Le ministère de la Défense japonais a décidé d’améliorer les capacités du destructeur Aegis Chokai de la Force d’autodéfense maritime en lui dotant de la capacité de lancer des missiles de croisière Tomahawk d’origine américaine. Cette modernisation marque un tournant dans la stratégie de défense du Japon, qui mise désormais sur une posture plus proactive.
Le destroyer Chokai sera ainsi le premier navire Aegis japonais à pouvoir utiliser les missiles Tomahawk, connus pour leur portée d’environ 1600 kilomètres, offrant au Japon une capacité d’attaque à longue distance. Cette évolution s’inscrit dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale japonaise, qui souligne l’importance d’une capacité de contre-attaque efficace afin de dissuader toute agression potentielle.
L’intégration des versions Tomahawk Block IV et Block V permettra d’améliorer les fonctions de navigation et de guidage, offrant ainsi au destructeur plus de précision et de flexibilité dans des scénarios de conflit possibles.
Le Japon a engagé environ 1,72 milliard de dollars pour l’acquisition d’un maximum de 400 missiles Tomahawk. Le premier déploiement est prévu pour l’exercice fiscal 2025, anticipant les délais initiaux, et le JS Chokai est en cours de rénovation pour intégrer cette capacité d’ici mars 2026. Le gouvernement japonais envisage d’étendre cette capacité à l’ensemble de ses huit destructeurs Aegis d’ici 2027.
Ce renforcement de la capacité offensive des destroyers Aegis s’inscrit dans un cadre plus large de modernisation de la défense japonaise. Le pays prévoit notamment d’augmenter son budget de défense à environ 68 milliards de dollars d’ici 2027, ce qui ferait du Japon le troisième investisseur militaire mondial, derrière les États-Unis et la Chine. Par ailleurs, deux destroyers Aegis supplémentaires sont prévus pour l’exercice fiscal 2032.
Caractéristiques du destructeur JS Chokai
Le JS Chokai a un déplacement standard de 7 500 tonnes et atteint 9 500 tonnes en charge maximale. Il mesure 161 mètres de long, 21 mètres de large et a un tirant d’eau de 6,2 mètres.
Propulsé par quatre turbines à gaz Ishikawajima Harima/General Electric LM2500-30, il fonctionne sur deux axes et développe une puissance cumulée de 100 000 chevaux (75 mégawatts). Ce système permet au navire d’atteindre une vitesse maximale de 30 nœuds (56 km/h). Son autonomie opérationnelle est de 4 500 milles nautiques à une vitesse de croisière de 20 nœuds (37 km/h).
Le JS Chokai dispose d’un ensemble avancé de capteurs et de systèmes de traitement, incluant le radar AN/SPY-1D pour la défense aérienne et antimissile, le radar OPS-28 de recherche de surface, ainsi que le sonar avant OQS-102 dédié aux opérations anti-sous-marines. Ses capacités de guerre électronique sont renforcées par le système NOLQ-2, spécialisé dans l’interception et l’interférence.
L’armement du navire est conséquent et diversifié. Il comprend un canon compact Oto Melara de 127 mm/calibre 54 pour le combat de surface. Le destroyer est équipé de huit missiles anti-navires RGM-84 Harpoon montés en conteneurs quadruples, assurant une forte capacité de combat antisurface. Pour la défense rapprochée, il dispose de deux systèmes d’armes Phalanx CIWS de 20 mm. Enfin, deux tubes lance-torpilles triples HOS-302 permettent le lancement de torpilles Mark 46 et Type 73 pour la lutte anti-sous-marine.
Alain Servaes