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À la veille de la date limite, le Fonds de Développement Technologique (TDF) relevant de l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO) a lancé un appel à l’industrie indienne pour répondre à sa Demande d’Informations (RFI) concernant un projet ambitieux : la conception, le développement et la fabrication d’une cible aérienne expénable réutilisable à grande vitesse (HEAT). Cette initiative vise à renforcer les capacités d’entraînement et de test de l’Armée de l’Air indienne (IAF), soulignant la volonté du DRDO d’accroître l’autonomie technologique en comblant les lacunes dans la simulation des menaces aériennes.

La RFI, ouverte jusqu’au 25 septembre 2025, identifie plusieurs défis technologiques majeurs à relever pour créer une plateforme réutilisable et économique capable d’imiter des avions de chasse et missiles avancés – une évolution par rapport à la cible jetable Abhyas HEAT utilisée jusqu’ici.

Dans le cadre de la politique Atmanirbhar Bharat (« Inde autonome »), le programme TDF, doté d’un budget d’environ 1 000 crore de roupies, encourage l’innovation du secteur privé dans le domaine de la défense, offrant jusqu’à 10 crore de roupies par projet pour le développement. La RFI HEAT, pilotée par l’Aeronautical Development Establishment (ADE) de Bengaluru, invite les PME, startups et institutions académiques à proposer des études de faisabilité pour co-développer un système réduisant la dépendance aux importations coûteuses (souvent à 1 crore par unité), tout en améliorant les évaluations des armes sol-air guidées (SAGW) et la formation des pilotes.

Le secteur de la défense indien s’appuie traditionnellement sur des cibles importées ou des solutions indigènes basiques comme l’Abhyas, un drone expénable à grande vitesse testé avec succès en juin 2024, capable d’atteindre Mach 0,9 grâce à des améliorations de son propulseur. Mais face à des menaces croissantes émanant d’adversaires furtifs tels que le J-20 chinois ou le JF-17 pakistanais, des simulateurs plus sophistiqués et réutilisables sont nécessaires pour les exercices de tir réel. Le projet HEAT prévoit une plateforme qui reproduit ces profils, récupérée par parachute pour être réutilisée, réduisant ainsi le coût par mission à environ 40 lakh de roupies.

Selon la RFI, l’objectif principal est de simuler les dynamiques d’un avion de chasse – vitesses allant jusqu’à Mach 1,4, altitudes entre 13 et 15 km, et manœuvres agiles – ainsi que celles de missiles de croisière et de drones. Cela permettra des scénarios réalistes pour les pilotes de l’IAF lors d’engagements au-delà de la portée visuelle, et pour les opérateurs de systèmes de défense sol-air tels que le Akash, le Barak-8 ou le futur projet Kusha dédié à la défense aérienne à longue portée.

Problèmes technologiques prioritaires :

La RFI identifie quatre défis majeurs pour ce projet, invitant les innovateurs à proposer des solutions intégrant des composants indigènes afin d’accélérer le prototypage et d’assurer une production à grande échelle :

  1. Récupération réutilisable et durabilité : Concevoir un système de parachute en deux étapes fiable pour la récupération en vol ou au sol après la mission, garantissant une structure capable de supporter entre 20 et 30 vols sans dégradation. Ce défi vise à limiter le gaspillage et à permettre un turnaround rapide pour des entraînements intensifs.
  2. Simulation ajustable de la surface radar (RCS) : Intégrer des lentilles de Luneberg ou des amplificateurs radar actifs pour moduler dynamiquement la surface radar entre 0,2 et 1,9 m² sur les bandes S, C, X et Ku, reproduisant ainsi les signatures de diverses menaces. L’objectif est une intégration légère qui préserve l’aérodynamisme, essentielle pour tester la peine d’être détecté lors des calibrations radar.
  3. Guidage avancé et autonomie : Incorporer un système de navigation hybride GPS/NavIC couplé à des capteurs inertiels MEMS et un ordinateur de bord permettant un guidage autonome ou contrôlé depuis le sol. Les principaux défis concernent la résistance au brouillage électronique en temps réel et la transmission de données pour l’analyse post-vol.
  4. Fonctions de guerre électronique multi-rôles : Intégrer des charges utiles leurres et brouilleurs pour perturber les radars ennemis et les détecteurs de missiles lors des tests, tout en maintenant des signatures infrarouges comparables à celles des avions réels. Ce point requiert des sous-systèmes compacts et économes en énergie, compatibles avec les radars AESA Uttam et les missiles Astra.

Ces problématiques, définies en fonction des besoins de l’IAF et des utilisateurs de systèmes sol-air, insistent sur la modularité pour faciliter de futures évolutions, avec un objectif de 60 à 70 % de contenu indigène conformément à la politique Make in India.

Problème prioritaire Défis clés Résultats attendus
Récupération réutilisable Sûreté du déploiement du parachute ; résistance à la fatigue de la structure 20-30 cycles de mission ; remise en état en moins de 24 heures
RCS ajustable Modulation dynamique multi-bandes ; matériaux légers Reproduction de plus de 5 profils de menaces ; précision RCS ±10 %
Guidage et autonomie Navigation résistante au brouillage ; contrôle en temps réel Vol autonome supérieur à 2 heures ; taux de succès des missions de 95 %
Guerre électronique multi-rôles Brouilleurs compacts ; simulation IR Efficacité des leurres supérieure à 80 % ; intégration avec suites électroniques indiennes