Le ministère danois de la Défense a conclu un contrat majeur avec le géant suédois Saab, d’un montant de 680 millions de couronnes suédoises (environ 65 millions de dollars), pour la création d’un centre d’entraînement au combat innovant. Ce partenariat signé le 27 juin 2025 avec l’Organisation danoise pour l’acquisition et la logistique de la Défense symbolise une étape clé dans la modernisation des infrastructures militaires du Danemark.
Les livraisons sont prévues entre 2025 et 2027 et permettront d’équiper les forces danoises de systèmes d’entraînement avancés pour soldats et véhicules, d’armes spécialisées pour la formation anti-char et tireur d’élite, de systèmes de communication ainsi que de logiciels sophistiqués pour le contrôle des exercices. Saab assurera également un soutien continu à la formation sur quatre sites désignés à travers le pays.
Cette initiative reflète la volonté de Copenhague d’intensifier sa préparation militaire face aux tensions géopolitiques croissantes en Europe, notamment dans la région baltique, où le flanc nord de l’OTAN fait face à de multiples défis.
Le nouveau centre d’entraînement danois sera l’un des plus avancés d’Europe, conçu spécifiquement pour répondre aux exigences de la guerre moderne. Contrairement aux communiqués habituels qui minimisent souvent les détails techniques, ce texte détaille les systèmes déployés, leur importance tactique ainsi que leur place dans la stratégie de défense globale du Danemark. Il analyse aussi la coopération de longue date entre Saab et le Danemark, les motivations géopolitiques derrière cet investissement, ainsi que certaines lacunes persistantes dans la modernisation militaire danoise.
Un socle technologique de pointe pour le centre d’entraînement de Saab
Au cœur de ce centre figure une gamme de systèmes avancés reproduisant avec fidélité des scénarios de combat réels. Le dispositif inclut des systèmes d’entraînement pour soldats et véhicules utilisant une technologie laser pour simuler les affrontements.
Ces systèmes permettent aux troupes de pratiquer manœuvres et tactiques dans un environnement contrôlé, où chaque action — du déplacement d’un soldat à la position d’un véhicule — est suivie et analysée. Les armes dédiées à l’entraînement anti-char et tireur d’élite, conçues pour un réalisme accru, offrent aux forces danoises la possibilité d’affiner des compétences essentielles pour contrer les menaces blindées et viser avec précision. Les systèmes de communication assurent une coordination fluide lors des exercices, reproduisant la complexité des réseaux interarmes sur le champ de bataille.
Un élément crucial est le logiciel de contrôle d’exercice, EXCON, véritable « cerveau » du centre. EXCON collecte des données en temps réel durant les entraînements, permettant une analyse détaillée après-action qui décompose la performance des unités, identifie les erreurs et affine les tactiques. Ce logiciel est compatible avec les simulateurs laser respectant la norme OSAG 2.0, un protocole de simulation balistique réaliste améliorant l’interopérabilité avec les alliés de l’OTAN. Contrairement aux systèmes plus anciens comme le Multiple Integrated Laser Engagement System (MILES) développé par les États-Unis, Saab offre une solution plus flexible et précise.
Le système MILES, bien qu’efficace, repose sur des codes laser simplifiés et ne possède pas l’architecture modulaire des systèmes Saab, capables de simuler un large éventail d’armes et de scénarios, des armes légères aux missiles.
La technologie Saab s’appuie sur une vaste expérience dans les systèmes d’entraînement en conditions réelles, utilisés par de nombreuses armées à travers le monde, y compris l’US Army et les forces britanniques. Par exemple, le corps des Marines américains a récemment étendu son équipement Saab dans le cadre d’un contrat de 37 millions de dollars, confirmant la fiabilité du système dans des environnements d’entraînement à haute intensité. Le dispositif danois, lui, est spécifiquement adapté aux besoins opérationnels du Danemark, mettant l’accent sur les tactiques des petites unités et la réactivité en terrains variés, qu’ils soient urbains ou en espaces ouverts.
Préparation aux menaces hybrides et conventionnelles
Le centre d’entraînement permet au Danemark de faire face à un spectre étendu de menaces, depuis les attaques blindées conventionnelles jusqu’aux tactiques hybrides mêlant forces irrégulières et technologies avancées. Les systèmes d’entraînement anti-char simulent des engagements contre des véhicules blindés modernes, reflétant l’inquiétude croissante liée aux capacités militaires russes dans la région baltique.
