En juin 2025, les forces russes ont pris le contrôle d’un important gisement de lithium dans la région de Donetsk, en Ukraine, modifiant profondément les équilibres dans la course mondiale aux technologies avancées. Cette opération, menée grâce à une combinaison de drones et d’artillerie, démontre la volonté de Moscou de sécuriser des ressources stratégiques essentielles au secteur militaire et technologique.
La capture du gisement de Shevchenko, couvrant environ 40 hectares et estimé à 13,8 millions de tonnes de minerai de lithium à forte teneur, constitue un coup dur pour l’Ukraine. Ce lithium, indispensable à la fabrication de batteries pour drones, radars et autres systèmes militaires, confère à son détenteur un avantage stratégique majeur. La perte de ce site compromet les ambitions de Kiev et de ses alliés occidentaux, notamment les États-Unis, qui visaient à établir une chaîne d’approvisionnement sécurisée et indépendante des technologies chinoises.
Cette avancée russe, réalisée dans le cadre d’une offensive d’envergure menée dans l’ouest du Donetsk, a été facilitée par un usage combiné de l’artillerie lourde, de drones de reconnaissance et de munition “kamikaze” Lancet-3, ainsi que par l’appui des canons automoteurs 2S19 Msta-S de calibre 152 mm. Ces moyens ont permis de désorganiser les défenses ukrainiennes, obligeant les unités adverses à se replier pour éviter l’encerclement.
Une manœuvre tactique maîtrisée
Selon des rapports de renseignement open-source et des cartes du champ de bataille, les troupes russes ont exploité des failles dans la défense ukrainienne autour du village de Shevchenko, en concentrant leurs efforts sur l’axe de Pokrovsk. L’usage intensif des drones Lancet-3, capables de frapper des cibles à 40 kilomètres avec une grande précision grâce à un guidage électro-optique et thermique, a joué un rôle déterminant. Ce type de munition fournit une létalité et une fréquence d’utilisation élevées, surpassant certains équivalents occidentaux plus coûteux et moins nombreux.
La puissance d’artillerie russe a également pesé dans la balance. Les Msta-S, bien que conçus dans les années 1980, ont été modernisés avec des systèmes de contrôle de tir automatisés, permettant des tirs rapides et précis. Ces canons, comparables aux M109A7 américains, mais plus mobiles, ont multiplié les salves contre les points de résistance ukrainiens solidement retranchés.
En parallèle, des systèmes de guerre électronique comme le Krasukha-4 ont probablement perturbé les communications et les radars ukrainiens sur un rayon de 300 kilomètres, compliquant encore davantage la coordination défensive.
L’importance stratégique du lithium
Le lithium est souvent surnommé « l’or blanc » du fait de son rôle central dans les technologies militaires modernes. Il alimente les batteries haute capacité intégrées dans les drones, les dispositifs de communication portables et les capteurs avancés. Par exemple, les drones Bayraktar TB2 employés par l’Ukraine et les Lancet russes utilisent des batteries lithium-ion, qui assurent une autonomie et une fiabilité déterminantes sur le terrain.
Au-delà des drones, le lithium est essentiel aux radars contre-batterie AN/TPQ-53, utilisés par les forces ukrainiennes et américaines pour détecter la position des canons ennemis. La maîtrise locale de ce minerai pourrait renforcer la production russe de matériels autonomes, limitant sa dépendance aux importations, en particulier chinoises, qui dominent actuellement le raffinage mondial du lithium.
Rosatom, le géant nucléaire public russe, a manifesté son intérêt pour le gisement de Shevchenko, évoquant son potentiel économique et stratégique. Cependant, la complexité géologique du site – riche en spodumène, un minerai difficile à traiter – nécessite des procédés technologiques avancés actuellement hors de portée, en raison des sanctions occidentales qui limitent l’accès à l’équipement de pointe. Par comparaison, des pays comme l’Australie disposent de savoir-faire éprouvé pour extraire le lithium de such gisements durs.
