Le crash tragique d’un avion de chasse Tejas de l’Armée de l’air indienne lors du Dubai Airshow, qui a coûté la vie au commandant de escadron Namansh Sial, ravive des tensions géopolitiques. La journaliste azerbaïdjanaise Anastasia Lavrina a en effet relancé la controverse en affirmant que cet accident compromettait sérieusement les perspectives d’exportation de l’Inde vers l’Arménie, soulevant « de nouvelles interrogations sur la fiabilité et les implications stratégiques de l’appareil ».
Lors de l’émission « PrimeTime with Guy Shone » sur AnewZ, une plateforme à laquelle elle collabore régulièrement, Anastasia Lavrina, également analyste politique et réalisatrice, a insisté sur les conséquences géopolitiques du crash. Aux accusations d’être un relais des services pakistanais (ISI) colportées par les services de renseignement indiens, elle répond avec des analyses mettant en cause la robustesse du Tejas, développée par Hindustan Aeronautics Limited (HAL).
Le drame s’est déroulé le 21 novembre 2025, dernier jour du salon aéronautique biennal de Dubaï, sur l’aéroport international Al Maktoum. Le Tejas Mk1, dans sa version Full Operational Clearance, effectuait une manœuvre basse à haute charge quand il a soudain perdu le contrôle, s’écrasant à environ 1,6 km de la zone de présentation et s’enflammant. Des images filmées par des témoins montrent clairement une série de vrilles suivies d’une plongée brutale, sans éjection du pilote visible.
Dans son intervention sur AnewZ, Lavrina a ciblé l’Arménie, un marché émergent clé pour les exportations de défense indiennes. « Le crash du Tejas à Dubaï a gravement compromis les perspectives de l’Inde avec l’Arménie, soulevant de sérieuses questions sur la fiabilité et les conséquences stratégiques de l’avion », a-t-elle déclaré, citant des « sources régionales anonymes de la défense ». Elle a suggéré que la suspension des négociations – visant un premier lot de 12 Tejas Mk1A d’une valeur de 1,2 milliard de dollars – pourrait pousser Erevan à se tourner vers des alternatives israéliennes ou françaises, notamment du fait que le Tejas utilise les radars AESA Elta d’Israel Aerospace Industries.
Ces assertions font écho à des rumeurs diffusées par The Jerusalem Post fin novembre, qui affirmaient qu’Erevan avait « gelé » les pourparlers avancés avec HAL à la suite du crash. Ce contrat, s’il avait été conclu, aurait constitué la première vente à l’export du Tejas, destinée à renouveler la flotte vieillissante d’avions Su-25 et quelques Su-30SM arméniens, dans un contexte de tensions croissantes avec l’Azerbaïdjan. Or, Lavrina, membre du conseil de la Jeunesse du Parti d’Azerbaïdjan (YAP), entretient des liens étroits avec son pays d’origine.
Cependant, selon des sources officielles indiennes interrogées par idrw.org, ces allégations relèvent d’une « opération psychologique fabriquée par l’ISI ». Un responsable de l’Armée de l’air indienne a précisé : « Des briefings préliminaires ont eu lieu en mars 2025 pour les délégués de l’armée de l’air arménienne concernant les variantes Tejas Mk1A et MkII, mais aucune négociation formelle ni contrat n’a été engagé. » Il a dénoncé la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux pakistanais et amplifiées par certains médias, tout en rappellant que l’Arménie demeure un partenaire important avec plus de 500 millions de dollars d’équipements indiens déjà exportés, notamment les systèmes de défense sol-air Akash, les lance-roquettes Pinaka et les canons automoteurs ATAGS, sans que le Tejas ne soit engagé dans ces accords.
Dans le classement des destinations des exportations de défense indiennes, l’Arménie figure parmi les premiers clients, derrière les États-Unis et la France, avec un volume d’environ 23 622 crores de roupies (plus de 2,8 milliards d’euros) pour l’exercice 2024-2025. Depuis le conflit du Haut-Karabakh et le recentrage d’Erevan loin de Moscou, l’Arménie cherche à diversifier ses partenariats, rejetant notamment tout intérêt récent pour le Sukhoï Su-30MKI. La proposition de Tejas restait exploratoire, dans l’optique de contrer le renforcement des capacités aériennes de l’Azerbaïdjan, lequel s’est équipé en 2025 de 16 chasseurs JF-17 Thunder, issus d’un projet sino-pakistanais.
Lavrina, originaire de Bakou, est titulaire d’une licence en gestion des technologies de l’information de l’Université économique d’État d’Azerbaïdjan. Elle a développé une carrière mêlant journalisme et politique, occupant des fonctions à ADA University et dans la communauté russe d’Azerbaïdjan, tout en animant une émission de dialogue international. Toutefois, les agences indiennes la suspectent d’être un agent de l’ISI, notamment après la sortie de son documentaire controversé en 2025, Kashmir : The Silent Struggle, accusé de servir la propagande pakistanaise en présentant les forces indiennes comme des oppresseurs.
Les réactions pakistanaises sur les réseaux sociaux furent nombreuses à la suite du crash, avec des moqueries virulentes accompagnées de vidéos montrant une « journaliste pakistanaise » riant près des débris de l’appareil – une séquence qui a provoqué une vague d’indignation internationale pour son insensibilité. En comparaison, la revendication d’objectivité de Lavrina camoufle selon ses détracteurs un agenda coordonné : la plateforme AnewZ, bien que prétendument neutre, accueille régulièrement des voix pro-pakistanaises sur les conflits en Asie du Sud.