Ces systèmes autorisent les soldats à s’exercer sur des armes telles que le Carl-Gustaf, un lance-roquettes sans recul utilisé de manière courante dans l’OTAN, en ciblant par exemple des chars T-90 ou véhicules de combat d’infanterie BMP simulés. Les modules pour tireurs d’élite, quant à eux, se concentrent sur la précision longue distance, essentielle pour neutraliser des cibles de haute valeur dans des zones de combat complexes.
Le logiciel EXCON joue un rôle central en fournissant un retour d’information très détaillé. Au cours des exercices, il suit les mouvements individuels et collectifs, l’utilisation des armes et les communications, générant des rapports exploitables par les commandants pour affiner leurs tactiques. Par exemple, un tir simulé peut être analysé pour évaluer sa précision et son effet, permettant aux instructeurs de corriger immédiatement les erreurs. Ce niveau de détail représente un progrès significatif par rapport aux systèmes précédents, qui offraient des données plus limitées, mettant en péril la qualité des débriefings post-exercice.
L’adoption par l’armée danoise de cette technologie garantit une meilleure préparation aux scénarios comme le combat urbain ou la lutte contre les embuscades, des situations devenues cruciales face à l’évolution des menaces en Europe.
Les capacités de ce système ont été mises à l’épreuve lors d’exercices tels que Nordic Response 2024, un exercice dirigé par l’OTAN en Norvège impliquant 20 000 soldats de plusieurs pays. Des systèmes similaires de Saab ont permis aux forces alliées de simuler des scénarios complexes, comme la défense contre des assauts amphibies et la coordination des feux conjoints.
Les soldats danois déployés lors de ces exercices ont utilisé ces outils pour améliorer leur interopérabilité avec des partenaires comme la Norvège et la Suède, assurant une intégration fluide dans des opérations multinationale. Néanmoins, une interrogation demeure : avec seulement quatre sites d’entraînement planifiés, le Danemark pourra-t-il déployer des exercices à l’échelle brigade, nécessitant des terrains plus vastes et variés pour reproduire des opérations à large spectre ?
Coopération Saab – Danemark : un partenariat durable
Le contrat pour le centre d’entraînement s’inscrit dans une relation de longue date entre Saab et le Danemark. Bien que les détails des accords précédents restent limités, le Danemark s’est déjà doté du Carl-Gustaf M4 de Saab, un lance-roquettes de 84 mm léger, capable de tirer toute une gamme de munitions, des projectiles anti-blindés aux obus éclairants. Utilisé par plus de 40 pays, dont les États-Unis et le Canada, le Carl-Gustaf est reconnu pour sa polyvalence et sa maniabilité, avec un poids inférieur à 7 kg dans sa dernière version.
L’adoption de ce système au sein des unités d’infanterie danoises renforce leur capacité à neutraliser les menaces blindées, une compétence aujourd’hui renforcée par les simulateurs anti-char du centre d’entraînement. Par ailleurs, le Danemark bénéficie de l’expertise de Saab en matière de soutien logistique et maintenance, garantissant la disponibilité opérationnelle des équipements.
Bien que moins médiatisés que les contrats phares, comme le programme Gripen E évalué à 307 millions de dollars en Suède, ces projets témoignent d’une coopération régulière consolidant la posture de défense danoise. Le centre d’entraînement complète ces systèmes en assurant une formation cohérente des forces avant leurs déploiements réels.
Le rôle stratégique du Danemark en défense européenne
Ce projet arrive à un moment clé pour la sécurité européenne. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les membres de l’OTAN ont intensifié leurs dépenses de défense, avec des pays comme la Pologne et les États baltes axés sur la modernisation rapide de leurs forces. Le Danemark, positionné stratégiquement près de la mer Baltique, joue un rôle essentiel dans la sécurisation du flanc nord de l’Alliance.
Sa proximité de l’enclave russe de Kaliningrad et la militarisation croissante de l’Arctique rendent indispensables des capacités d’entraînement robustes. Le contrat avec Saab s’inscrit également dans la dynamique OTAN visant à renforcer l’interopérabilité, permettant au Danemark d’accueillir des exercices multinationaux avec des partenaires comme la Suède, la Norvège ou la Pologne, favorisant la cohésion des opérations conjointes.
