Article de 1803 mots ⏱️ 9 min de lecture

Un rapport récent du Parlement britannique, publié le 31 octobre 2025, salue le F-35B Lightning II comme une avancée technologique majeure pour la puissance aérienne du Royaume-Uni, tout en soulignant des lacunes persistantes en matière de préparation et de capacités.

Les parlementaires reconnaissent les progrès accomplis sur le plan technologique, mais pointent du doigt des insuffisances dans la maintenance, l’intégration des systèmes de mission et le nombre de personnels qualifiés. Le ministère de la Défense prévoit toujours de déclarer la Capacité Opérationnelle Totale (Full Operating Capability) d’ici fin 2025, malgré l’avertissement du comité selon lequel la préparation globale au combat de la flotte demeure inférieure aux attentes, notamment pour les missions prolongées depuis porte-avions et les opérations d’attaque.

Le F-35B Lightning II est réputé comme l’un des chasseurs multirôles les plus avancés au monde, grâce à sa combinaison unique de furtivité, de fusion de capteurs et de capacités de combat intégrées. Conçu pour évoluer dans des environnements fortement contestés, il réalise des frappes de précision tout en étant très difficile à détecter. Les systèmes embarqués avancés, tels que le radar AESA AN/APG-81 et le Distributed Aperture System (DAS), offrent aux pilotes une vision complète du champ de bataille, renforçant leur survie et l’efficacité des missions.

La version F-35A sert de standard pour l’US Air Force ainsi que pour de nombreuses forces alliées, avec des capacités d’attaque à longue portée et une grande maniabilité. Le F-35B, utilisé principalement par les Marines américains et leurs partenaires, permet des opérations flexibles depuis des pistes courtes ou des navires amphibies. Ces deux variantes forment une flotte mondiale bénéficiant d’une logistique partagée, de mises à jour logicielles régulières et d’une interopérabilité multinationale.

En dépit de critiques liées aux coûts et à la maintenance, les performances du F-35 lors d’exercices réels et la demande internationale croissante confirment son rôle central dans les stratégies modernes de puissance aérienne.

Le ministère de la Défense britannique avait choisi en 2012 la variante STOVL (Short Take-Off and Vertical Landing) F-35B pour équiper sa capacité d’attaque embarquée sur les porte-avions HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales. En tant que seul « partenaire de niveau 1 » international du programme Joint Strike Fighter dirigé par les États-Unis, le Royaume-Uni bénéficie d’un accès complet aux informations et à la contribution aux conceptions, validant ainsi l’achat initial de 48 F-35B.

En octobre 2025, 40 F-35B britanniques avaient été livrés, tandis que huit autres étaient en production dans les lots 15 et 16 de la phase initiale de production à faible cadence (LRIP). Ces premières livraisons, entamées en 2012 à la base aérienne d’Eglin aux États-Unis, visaient l’entraînement et les essais. Les appareils opérationnels sont désormais basés à Marham, principale base de la Force Lightning britannique.

Ces 48 appareils sont répartis entre deux escadrons opérationnels de première ligne : le 617 Squadron de la Royal Air Force (RAF) et le 809 Naval Air Squadron de la Royal Navy. Les avions supplémentaires sont affectés à la formation, à la conversion des pilotes et aux tests techniques.

À long terme, l’objectif est d’acquérir jusqu’à 138 F-35, sans engagement contractuel ferme au-delà du premier lot. En juin 2025, le ministère de la Défense a annoncé son intention d’acquérir 27 avions supplémentaires, comprenant 15 F-35B et pour la première fois 12 F-35A.

Le F-35A, variante à décollage et atterrissage classiques, offre un plus grand rayon d’action et est destiné à l’entraînement ainsi qu’au soutien des missions de dissuasion nucléaire de l’OTAN, en tant qu’appareil dit « à double capacité » capable d’emporter des armes conventionnelles et nucléaires.

Malgré son design avancé et l’intégration sophistiquée de ses capteurs, la flotte britannique de F-35B souffre actuellement d’une absence de capacité d’attaque à longue distance. Le déficit technique majeur réside dans l’absence d’armement air-sol capable de frapper des objectifs au-delà de la portée des défenses anti-aériennes ennemies.

Le missile MBDA SPEAR 3 est censé combler cette lacune, mais son intégration est retardée jusqu’au début des années 2030, en raison des calendriers d’actualisation logicielle et de difficultés chez les fournisseurs. Le ministère de la Défense examine des solutions temporaires, mais aucune capacité de remplacement n’est encore déployée. Cette carence réduit fortement la capacité du F-35B à exploiter sa furtivité dans des opérations d’attaque en profondeur dans des environnements contestés.

Sur le plan opérationnel, la flotte britannique a franchi une étape majeure avec le déploiement en 2025 du Groupe de Bataille Porte-Avions dans la région Indo-Pacifique. Jusqu’à 24 F-35B ont été embarqués à bord du HMS Prince of Wales, constituant le plus important déploiement d’avions de cinquième génération jamais réalisé par le Royaume-Uni. Cet exploit n’a été possible que grâce à des mesures d’urgence, dont des réductions temporaires dans la disponibilité des escadrons d’entraînement et un soutien accru du programme F-35 international.

