidats sont en lice pour un contrat estimé à 79 000 crores INR portant sur la conception d’un avion furtif de 5e génération. Lancée le 24 septembre, l’alliance BEL-L&T combine l’expertise de L&T en matière de cellule et d’intégration des systèmes avec la maîtrise de BEL dans le domaine de l’avionique, dans le but de renforcer l’autonomie indienne en matière non seulement de sous-systèmes, mais aussi de livraison de plateformes complètes.
« L’AMCA représente pour nous une première grande opportunité, c’est pourquoi nous nous sommes associés à L&T. En tant que consortium, nous avons déjà répondu à la demande d’information (RFI) et espérons nous qualifier, voire obtenir des commandes », a affirmé Manoj Jain, soulignant l’ambition de BEL d’étendre son rôle au-delà de l’électronique pour inclure l’intégration et la validation de l’appareil dans son ensemble.
La divulgation des besoins en capital intervient à un moment clé, alors que l’ADA est en phase d’évaluation des réponses à la RFI, avant la publication prévue de la demande de propositions (RFP) à la mi-2026. Ce programme, doté d’un financement prototype approuvé en mars 2025 à hauteur de 15 000 crores INR, prévoit la réalisation de cinq démonstrateurs volants d’ici 2030. Ces appareils intégreront des technologies avancées telles que des revêtements furtifs, des baies internes pour armement et une fusion de capteurs assistée par intelligence artificielle, des objectifs qui nécessitent une collaboration étroite avec l’industrie tout en maîtrisant les dépenses.
Rassurant les investisseurs concernant les coûts initiaux, Jain a expliqué : « Pour les prochaines années, soit 5 à 8 ans, nous n’attendons pas d’investissements majeurs. Toutefois, il faudra investir dans certains modules, des infrastructures de test ou des outillages, ce qui pourrait représenter un montant maximal de 100 à 200 crores INR. »
Il a attribué cette approche mesurée à la place prépondérante de l’ADA dans le programme, l’agence et les consortiums lauréats pouvant s’appuyer sur des installations existantes dédiées à la conception, à la simulation et aux essais au sol. « Aucun investissement important n’est prévu selon le plan de projet communiqué par l’ADA dans le cadre de la RFI », a-t-il ajouté, précisant que la RFP devrait apporter des précisions complémentaires une fois l’analyse terminée.
Cette limitation des investissements correspond à la stratégie déployée pour la phase initiale de l’AMCA, qui prévoit la construction de cinq appareils sur une période de 6 à 8 ans, en privilégiant la réduction des risques. La production de série à grande échelle, entre 126 et 200 unités, est envisagée à partir de 2032. Le savoir-faire de BEL s’appuie sur son expérience acquise avec l’avion Tejas, où la société fournit radars, systèmes de guerre électronique et calculateurs de mission, garantissant que les commandes de modules seront traitées exclusivement par BEL, quel que soit le consortium retenu, grâce à des décennies de co-développement avec le DRDO.
Pour la coentreprise, l’objectif est plus ambitieux : contribuer à hauteur de 20 à 30 % des composants électroniques du programme, selon les estimations d’analystes. Manoj Jain, qui dirige également l’unité stratégique de guerre électronique et d’avionique de BEL, a insisté sur la montée en compétences. « Notre rôle ne se limitera pas à la fourniture de l’avionique, mais inclura aussi l’intégration des systèmes, l’intégration de l’appareil, les tests et la validation », a-t-il précisé. Cette évolution pourrait positionner BEL pour capter une part plus importante de la valeur dans les futurs programmes, notamment les véhicules aériens de combat sans pilote (UCAV), où l’électronique pourrait représenter plus de 40 % du coût de la cellule.
L’alliance BEL-L&T, considérée comme l’une des plus solides, s’appuie d’une part sur le carnet de commandes défense de L&T, évalué à environ 10 000 crores INR, et d’autre part sur le portefeuille de commandes de BEL, qui s’élève à 74 453 crores INR au 1er octobre, en hausse de 15 % sur un an, et comprenant notamment de nombreux contrats en guerre électronique comme le LRSAM. Parmi les autres prétendants figurent les groupements HAL-Dassault, Tata-Kalyan et Mahindra-GE, mais la réputation combinée de L&T — notamment avec les lignes de fuselages du C-295 — et de BEL avec ses radars AESA Uttam leur confère un avantage certain, en particulier pour répondre aux exigences d’industrialisation locale fixées à 70 % d’ici 2030.