Dans le cadre d’une initiative innovante visant à renforcer les capacités indiennes en systèmes terrestres sans pilote, le Conseil indien de la recherche scientifique et industrielle (CSIR) propose le développement d’un véhicule terrestre sans pilote (UGV) de classe moyenne doté d’une configuration multimode pouvant alterner entre roues et chenilles. Ce concept modulable permettrait d’adapter le véhicule à des environnements de combat variés selon les besoins des forces armées indiennes, augmentant ainsi leur flexibilité opérationnelle sur des terrains difficiles. Le projet, structuré en plusieurs phases, en est actuellement à sa première étape axée sur des UGV plus petits, tandis que la phase III visera des véhicules de classe moyenne plus robustes.
Les UGV représentent une avancée majeure dans la guerre moderne, offrant la possibilité de réaliser des missions à haut risque à distance, sans mettre en danger le personnel humain. La proposition du CSIR met l’accent sur la modularité, permettant au véhicule polyvalent de passer d’une configuration à roues, adaptée à la mobilité rapide sur routes et en milieu urbain, à une configuration à chenilles, optimisée pour une traction renforcée sur terrains accidentés, difficiles ou en haute altitude, notamment dans l’Himalaya. Ces véhicules, pouvant être équipés de systèmes d’armes variés tels que mitrailleuses téléopérées, missiles antichar ou lance-grenades, pourraient remplir plusieurs rôles, depuis la reconnaissance et le soutien direct au combat, jusqu’au ravitaillement logistique et à la sécurisation des périmètres en zones contestées.
Le programme UGV du CSIR s’inscrit dans une démarche multi-phases, mobilisant l’expertise de ses instituts, notamment le Central Mechanical Engineering Research Institute (CMERI), qui possède une expérience antérieure dans le développement d’UGV polyvalents pour des applications militaires. La phase I, en cours, cible des UGV légers et compacts, dédiés à des missions de surveillance et de neutralisation d’engins explosifs. Ces prototypes initiaux serviront à tester des technologies clés telles que la navigation autonome, l’intégration de capteurs et la prise de décision assistée par intelligence artificielle dans des conditions opérationnelles réelles.
Les phases suivantes viseront à accroître les capacités. La phase II, dont les détails restent limités, devrait permettre d’améliorer les systèmes hybrides et les protocoles d’intégration. La phase III, plus ambitieuse, introduira des UGV de classe moyenne pesant entre 5 et 15 tonnes, capables de transporter des charges plus lourdes. Cette catégorie inclura le système de mobilité interchangeable, permettant aux opérateurs sur le terrain de modifier rapidement la configuration – potentiellement en quelques heures – selon les exigences de la mission. Par exemple, la version roues faciliterait un déploiement rapide pour des patrouilles aux frontières, notamment le long de la Ligne de Contrôle (LoC), tandis que la version chenilles serait privilégiée pour les terrains boueux ou enneigés lors d’opérations de contre-insurrection au Jammu-et-Cachemire ou le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC).
L’approche du CSIR s’appuie sur un cadre R&D bien établi, soutenant des projets appliqués liés à la sécurité nationale. Le programme devrait s’accompagner de collaborations avec l’Organisation de Recherche et Développement pour la Défense (DRDO) et le secteur privé, à l’image d’initiatives récentes telles que celles de Tata Advanced Systems, qui a récemment présenté des UGV chenillés. Le financement pourrait provenir des subventions du CSIR dédiées à des projets multidisciplinaires, favorisant la coopération interinstitutionnelle pour répondre aux défis spécifiques de la défense.
Applications polyvalentes : Armer les UGV pour des missions multi-rôles
Les UGV de classe moyenne proposés sont conçus pour être adaptables, grâce à des supports d’armes modulaires adaptés à divers types de missions. Sur un théâtre d’opérations, ils pourraient être équipés de :
- Armement léger : des postes de tir téléopérés en 7,62 mm ou 12,7 mm pour des tirs de suppression ou des missions antipo personnel.
- Armement lourd : missiles guidés antichars (ATGM) comme le Nag ou l’Invar pour neutraliser les menaces blindées.
- Options non létales : dispositifs anti-émeute tels que lanceurs de gaz lacrymogène ou agents acoustiques pour le contrôle des foules en milieu urbain.
Au-delà de l’armement, ces UGV soutiendront les opérations de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) grâce à des caméras embarquées, LiDAR et imagerie thermique, fournissant des données en temps réel aux centres de commandement. En logistique, ils pourront transporter plusieurs tonnes de matériel, réduisant l’exposition des convois. Pour les opérations spéciales, des capacités de travail en essaim autonome, inspirées des tendances mondiales telles que les UGV dotés d’IA en Ukraine, pourraient permettre des attaques coordonnées sans intervention humaine, augmentant la résilience dans des environnements soumis à des brouillages électroniques intensifs.
La configuration interchangeable répond à une limite importante des UGV actuels, souvent spécialisés sur un type de terrain. En autorisant une reconfiguration rapide, la proposition du CSIR vise à maximiser l’efficacité opérationnelle tout en réduisant les temps d’immobilisation et les contraintes logistiques. Cette modularité s’inscrit dans les avancées internationales récentes observées sur les UGV, mais avec un développement adapté aux contraintes géographiques très diverses de l’Inde, allant des déserts arides aux montagnes escarpées.