Le Comité des Comptes Publics anticipe une baisse significative de la disponibilité des avions dans les mois suivant ce déploiement, plusieurs appareils devant entrer en phase de maintenance prolongée. Malgré tout, le ministère de la Défense britannique maintient son objectif de déclaration de Capacité Opérationnelle Totale à la fin de 2025.

Un des points faibles majeurs du programme britannique réside dans la pénurie de personnels techniques. Le ministère reconnaît avoir sous-estimé le nombre d’ingénieurs nécessaires par avion. En 2025, le déficit concerne notamment les ingénieurs fuselage, spécialistes des données de mission, techniciens cyber, pilotes et instructeurs de vol certifiés. Sur 16 postes d’instructeurs, seulement 5 sont pourvus. Le gouvernement a approuvé la création de 168 postes supplémentaires, soit une augmentation de 20 %, mais le recrutement et la formation prendront plusieurs années. Cette insuffisance impacte directement la cadence des missions, la disponibilité opérationnelle et la formation des pilotes.

Cette situation est exacerbée par des conditions d’hébergement médiocres à la base de Marham, foyer de la Force Lightning. Plus de 1 500 militaires y sont stationnés, dont beaucoup résident dans des logements considérés comme l’un des moins confortables des forces armées britanniques. Le ministère reconnaît que ces conditions affectent le moral et entraînent un taux élevé de départs volontaires.

Le premier nouveau bloc d’hébergement devrait être achevé d’ici fin 2025, mais la rénovation complète des infrastructures ne devrait pas s’achever avant 2034. Le Comité des Comptes Publics qualifie ce calendrier d’inacceptable, soulignant l’urgence de retenir le personnel nécessaire aux opérations de cinquième génération.

Sur le plan de la souveraineté opérationnelle, le Royaume-Uni ne dispose pas actuellement d’infrastructures nationales pour vérifier les caractéristiques de furtivité de ses F-35, notamment leur capacité à échapper aux radars ennemis. L’installation prévue de contrôle et garantie de furtivité a été suspendue en 2021 pour raisons budgétaires. Le Royaume-Uni demeure donc dépendant des infrastructures américaines pour cette validation, ce qui contredit sa politique de défense orientée vers l’autonomie et la liberté d’action sans dépendance aux alliés.

La prévision financière et la gestion du cycle de vie du programme sont également mises en question. Initialement, le coût estimé pour les 48 premiers avions s’établissait à 18,4 milliards de livres sterling jusqu’en 2048. En 2025, le ministère a revu son estimation à près de 57 milliards de livres pour une flotte de 138 appareils, couvrant les opérations jusqu’en 2069. Ce chiffre exclut toutefois certains coûts majeurs non liés directement aux équipements, comme les dépenses liées au personnel, au carburant ou aux infrastructures.

L’Office National d’Audit britannique porte ce coût complet du cycle de vie à 71 milliards de livres en intégrant ces postes. Le comité reproche au ministère son absence de mises à jour régulières et souligne que le retard de six ans dans la construction des infrastructures pour le 809 Naval Air Squadron a ajouté près de 100 millions de livres aux coûts tout en retardant la disponibilité opérationnelle.

L’intégration des 12 appareils F-35A dans la mission nucléaire de double capacité de l’OTAN complexifie aussi le programme. Si le ministère assure que ces avions augmenteront la portée et soutiendront des missions d’entraînement plus longues, ils nécessiteront de nouvelles infrastructures, des régimes de formation adaptés et des certifications spécifiques. Des consultations avec d’autres membres nucléaires de l’OTAN sont en cours, mais à fin 2025 aucun planning officiel ni estimation financière n’a été rendu public.

Sur le plan industriel, le Royaume-Uni demeure un acteur clé du programme F-35, avec BAE Systems fabriquant la partie arrière du fuselage de chaque appareil produit mondialement, et Rolls-Royce fournissant le ventilateur de sustentation spécifique au F-35B. Ces contributions soutiennent des milliers d’emplois au Royaume-Uni et assurent une présence durable dans la chaîne mondiale de production. Néanmoins, cette implication industrielle ne garantit pas à elle seule la disponibilité opérationnelle de la flotte. La crédibilité britannique en matière de puissance aérienne de cinquième génération repose sur la disponibilité, les capacités effectives et la pérennité des opérations.

À l’approche de la fin de l’année 2025, le programme F-35 britannique se trouve à un tournant crucial. La plateforme est éprouvée, technologiquement mature et stratégique pour la défense du Royaume-Uni. Pourtant, sans armement air-sol longue portée intégré, sans disponibilité fiable, sans personnel adéquatement formé, sans souveraineté garantie et sans infrastructures modernisées, le Royaume-Uni risque de déployer un chasseur de premier ordre, mais avec une capacité limitée à conduire des opérations de cinquième génération sur la durée.

Pour que la flotte britannique de F-35B atteigne son plein potentiel, le ministère de la Défense doit combler les lacunes en armes, maintenance et préparation opérationnelle. Ce n’est qu’à ce prix que le Royaume-Uni disposera d’une force de chasseurs de cinquième génération pleinement capable de répondre aux exigences des futurs conflits.