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Portant une vision ambitieuse pour l’avenir de l’aviation militaire, l’US Air Force avance dans les tests de vols autonomes avec des F-16, surnommés « Vipers ». Prévu pour 2024, ce programme vise à créer un escadron de drones accompagnateurs capables d’appuyer les chasseurs pilotés.

F-16 autonome américain au cœur d’un escadron de combat F-35
Crédit photo : Lockheed Martin

Ces essais s’inscrivent dans le cadre du Project VENOM, acronyme de Viper Experimentation and Next-generation Operations Model. Il s’agit d’un programme innovant qui intègre des capacités autonomes à six F-16, initiant une transition progressive du contrôle humain à une gestion par logiciel autonome en vol.

L’USAF souhaite ainsi valider les performances du vol autonome, en lien avec le concept des Collaborating Combat Aircraft (CCA). Selon ce modèle, près de 1 000 appareils autonomes devraient accompagner en synergie la flotte de F-35A et de systèmes NGAD (Next-Generation Air Dominance).

Cette stratégie prévoit le déploiement de deux CCA pour chaque plateforme NGAD (200 prévues) ainsi que deux pour chaque F-35 (300 au total). Ces drones autonomes seraient polyvalents : ils pourraient mener des opérations de guerre électronique, des missions de reconnaissance ou servir d’éclaireurs tactiques. Ils seraient également armés de canons ou de missiles pour engager des cibles ennemies, avec la capacité d’agir comme leurres si nécessaire.

Nouvelle livrée camouflage foncé du F-16 USAF
Crédit photo : USAF

Le budget prévisionnel 2024 alloue environ 50 millions de dollars au Project VENOM, destiné à tester les logiciels autonomes sur F-16, tandis que 69 millions supplémentaires sont dédiés à la création d’une équipe expérimentale chargée de définir les doctrines d’intégration des CCA au sein des escadrons.

Crash d’un F-35 britannique lié à un problème moteur
Crédit photo : Ministère de la Défense britannique

Selon Frank Kendall, secrétaire à l’US Air Force, en novembre 2023, la flotte de CCA pourrait dépasser l’estimation actuelle de 1 000 unités. Cependant, une compréhension approfondie des technologies de vol autonome est indispensable pour une intégration fluide au sein des opérations normales des unités avant tout déploiement massif.

Les essais de Project VENOM fourniront des données cruciales issues de l’interaction pilote-machine, permettant d’affiner les logiciels et de définir les instructions tactiques pour l’emploi efficace des CCA, tout en réduisant les risques liés à la cohabitation d’appareils autonomes avec des avions pilotés.

Vente de 35 F-35 à l’Allemagne en cours
Crédit photo : Pixabay

Le coût des CCA est un facteur clé pour leur succès : le but est de les rendre suffisamment abordables pour qu’ils soient « attribuables », c’est-à-dire que leur perte au combat soit acceptable. D’après Kendall, un CCA pourrait coûter entre 20 et 27 millions de dollars, soit environ 25 à 33 % du prix d’un F-35.

Cette économie permettrait de déployer les CCA sur des missions à plus haut risque, limitant ainsi l’exposition des pilotes humains. Toutefois, cette approche rencontre des réticences au Congrès américain, notamment concernant le financement. En réponse, l’USAF a engagé des partenaires potentiels pour commencer des travaux préliminaires avant la validation complète du programme, avec l’objectif d’un déploiement opérationnel d’ici 2028.

XQ-58A Valkyrie

L’US Air Force mène plusieurs programmes de drones wingmen autonomes, dont le Project VENOM. Dans cette continuité, elle développe aussi le XQ-58A Valkyrie, un appareil autonome avancé soutenu par l’intelligence artificielle (IA).

Cette technologie innovante est au centre des efforts américains pour exploiter les avantages des armements autonomes tout en soulevant d’importantes questions éthiques sur la délégation d’autorité létale à des machines.

Drone XQ-58A Valkyrie prototype américain
Crédit photo : Wikipedia

La Valkyrie est conçue comme un complément efficace aux chasseurs existants, agissant comme un wingman robotisé capable de détecter, d’évaluer et d’alerter les pilotes humains face à des menaces potentielles. La décision finale d’engager un tir létal reste toutefois sous contrôle humain.

Par ailleurs, des préoccupations grandissent autour d’un possible conflit majeur avec la Chine, notamment une invasion de Taïwan. Malgré d’importants investissements, la capacité de l’USAF à répondre efficacement dans ce scénario est questionnée.

Cela s’explique par la forte concentration chinoise de missiles anti-aériens et anti-navires (plus d’un millier) le long de ses côtes et sur des îles artificielles en mer de Chine méridionale, limitant drastiquement la liberté d’action américaine et exposant à de lourdes pertes terrestres et aériennes.

Le F-35, au prix élevé d’environ 80 millions de dollars l’unité, est produit en un nombre réduit au fil des ans, ce qui fait vieillir et diminuer la flotte américaine.

L’impératif est donc de compenser cette diminution grâce aux drones IA ou CCA, un programme surnommé « affordable mass » (masse abordable), visant à fabriquer de 1 000 à 2 000 drones à un coût unitaire pouvant descendre à 3 millions de dollars, soit une fraction du prix d’un chasseur avancé.

Ces drones spécialisés interviendront dans divers rôles : attaques en essaim, surveillance, missions logistiques, ou comme wingmen fidèles accompagnant un pilote humain.