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Le ministère français des Armées a récemment confirmé la future acquisition par l’Inde de 90 chasseurs Rafale F4, avec une option supplémentaire pour 24 appareils en configuration F5, soulignant ainsi une « partenariat durable et solide » entre Paris et New Delhi.

Cette annonce, dévoilée lors d’un point presse le 2 décembre 2025, met en lumière la confiance qui lie les deux pays, selon le ministère français : « La commande indienne de 90 Rafale F4, avec une option pour 24 Rafale F5, illustre la confiance réciproque entre la France et l’Inde. »

Cependant, le chemin vers cette confirmation n’a pas été sans difficultés. Les négociations concernant l’appel d’offres MRFA (Multi-Role Fighter Aircraft) pour 114 avions, initié en 2018 afin de renforcer la flotte déclinante de l’Indian Air Force (IAF), se sont intensifiées en septembre 2025. À cette étape, l’IAF a officiellement recommandé le Dassault Rafale, le privilégiant face à ses concurrents que sont le F-21, l’Eurofighter Typhoon et le Gripen E/F. Cette préconisation reposait sur l’excellent bilan opérationnel du Rafale lors d’actions contre des cibles pakistanaises, ouvrant la voie aux négociations sur les prix, les compensations industrielles et la production locale dans l’usine Dassault Reliance Aerospace à Nagpur.

Toutefois, la validation finale du contrat reste conditionnée par l’obtention de l’Acceptance of Necessity (AoN), une approbation formelle du Cabinet Committee on Security (CCS) indien. Cette étape cruciale garantit la conformité du projet avec les priorités de sécurité nationales et les contraintes budgétaires avant la signature du contrat. Lorsque des responsables français ont évoqué prématurément « la commande » dans un communiqué initial, New Delhi a rapidement réagi, rappelant que le processus n’était pas encore achevé. Ce rappel diplomatique a conduit Paris à retirer la publication, évitant ainsi toute interprétation précipitée.

Ce léger accroc illustre la complexité et la rigueur inhérentes aux négociations stratégiques entre la France et l’Inde, où la confiance mutuelle coexiste avec le respect des procédures. « La situation est plus claire désormais, » confie un haut responsable du ministère indien de la Défense sous couvert d’anonymat. « La reconnaissance française reflète le contenu de nos échanges, mais l’accord ne sera finalisé que lorsque l’AoN sera accordée, probablement début 2026. » Ce calendrier correspond à l’urgence exprimée par l’IAF, confrontée à un déficit de 30 escadrons comparé aux 42 autorisés, dans un contexte de tensions accrues avec la Chine et le Pakistan.

Le Rafale F4 bénéficiera d’améliorations significatives, notamment des suites de guerre électronique renforcées, une meilleure fusion des capteurs et la compatibilité avec les missiles Astra Mk-2 indiens. Les livraisons interviendront par tranches à partir de 2029, avec une pleine capacité opérationnelle prévue pour 2035. Quant aux 24 Rafale F5 optionnels, leur entrée en service prévue dès 2030 promet des avancées majeures : un nouvel ordinateur de mission aux capacités de calcul bien supérieures, un moteur T-REX offrant 20 % de poussée supplémentaire par rapport au M88-2 actuel, ainsi qu’une intégration fluide avec des drones « loyal wingman » issus du démonstrateur nEUROn. La production locale assurera une contenance indigène dépassant 70 %, incluant notamment les radars AESA Uttam et les missiles anti-radiation Rudram, contribuant également au programme AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft).

Alors que l’examen de l’AoN est en cours, cet accord sur le Rafale dépasse le simple cadre d’un marché d’armement : il incarne la volonté de l’Inde d’affirmer son autonomie stratégique en matière de puissance aérienne, renforcée par une alliance destinée à contrebalancer l’expansionnisme autoritaire. Avec une approbation imminente du CCS, 2026 pourrait marquer l’émergence d’une flotte de 150 Rafale dans le ciel indien, la plus importante flotte monoplace de ce type en dehors de la France.