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Dassault Aviation, le constructeur français, a estimé à environ 22 milliards de dollars le coût total de l’acquisition envisagée par l’Inde de 114 avions de combat Rafale « Made in India ». Ce contrat, incluant plus de 60 % de contenu local grâce à la collaboration avec des industriels indiens, est en cours d’examen par le ministère de la Défense. S’il est validé, il deviendra le plus important contrat de défense de l’histoire indienne et placera le Rafale parmi les chasseurs multirôles les plus coûteux de sa catégorie, en prenant en compte les frais liés aux infrastructures et au soutien.

Cette proposition, présentée par l’Indian Air Force (IAF) sous forme de Statement of Case (SoC), a reçu un nouvel élan après les performances remarquables du Rafale lors de l’opération Sindoor contre le Pakistan plus tôt cette année. Pendant ce conflit, la suite de guerre électronique Spectra de l’appareil lui a permis d’échapper à plusieurs missiles air-air PL-15 chinois tirés par des J-10 et JF-17 pakistanais, démontrant sa supériorité en combat réel. Cette validation opérationnelle a accéléré l’examen du dossier, avec une délibération prochaine du Defence Procurement Board (DPB) avant passage devant le Defence Acquisition Council (DAC).

Selon l’estimation fournie par Dassault, la valeur totale de 22 milliards de dollars pour 114 avions revient à un coût unitaire d’environ 193 millions de dollars. Ce chiffre inclut explicitement les coûts liés aux infrastructures comme les installations de production, les programmes de formation, les dispositifs de maintenance et le support logistique, indispensables au modèle de fabrication « Made in India ». Ce prix reflète la technologie avancée de 4,5e génération, la forte part indigène et les packages d’assistance complète, mais soulève des interrogations quant à sa compétitivité face à d’autres avions de la même catégorie multirôle.

Pour mieux comprendre, voici une comparaison des coûts unitaires, incluant les infrastructures, avec certains concurrents :

Modèle d’avion Génération Coût unitaire (infrastructures comprises) Notes clés
Dassault Rafale (projet Indien) 4.5 ~193 M$ Plus de 60 % de production indigène, suite Spectra EW, intégration armement, soutien complet pour 114 appareils.
Lockheed Martin F-35A Lightning II 5e ~110 M$ Coût flyaway ~80-85 M$ ; maintenance, équipements au sol, pièces ~25-30 M$. Coûts totaux du programme dépassant 2 000 milliards de dollars, mais économie d’échelle américains réduit le prix unitaire.
Boeing F/A-18E/F Super Hornet (Block III) 4.5 ~67-80 M$ Coût unitaire de base 55-67 M$ ; amélioration pour opérations porte-avions, radar AESA, infrastructure basique. Contrat récent US Navy : 1,1 milliard pour 17 unités (65 M$ unité moyenne).
Eurofighter Typhoon (Tranche 3A) 4.5 ~117-130 M$ Coût production ~117 M$ ; coût total incluant amortissement et support ~130 M$ (jusqu’à 201 M$ au Royaume-Uni sur le cycle complet).
Sukhoi Su-35S Flanker-E 4.5 ~65-85 M$ Coût export ~83-85 M$ ; prix local Russie ~40-50 M$. Offre complète export inclut armement et infrastructures basiques. Coût plus bas du fait d’avionique plus simple et subventions étatiques russes.

Ces données montrent que le coût élevé du Rafale s’explique par ses capacités omni-rôle – supériorité aérienne, frappes au sol, dissuasion nucléaire et guerre électronique – ainsi que par les exigences spécifiques du « Make in India ». Le F-35A, avion furtif de 5e génération, bénéficie de très fortes cadences de production aux États-Unis (plus de 1 000 unités), ce qui réduit son prix malgré un coût de soutien projeté à 1,58 trillion de dollars jusqu’en 2088. Le Super Hornet, robuste avion embarqué, reste une option plus abordable mais ne dispose pas du système complet de fusion de capteurs et de protection électronique du Rafale, efficacité prouvée lors de l’opération Sindoor.

L’Eurofighter Typhoon, principal rival européen, rivalise avec le Rafale en agilité et polyvalence, mais son coût unitaire a augmenté du fait du développement conjoint entre quatre pays (Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne), avec un total d’environ 100 milliards d’euros pour les partenaires. Les versions export, comme celles vendues à l’Arabie saoudite et au Qatar, comprennent souvent des infrastructures similaires à celles prévues en Inde, portant leur coût à environ 130 millions de dollars. Enfin, le Su-35S russe, plus accessible, offre une supermaniabilité avec poussée vectorielle et missiles longue portée à 65-85 millions de dollars unité, mais ses ventes à l’export ne comportent pas généralement d’infrastructures complètes à l’occidentale ; des questions subsistent également sur sa fiabilité notamment dans le contexte de sanctions internationales.

Les spécialistes de la défense soulignent que le coût supérieur du Rafale pourrait être justifié par sa performance éprouvée – les 36 appareils déjà en service en Inde ayant pleinement intégré les opérations – et par la montée en compétences industrielle locale. L’accord favorise la création d’emplois et le transfert technologique, en ligne avec la politique d’autonomie stratégique promue par le Premier ministre Narendra Modi. Néanmoins, face aux effectifs en baisse de l’IAF (31 escadrons contre 42 autorisés), la rigueur budgétaire sera de rigueur. Le DPB et le DAC devront évaluer si les 193 millions de dollars par appareil apportent une valeur réelle par rapport aux options moins onéreuses comme le Su-35 ou d’autres candidats au programme Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA).