Un hélicoptère Chetak stationne immobile sur un tablier en béton dans le nord de l’Inde, sa verrière captant la lumière du soir. Ce qui rend la scène particulière, ce n’est pas l’appareil lui-même — des milliers d’Alouette produits sous licence ont opéré dès les années 1960 sous des couleurs vert olive —, mais la gigantesque cage métallique noire qui l’entoure entièrement. Un filet épais en nylon suspendu à une structure rigide, plus haute et plus longue que l’hélicoptère, transforme le Chetak en une sorte d’oiseau dans une volière. Il ne s’agit pas d’un hangar temporaire. C’est la réponse la plus récente et la plus simple de l’armée indienne face à une menace quasiment inexistante il y a cinq ans : des essaims de drones bon marché chargés d’explosifs lancés depuis la frontière.
Cette photographie, prise à la mi-2025 dans une base avancée, illustre le moment où la doctrine anti-drones a cessé d’être l’affaire exclusive des unités spécialisées dans la défense aérienne pour devenir une réalité quotidienne pour tous les escadrons stationnant des aéronefs en extérieur. Sur la frontière occidentale comme en certaines zones à l’est, les hélicoptères et avions à voilure fixe sont désormais systématiquement placés dans ces « cages antimissiles » mobiles dès leur mise hors service.
Les structures sont assemblées à partir d’éléments d’échafaudages standard, pouvant être montées par six opérateurs en moins de quarante minutes, puis démontées rapidement lorsque l’aéronef doit reprendre le vol. Le filet est réalisé dans le même matériau robuste utilisé sur les terrains d’entraînement de cricket : il ne stoppera pas une balle, mais suffit largement à enchevêtrer les rotors ou les ailes de tout drone commercial de type quadricoptère ou avion suicide de moins de 25 kilogrammes — la grande majorité des systèmes rencontrés lors des attaques récentes.
L’idée est d’une simplicité brutale : créer une barrière physique qui force le drone à s’écraser avant d’atteindre sa cible. Un drone FPV circulant à 150 km/h déchire sa structure à l’impact avec le filet, tandis que des avions à voilure fixe plus volumineux perdent une aile ou une dérive et piquent au sol sans danger. Les munitions rôdeuses guidées par GPS sont également perturbées : le filet désorganise leur approche finale, entraînant soit une détonation hors de portée, soit l’auto-abandon en vol. Les tests réalisés en 2024 par le Corps d’aviation de l’armée indienne et le DRDO ont montré un taux d’interception de 97 % contre une large gamme d’appareils, allant du drone amateur au drone à voilure fixe modifié achetés via AliExpress, équipés de charges explosives de 3 kg.
Cette solution, initialement mise en place en urgence après l’attaque de la base aérienne de Jammu en octobre 2023 — lors de laquelle deux drones explosifs avaient endommagé le toit d’un hangar abritant des Mi-17 —, est rapidement devenue la procédure standard. Chaque escadron opérationnel de Chetak, Cheetah et Dhruv dans un rayon de 100 km de la frontière ouest dispose désormais d’au moins quatre de ces cages. Sur les grandes bases accueillant aussi des MiG-21, Mirage 2000 et avions de transport de l’armée de l’air indienne, les cages ont évolué en longs passages couverts rappelant des enclos pour bétail, alignés sur les zones de stationnement. Les appareils sont remorqués par l’arrière, la porte arrière de la cage est verrouillée, rendant l’hélicoptère quasiment invisible et inaccessible à tout drone incapable de survoler un filet haut de quinze mètres — une performance que les drones d’attaque standards en service dans les forces pakistanaises ou chinoises ne possèdent pas.
Cette solution se révèle d’autant plus efficace qu’elle évite les deux faiblesses majeures des contre-mesures électroniques : la consommation énergétique et les contraintes légales. Les brouilleurs et dispositifs d’interruption radio nécessitent d’énormes quantités d’électricité, créent des zones mortes sphériques qui désactivent aussi les systèmes amis, et sont strictement réglementés dans l’espace aérien indien. Les armes à énergie dirigée restent encore à plusieurs années d’une mise en service opérationnelle. Le filet, lui, ne requiert aucune alimentation, n’interfère avec aucun système et coûte moins de huit lakh de roupies par unité — soit environ le prix de deux missiles sol-air portables.