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Face aux blocages rencontrés auprès des pays membres de l’OTAN pour moderniser sa flotte aérienne, la Turquie envisage désormais l’acquisition du chasseur chinois JF-17 Thunder, développé conjointement par la China Aviation Industry Corporation (AVIC) et le Pakistan Aeronautical Complex (PAC). Cette option, évoquée dans un rapport récent, illustre le dilemme turc entre ses ambitions militaires et les contraintes occidentales.

La Turquie se trouve confrontée à un double obstacle dans ses efforts de modernisation aérienne. D’une part, l’achat de F-16V auprès des États-Unis fait face à des blocages administratifs et politiques, notamment du fait de résistances exprimées au Congrès américain. D’autre part, ses tentatives pour s’équiper en Eurofighter Typhoon (EF-2000) auprès des pays européens pâtissent des tensions diplomatiques, en particulier avec l’Allemagne qui refuse d’exporter ce matériel moderne à Ankara. Ces entraves ont conduit la Turquie à s’intéresser au chasseur JF-17, un appareil de troisième génération, seul avion de ce type conçu indépendamment dans le monde islamique.

Pourquoi la Turquie réévalue-t-elle l’achat du JF-17 ?

La nouvelle orientation turque vers le JF-17 contraste avec un passé récent marqué par des négociations infructueuses concernant notamment l’achat du système de défense sol-air FD-2000 chinois. Aujourd’hui, le problème principal n’est plus financier, mais politique : les pays de l’OTAN, en particulier les États-Unis, refusent de livrer les avions de combat les plus avancés que la Turquie demande.

Alors que le F-35A est exclu pour Ankara, l’approbation à Washington de la vente de F-16V Block 70 demeure suspendue, bloquée par des élus américains qui conditionnent cette autorisation à des changements dans la politique turque envers les Kurdes. Face à ces obstacles, la Turquie a aussi cherché à acquérir des Eurofighter Typhoon auprès du Royaume-Uni, de l’Espagne, de l’Italie et de l’Allemagne. Si Londres et Madrid ont émis un avis favorable, Berlin a opposé un refus, invoquant les positions turques sur le conflit israélo-palestinien.

Cet alignement des oppositions européennes et américaines contraint Ankara à reconsidérer ses choix, alors que les négociations pour les F-16V, initialement espérées pour cette année, restent en suspens.

Un dilemme pour l’aviation turque

La Turquie fait face à un défi majeur dans la modernisation de sa flotte aérienne tactique, coincée entre la dépendance vis-à-vis des industriels occidentaux et la volonté d’autonomie. Sa capacité à moderniser elle-même ses F-16C/D vers la version F-16V reste limitée et ne peut compenser le retard accumulé.

Parallèlement, la puissance aérienne de son principal rival régional, la Grèce, s’est significativement renforcée. Depuis 2022, Lockheed Martin assure la mise à niveau de la flotte grecque de F-16 en version V, avec une livraison progressive attendue d’ici 2027. En outre, Athènes a contracté l’achat de 24 chasseurs Rafale auprès de la France, un programme dont les livraisons doivent s’achever l’an prochain.

Avec des radars AESA, des équipements de guerre électronique modernisés et des capacités multi-rôles supérieures, l’aviation grecque dispose désormais d’un avantage tactique significatif face aux F-16C/D turcs, moins avancés.

Dans ce contexte, la Turquie, qui par le passé jouait la carte de la négociation avec l’Occident en alternant ses interlocuteurs, perd progressivement pied. Sa position s’affaiblit aussi bien au sein de l’OTAN qu’avec l’Union européenne, ses relations se dégradant au point de marquer une marginalisation progressive.

Ce renversement de situation complexifie la politique d’achat militaire turque, initialement conçue comme un levier diplomatique. La possibilité s’ouvre désormais que l’Occident se désintéresse de ces enjeux, laissant Ankara libre de se tourner vers des fournisseurs alternatifs, tels que la Chine avec son JF-17.

Cette évolution pourrait faire basculer la Turquie dans une posture plus autonome mais aussi plus isolée, semblable à celle adoptée par certains États comme l’Iran. Dans ce contexte, l’achat du chasseur JF-17 ne serait plus une simple menace de négociation, mais une réalité concrète illustrant le rééquilibrage géostratégique imposé par les tensions actuelles.