Une bataille géopolitique et économique
La prise de Shevchenko s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou visant à contrôler les ressources minières de l’est ukrainien, évaluées à environ 14,8 trillions de dollars par certains experts. Deux autres gisements en Zaporizhzhia étaient déjà tombés sous contrôle russe, limitant la marge de manœuvre ukrainienne face aux efforts occidentaux pour diversifier les sources de lithium hors de Chine.
Le gouvernement américain avait signé en avril 2025 un accord de 2,5 milliards de dollars avec Kiev pour l’exploration conjointe des ressources critiques, notamment le lithium, dans le cadre d’une politique visant à réduire la dépendance à Pékin. La perte du gisement compromet ce partenariat, alors que la demande mondiale en lithium devrait bondir de 42 % d’ici 2030, portée par les besoins de défense et les énergies renouvelables.
Cette accaparation de ressources participe aussi à renforcer la résilience économique russe face aux sanctions internationales. Selon une analyse de 2022, Moscou aurait déjà capté des actifs miniers évalués à plus de 12,4 trillions de dollars. Pourtant, la poursuite de combats intenses et les carences en infrastructures locales de transformation pourraient retarder l’exploitation effective du gisement.
Failles dans la défense ukrainienne
Le recul ukrainien à Shevchenko illustre les difficultés rencontrées par Kiev sur le terrain, notamment dans le secteur de Donetsk. Les forces russes ont su exploiter des manœuvres d’encerclement et mobiliser leur supériorité numérique et de feu.
Malgré l’efficacité de systèmes d’armement occidentaux tels que les lance-roquettes multiples HIMARS fournis par les États-Unis, ces derniers demeurent vulnérables face aux brouillages électroniques comme ceux générés par le Krasukha-4. Ces interférences limitent fortement la précision des frappes GPS-guidées sur des offensives rapides.
Pour renforcer les capacités ukrainiennes, la France s’est engagée en 2025 à livrer 144 canons autopropulsés Caesar de 155 mm. Ces pièces offrent une meilleure mobilité que les Msta russes, mais leur volume de feu est moins élevé, ce qui représente un désavantage dans des opérations d’usure prolongées.
La dépendance de l’Ukraine à l’aide occidentale et l’épuisement progressif des effectifs restent des défis majeurs face à la poussée russe dans la région.
Perspectives et enjeux futurs
Bien que la prise du gisement de Shevchenko offre un atout potentiel à Moscou, sa mise en exploitation rapide est incertaine en raison des contraintes techniques et sécuritaires. Le site reste proche des zones de combat, qualifiées par des responsables russes de « zone grise ».
Ce contrôle pourrait néanmoins alimenter l’industrie militaire russe en matières premières stratégiques, favorisant la production de drones et de systèmes de détection de nouvelle génération, tout en modifiant en profondeur les marchés mondiaux du lithium et des minéraux critiques.
Pour l’Occident, cette perte est une nouvelle contestation dans la guerre des ressources, et pourrait forcer Washington à se tourner vers des fournisseurs plus coûteux en Australie ou en Amérique du Sud. Le contexte géopolitique est tendu, notamment après la suspension d’une partie de l’aide militaire américaine en mars 2025, compliquant les relations avec Kiev.
Les prochaines étapes de Moscou pourraient viser d’autres gisements comme celui de Toretsk, consolidant encore plus son emprise sur le Donetsk. Ce choix stratégique reflète l’importance grandissante accordée aux ressources dans le déroulement du conflit, et pourrait bouleverser l’échiquier militaire et politique dans les mois à venir.
La prise du gisement de Shevchenko n’est pas seulement une victoire militaire, mais témoigne de la volonté russe de dominer la guerre des ressources qui sous-tend le conflit ukrainien. Ce rapport de force dans l’approvisionnement en minerais critiques pose un défi majeur à l’Ukraine et à ses alliés, alors que chaque avantage stratégique devient vital dans ce théâtre d’opérations.