Le véhicule blindé d’infanterie CV90 est reconnu comme une plateforme performante et éprouvée parmi les alliés de l’OTAN. Pourtant, malgré ses qualités, les États-Unis ne l’ont jamais adopté. Cette interrogation revient régulièrement, mais les raisons dépassent largement la simple efficacité du blindé.

Historiquement, l’armée américaine accumule les programmes de véhicules militaires développés mais jamais massivement déployés. Des projets comme le Future Combat Systems, le Ground Combat Vehicle ou plus récemment l’Optionally Manned Fighting Vehicle ont été abandonnés avant ou peu après leur lancement. Même le M10 Booker, un véhicule censé remplacer lourd, a vu sa production stoppée après seulement une soixantaine d’exemplaires.

Dans ce contexte, la question revient souvent : pourquoi ne pas simplement acquérir un véhicule éprouvé comme le CV90 ? Développé dans les années 1980 par Hägglunds (aujourd’hui BAE Systems), le CV90 a été conçu pour contrer la menace soviétique. Il allie mobilité, protection et polyvalence, avec de nombreuses variantes : véhicule blindé de combat, transport de mortiers, reconnaissance, modèles lanceurs de commandement, etc. Ses armements principaux vont du canon de 30 mm jusqu’au calibre 120 mm, répondant ainsi à de nombreuses exigences en termes de puissance de feu.

Malgré ses performances et une modernisation récente, plusieurs facteurs expliquent que le Pentagone ne se tourne pas vers ce blindé suédois.

Le premier facteur est financier et politique. Les achats du ministère de la Défense américain ne concernent pas seulement des véhicules, mais des programmes complets incluant la chaîne logistique, la maintenance, la formation, la documentation technique, les simulateurs, etc. Ces contrats, souvent pluriannuels et de plusieurs milliards de dollars, génèrent des milliers d’emplois et assurent un flux durable de prestations industrielles sur le territoire américain.

En optant pour un achat hors-sol, directement auprès d’un constructeur européen, le Pentagone risquerait d’externaliser ces avantages économiques et industriels. Une licence de fabrication locale pourrait être envisagée, comme cela a été fait pour certains hélicoptères UH-72 Lakota, mais impliquerait un investissement important dans un équipement dont la maîtrise complète resterait limitée.

Un autre élément crucial est la doctrine militaire américaine. Les forces blindées américaines sont organisées autour de la manœuvre combinée et intégrée, où des véhicules comme le Bradley opèrent de concert avec les chars Abrams, l’artillerie, les drones et la supériorité aérienne. Ce réseau tactique repose sur une interopérabilité poussée entre plateformes, fondée sur des systèmes de commandement, de communication et de guerre électronique très spécifiques.

Le CV90 est conforme aux normes OTAN, mais intégrer pleinement les technologies américaines, comme les suites de communication cryptées, les systèmes de gestion de combat, le suivi des forces Blue Force Tracker ou les systèmes d’armement télé-opérés, nécessiterait un important travail d’adaptation. Cela conduit souvent à créer une version spécifique, complexe et coûteuse, presque comparable à développer un nouveau véhicule.

Enfin, la coexistence avec le Bradley est un frein important. Ce véhicule américain, produit à plusieurs centaines d’exemplaires, répond déjà à une grande partie des besoins opérationnels. Le remplacement par un système étranger similaire serait difficile à justifier politiquement et industriellement.

En résumé, si le CV90 est un blindé d’infanterie performant et reconnu, les choix américains sont dictés par des facteurs économiques, industriels, doctrinaux et stratégiques complexes. Plutôt que d’acheter « sur étagère », les États-Unis privilégient un développement interne, garantissant contrôle, adaptation et bénéfices à long terme pour leur base industrielle et militaire.