À l’occasion du 75e anniversaire de la création de la Marine chinoise, la chaîne CCTV News a diffusé le 21 avril un reportage spécial intitulé « Remplacement des équipements principaux, exercices de formation de la flotte pour améliorer la capacité de combat ». Ce document met en lumière le processus de développement opérationnel du destroyer de type 055, « Xianyang », placé sous le commandement d’un escadron de destroyers de la Marine du Commandement du Théâtre Sud.
Une formation rapide à la capacité de combat en moins d’un an
Le « Xianyang », avec ses 13 000 tonnes en charge, est un bâtiment de surface majeur que la marine américaine classerait en catégorie croiseur. Il a réussi à atteindre sa pleine capacité opérationnelle en moins d’un an, de sa mise en service à la validation complète de son entraînement de combat, une performance remarquable pour un navire de cette taille.
En comparaison, le destroyer de classe « Arleigh Burke III » de la Marine américaine, destiné à remplacer temporairement les croiseurs de la classe « Ticonderoga », équipé du radar avancé AN/SPY-6 AMDR-S, a connu un calendrier beaucoup plus long. Avec une première livraison initialement prévue pour 2021, retardée à octobre 2023, son entrée en capacité opérationnelle initiale est estimée en 2025, et la pleine capacité opérationnelle n’arrivera pas avant 2026.
Selon le reportage de CCTV, le « Xianyang » a intégré la marine du Commandement du Théâtre Sud au moment de la fête navale de l’année dernière. Cette année, la chaîne affirme que le destroyer vient d’achever des patrouilles de combat et des missions d’entraînement lointaines. Ces patrouilles, réalisées après l’acquisition de la capacité opérationnelle, indiquent que la formation complète s’est déroulée entre avril de l’année précédente et mars de cette année.
Des entraînements en haute mer sur plusieurs zones stratégiques
Le rapport précise que le « Xianyang » a mené récemment des patrouilles de combat et des exercices en haute mer dans la mer de Chine méridionale, l’océan Indien oriental et l’océan Pacifique occidental. Opérant dans un cadre d’intégration approfondie au système de commandement conjoint, le destroyer a réalisé plusieurs dizaines de missions, incluant des manœuvres à grande échelle, la défense antimissile anti-aérienne et des frappes coordonnées.
Les manœuvres à grande échelle correspondent à des déplacements transocéaniques, par exemple depuis la mer de Chine méridionale vers le Pacifique occidental, puis vers l’océan Indien. Ces mouvements permettent de tester les capacités de navigation et de communication, d’organiser la navigation à longue distance et de réaliser des communications terre-navire, entraînements fondamentaux pour un navire de combat.
Le « Xianyang » est équipé d’un système universel vertical de lancement capable d’embarquer simultanément des missiles anti-navires et divers missiles anti-aériens, lui permettant d’exécuter des missions simultanées de frappe aérienne et maritime. La mention par CCTV de son « intégration profonde au système de commandement conjoint » souligne l’importance du partage d’informations entre différentes plateformes pour compenser les limites de portée dues à la courbure terrestre, notamment pour les missiles et radars qui ne peuvent atteindre des cibles hors de la ligne de vue.
Ce système garantit que le destroyer peut recevoir des informations de ciblage et effectuer des frappes sous la coordination de postes de commandement terrestres, même quand il opère isolément ou en formation sans porte-avions ni avions de patrouille basés à bord.
Un itinéraire énigmatique dans l’océan Indien
Le parcours de cette patrouille est particulièrement surprenant. CCTV mentionne une progression du « Xianyang » de la mer de Chine méridionale vers l’océan Indien oriental, puis vers le Pacifique occidental. Or, la mer de Chine méridionale est une zone semi-fermée, bordée par les Philippines, la péninsule indochinoise et l’archipel indonésien, ce qui interroge sur la route précise empruntée.
Certains observateurs militaires estiment que si le destroyer avait franchi le détroit de Malacca, il aurait été détecté et photographié depuis Singapour et suivi par des avions de patrouille anti-sous-marine P-8I indiens, tant la marine indienne est réputée vigilante dans cette zone stratégique située à seulement 2 000 km de la côte est de l’Inde.
La probabilité que la marine chinoise ait franchi ce passage en toute discrétion paraît donc faible. La piste la plus plausible serait un passage par le détroit de Lombok ou le détroit de la Sonde, entre les îles indonésiennes. Le détroit de Lombok, moins surveillé et plus isolé, offrirait une meilleure opportunité pour une traversée discrète, notamment de nuit ou par temps couvert.
Après avoir quitté l’archipel indonésien, le « Xianyang » aurait évolué dans une zone située entre Sumatra et les îles Cocos, toujours dans l’océan Indien oriental. Quant à son retour vers le Pacifique occidental, il pourrait avoir emprunté la mer de Timor et la mer des Banda, puis une route proche de Palaos – un itinéraire qui, au total, aurait échappé au suivi de la marine américaine et de la marine indienne.
Ces éléments suggèrent des failles notables dans la surveillance de la marine indienne sur sa façade orientale, ainsi qu’un relâchement apparent de la marine américaine, concentrée sur le front du Pacifique occidental. Par ailleurs, la marine australienne semble également peu préparée à la présence de bâtiments de surface chinois dans les eaux proches de son territoire.