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Dans une décision majeure qui illustre la volonté de l’Inde de renforcer des capacités de défense à la fois autonomes et intégrées à l’échelle mondiale, l’Organisme de Recherche et de Développement de la Défense (DRDO) a choisi le Bombardier Global 6500 comme plateforme de base pour son ambitieux programme ISTAR (Intelligence, Surveillance, Acquisition de cibles et Reconnaissance). Cette sélection, issue d’une compétition serrée avec le Gulfstream G550, marque une étape importante dans la modernisation de la capacité de surveillance de l’Armée de l’air indienne (IAF), permettant une intelligence multi-domaines en temps réel capable de redéfinir la supériorité opérationnelle le long des frontières sensibles.

Le feu vert à ce programme d’une valeur de 1,2 milliard de dollars a été donné le 3 juillet 2025, lorsque le Conseil d’Acquisition de Défense (DAC), présidé par le ministre de la Défense Rajnath Singh, a approuvé l’achat de trois avions ISTAR avancés dans le cadre d’un vaste plan de modernisation de 1,05 lakh crore de roupies. Cette approbation, sous la catégorie « Buy Global » (achat global), a ouvert la porte à des fournisseurs internationaux tout en privilégiant l’intégration de capteurs indiens, conformément à l’esprit de l’initiative Atmanirbhar Bharat visant à l’autonomie stratégique. Selon des sources industrielles, après des évaluations rigoureuses axées sur l’endurance, la capacité de charge, la performance en haute altitude et la compatibilité avec la suite de capteurs du DRDO, le Global 6500 canadien s’est imposé comme le favori. La sélection finale de la plateforme, attendue d’ici la fin de l’année, permettra de lancer rapidement les modifications et l’intégration, avec des livraisons prévues dans les 60 mois suivant la signature du contrat.

La concurrence entre Bombardier et Gulfstream a opposé deux jets d’affaires ultra longue portée déjà éprouvés dans des rôles ISR militaires. Le Gulfstream G550, vétéran d’adaptations pour missions spéciales à travers le monde — dont la plateforme Shavit en Israël et l’avion de veille avancée E-550A en Italie — offrait une fiabilité éprouvée et une cabine spacieuse optimisée pour les installations de capteurs. Avec une autonomie de 6 750 milles nautiques et une vitesse maximale de Mach 0,885, il assurait une modularité adaptée aux charges lourdes comme les radars à synthèse d’ouverture (SAR) et les systèmes électro-optiques/infrarouges (EO/IR). Toutefois, la fin de sa production en 2021 posait des incertitudes quant au maintien à long terme et aux mises à jour pour les besoins indiens.

Le Bombardier Global 6500, plus récent et certifié en 2019, a fait pencher la balance grâce à des spécifications supérieures adaptées aux missions de détection approfondie. Il offre une endurance inégalée allant jusqu’à 18 heures et une autonomie dépassant 6 600 milles nautiques, surpassant le G550 en portée opérationnelle et permettant des temps de stationnement prolongés sur des zones vastes comme l’Indo-Pacifique ou les frontières himalayennes, sans ravitaillement en vol. Sa charge utile maximale avec plein carburant — 2 805 livres — dépasse celle du G550 (2 500 livres), offrant un large espace pour la suite multi-intelligence du DRDO, incluant des radars SAR/GMTI (Ground Moving Target Indicator) avec imagerie météo tous temps jusqu’à 200 km, des systèmes SIGINT/ELINT pour l’interception des signaux et des analyses par IA pour la reconnaissance automatique des cibles et la détection de changements. Propulsé par les moteurs Rolls-Royce Pearl 15, cet appareil atteint Mach 0,925 et un plafond opérationnel supérieur à 51 000 pieds, ce qui est idéal pour des opérations en haute altitude en zone protégée.

Cette sélection dépasse le seul aspect matériel et correspond à un alignement stratégique sur les tendances mondiales. L’adoption récente par l’Armée américaine du Global 6500 dans le cadre de son programme High Accuracy Detection and Exploitation System (HADES), livrée en novembre 2024, confirme ses performances en ISR, remplaçant des turbopropulseurs par une plateforme plus rapide et mieux adaptée aux opérations à haute altitude pour une couverture étendue. Pour l’Inde, la fiabilité de disponibilité de 99,83 % du Global 6500, associée à une durée moyenne de 750 heures de vol entre maintenance, réduit significativement les temps d’indisponibilité, un facteur crucial pour une force déployée sur deux fronts. Bombardier a également insisté sur la modularité facilitant les mises à niveau nationales, s’inspirant d’intégrations réussies comme celle du Netra AWACS sur la plateforme Embraer, avec des perspectives d’offsets via des installations locales de maintenance, réparation et révision (MRO).

Au cœur du programme ISTAR – piloté par le Centre des Systèmes Aéroportés (CABS) du DRDO – se trouve la création de véritables centres nerveux aéroportés combinant les capteurs EO/IR pour la reconnaissance visuelle de jour comme de nuit, les radars SAR/GMTI pour le suivi des menaces mobiles par tous les temps, ainsi que les suites électroniques pour l’écoute des communications adverses. Un traitement embarqué assisté par intelligence artificielle générera une image opérationnelle commune (COP) diffusée en temps réel via des liaisons de données sécurisées vers les stations au sol, avions de chasse et unités navales. Basés sur des sites comme Agra ou Jamnagar, ces appareils permettront de guider des frappes de précision, notamment des missiles BrahMos ou des munitions en orbite, tout en restant hors de portée des défenses aériennes ennemies, un enseignement clé tiré des récents affrontements aux frontières.

Les répercussions sur la posture stratégique de l’Inde sont considérables. Dans un scénario de conflit sur deux fronts, les plateformes ISTAR combleront les lacunes actuelles de l’IAF en matière d’ISR, complétant les moyens comme les avions AWACS Phalcon et les drones Heron, tout en surpassant les capacités limitées des systèmes Erieye pakistanais ou des flottes KJ-500 chinoises en termes d’endurance et de fusion de données. Le long de la Ligne de contrôle effectif (LAC), elles pourront surveiller en temps réel les mouvements de l’Armée populaire de libération (PLA) depuis des distances sécurisées, alimentant les commandements intégrés de théâtre pour des réponses rapides. Dans l’océan Indien, la conscience situationnelle maritime sera renforcée, notamment pour détecter les menaces lancées depuis les sous-marins ou la navigation adversaire, sans exposer des moyens déployés en avant.