Le centre d’entraînement se focalise aussi sur les menaces hybrides, telles que les cyberattaques ou les essaims de drones. Des incidents récents, comme la coupure en janvier 2025 d’un câble à fibre optique reliant la Lettonie à l’île de Gotland en Suède, soulignent la vulnérabilité des infrastructures critiques dans la région. Toutefois, cet investissement de 65 millions de dollars suscite des interrogations quant à son périmètre. Face à l’évolution des menaces non conventionnelles, comme les systèmes aériens sans pilote ou la guerre électronique, les quatre sites danois suffiront-ils à garantir une préparation complète ?
Les limites identifiées dans la formation danoise
Le centre Saab répond à des lacunes majeures dans la préparation tactique danoise, notamment pour le combat anti-char et les opérations asymétriques. La capacité à simuler des engagements avec des données précises offre aux commandants un outil précieux pour affiner les stratégies face à des menaces modernes, notamment russes ou chinoises, axées sur l’utilisation de blindés sophistiqués.
À titre de comparaison, la Pologne a investi environ 95 millions de dollars dans des systèmes Saab similaires, adaptés à des entraînements à grande échelle et à l’ampleur de ses menaces terrestres. L’investissement plus modeste du Danemark correspond à la taille plus réduite de son armée mais pourrait montrer ses limites pour des exercices avec des formations plus importantes, telles que les brigades ou divisions, qui nécessitent des espaces de manœuvre plus étendus et diversifiés.
Un point notable est l’absence de simulateurs pour les systèmes de tir indirect, comme les mortiers ou l’artillerie, indispensables aux opérations combinées modernes. Si ce centre excelle dans le tir direct et les tactiques de petites unités, l’intégration future de simulateurs de réalité virtuelle ou pilotés par intelligence artificielle pourrait élargir son champ d’action. Ces technologies, déjà en développement aux États-Unis et au Royaume-Uni, sont jugées cruciales par des experts, notamment au Royal United Services Institute, pour préparer des opérations multi-domaines incluant les cybermenaces et l’espace.
L’avenir de l’entraînement au combat
Le choix danois de s’appuyer sur les systèmes Saab place le pays à la pointe de la formation militaire technologique. La norme OSAG 2.0 employée garantit la compatibilité avec les alliés de l’OTAN, facilitant des exercices conjoints qui reproduisent les opérations de coalition du réel.
À moyen terme, l’intégration de simulateurs pour les drones ou la guerre électronique pourrait préparer les forces danoises aux menaces émergentes, telles que les drones kamikazes observés sur divers champs de bataille récents. La collaboration annoncée en juin 2025 entre Saab et Maxar Intelligence, visant à développer des applications de données géospatiales pour la défense, laisse entrevoir des avancées en matière de conscience situationnelle qui pourraient renforcer davantage le réalisme des entraînements.
L’interopérabilité reste un pilier de la stratégie OTAN, et les systèmes Saab ont été conçus dans cette optique. Les États-Unis ont par exemple intégré des technologies comparables dans leur National Training Center, où les unités simulent des batailles à grande échelle contre des adversaires proches de leur niveau. L’approche à plus petite échelle du Danemark correspond à ses besoins stratégiques mais pourrait nécessiter une montée en puissance pour suivre l’évolution technologique, d’autant plus que les contraintes budgétaires risquent de limiter les mises à jour sur le long terme.
Une avancée stratégique aux questions encore ouvertes
Le contrat danois de 65 millions de dollars avec Saab constitue un pas important vers la modernisation de l’entraînement militaire national, dotant les forces danoises d’outils adaptés pour contrer à la fois les menaces conventionnelles et hybrides. En combinant simulateurs avancés et analyses détaillées, le centre garantit une meilleure préparation des troupes aux complexités du combat moderne.
La réputation éprouvée de Saab, qui équipe aussi bien les Marines américains que les exercices de l’OTAN, atteste de la solidité de cet investissement. Néanmoins, dans un contexte européen de plus en plus instable, des questions subsistent quant à l’adéquation des quatre sites formateurs et de ce budget face à l’ampleur et à la diversité des défis à venir. L’approche ciblée de Copenhague sera-t-elle suffisante ou faudra-t-il envisager une montée en puissance pour faire face à un environnement géopolitique imprévisible ?