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Le croiseur russe Amiral Nakhimov est de retour en mer pour ses essais, après près de trois décennies d’immobilisation à sec. Ce bâtiment de bataille, de la classe Kirov, a fait l’objet d’une modernisation approfondie et devrait bientôt devenir le nouveau navire amiral de la Marine russe.

Le 25 août, l’Amiral Nakhimov a quitté le chantier naval de Sevmash à Severodvinsk et s’est dirigé par ses propres moyens vers la mer Blanche. Cette sortie marque le lancement des essais en mer du croiseur, qui a été entièrement rénové au cours des dernières années en vue de sa réintégration dans la flotte.

En février, les réacteurs nucléaires du navire avaient été remis en marche, et en mai, une désaimantation de la coque avait été réalisée. Ces essais en mer et à quai ouvrent une nouvelle phase dans la campagne de remise en service de ce bâtiment. Si ces tests sont concluants, l’Amiral Nakhimov prendra le rôle de navire amiral à la place de son sister-ship, le RFS Pyotr Velikiy.

Le RFS Amiral Nakhimov avait appareillé pour la dernière fois en 1997, avant d’être amarré en cale sèche à Severodvinsk, dans le nord de la Russie. Les années 1990 avaient été particulièrement difficiles pour la Marine russe, marquées par des budgets restreints, conduisant à des réductions d’effectifs et à la déconstruction de plusieurs navires de guerre.

La modernisation de l’Amiral Nakhimov avait débuté en 2014, avec une mise à niveau initialement prévue pour 2018. Cependant, ce projet a connu plusieurs reports et ce n’est qu’à la fin de 2024 que les essais en mer et à quai étaient clairement planifiés pour 2025.

Le croiseur a bénéficié d’une importante modernisation, intégrant des systèmes d’armes et des capteurs de dernier cri, le plaçant parmi les bâtiments les plus puissants et avancés de la flotte russe. Il dispose notamment de plus de 176 cellules de lancement vertical capables de tirer une large gamme de missiles anti-navires et de défense aérienne.

Le croiseur est équipé de 10 systèmes universels de lancement (USFS), chacun pouvant embarquer 8 missiles, soit 80 cellules dédiées aux missiles les plus modernes : le missile de croisière subsonique Kalibr, le missile anti-navire supersonique Oniks et les missiles de croisière hypersoniques Tsirkon. À cela s’ajoutent 96 autres cellules pour des missiles sol-air destinés à la défense antiaérienne.

Il n’est pas encore confirmé précisément quels systèmes de missiles sont embarqués. Certaines sources évoquent des systèmes de défense aérienne S-300 Fort-M, tandis que d’autres mentionnent une installation du système S-400. Le bâtiment dispose également de six systèmes Pantsir-M pour la défense à courte et moyenne portée. Des systèmes antisubmersibles et lance-torpilles Paket-NK et Otvet complètent l’armement.

Le canon naval polyvalent AK-130 de 130 mm a été remplacé par un modèle plus moderne, le AK-192M de même calibre.

L’Amiral Nakhimov possède plus de cellules de lancement que plusieurs autres grands bâtiments modernes, notamment :

  • les croiseurs chinois de classe Renhai Type 055 avec 112 cellules ;
  • les destroyers sud-coréens de classe Sejong le Grand avec 128 cellules ;
  • les croiseurs américains de classe Ticonderoga avec 122 cellules ;
  • les destroyers de classe Arleigh Burke avec 96 cellules.

Les essais en mer et à quai s’étaleront sur plusieurs mois et permettront de vérifier la sécurité en navigation, la fiabilité de la propulsion et le fonctionnement du bâtiment lors de déploiements. Dans un second temps, les systèmes d’armes seront testés afin d’évaluer l’efficacité opérationnelle du navire, condition indispensable à sa remise en service officielle prévue d’ici la fin de l’année.

Une fois pleinement opérationnel, le RFS Amiral Nakhimov prendra le relais en tant que navire amiral de la Marine russe, en remplacement du RFS Pyotr Velikiy, probable futur candidat à la mise hors service.

La décision de ne pas moderniser davantage le Pyotr Velikiy s’explique notamment par les coûts et la durée nécessaires pour remettre à niveau les croiseurs de classe Kirov, ainsi que par le fait que ce dernier a été plus utilisé et présente donc une usure plus importante. Il est envisagé que l’équipage principal du Pyotr Velikiy soit transféré à bord de l’Amiral Nakhimov.

Avec sa vaste capacité en missiles et ses systèmes de défense avancés, le croiseur jouera un rôle majeur lors des exercices de la flotte russe et dans les groupes d’action de surface. Son arsenal lui permet d’assurer une couverture étendue sur les zones maritimes et de protéger un groupe naval russe. Il constituera également un contrepoids aux forces d’intervention de l’OTAN opérant à proximité des eaux russes.

À court et moyen terme, l’Amiral Nakhimov devrait donc devenir la pièce maîtresse de la réorganisation de la flotte de surface russe, qui se concentre désormais sur des frégates modernes de la classe Amiral Gorshkov, des corvettes et des vedettes lance-missiles. La construction de destroyers de grande taille a été arrêtée, et seuls quelques destroyers de classe Udaloy restent en service ou en voie de modernisation. Le croiseur Amiral Nakhimov pourrait ainsi être l’un des derniers grands bâtiments de haute mer à servir dans la Marine russe dans les années à venir.

Par Frederik Van Lokeren