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Le Gas Turbine Research Establishment (GTRE), un laboratoire de premier plan relevant de l’Organisation indienne pour la recherche et le développement en défense (DRDO), a récemment dévoilé publiquement la dernière version de son moteur dérivé Kaveri (KDE) équipé pour la première fois d’une postcombustion. Cette présentation, illustrée par des images d’ingénieurs inspectant ce moteur avancé dans une installation high-tech, marque une étape majeure dans la quête indienne d’une technologie de moteurs d’avion indigène. Ce développement s’inscrit pleinement dans l’initiative Atmanirbhar Bharat, visant à renforcer les performances de plateformes comme le HAL Tejas et le drone de combat Ghatak, même si son succès dépendra de tests rigoureux et de la résolution de défis historiques.

Le KDE, une variante sans postcombustion du moteur turbofan GTX-35VS Kaveri original conçu par le GTRE, avait déjà démontré une poussée comprise entre 49 et 52 kN, dépassant son objectif initial de 46 kN pour des applications sans pilote telles que le drone RSPA (Robotic Stealth Precision Attack). L’ajout d’une postcombustion — un système injectant du carburant dans les gaz d’échappement pour augmenter la poussée — devrait accroître significativement sa puissance, avec des estimations situant la poussée possible entre 73 et 80 kN. Cela correspond aux exigences du Tejas Mk1A, actuellement propulsé par le moteur GE F404-IN20 délivrant 78,7 kN, et positionne désormais le KDE comme un prétendant sérieux pour des applications sur des chasseurs habités, marquant un changement par rapport à son usage initialement pensé pour des systèmes sans pilote.

La présentation publique du moteur, mettant en avant une vue détaillée de la tuyère, de la chambre chaude et du câblage complexe, illustre la confiance du GTRE dans l’avancement de son projet. Le module de postcombustion, probablement conçu avec des matériaux avancés capables de supporter des températures extrêmes, résulte de plusieurs années de recherche et développement pour surmonter les limitations antérieures, notamment en matière de gestion thermique et d’efficacité du compresseur, qui avaient freiné le programme Kaveri initial.

Évaluation : potentiels et défis

L’introduction d’un KDE équipé d’une postcombustion est une initiative ambitieuse dont la viabilité mérite une analyse approfondie :

  • Potentiel de performance : La postcombustion pourrait propulser la poussée du KDE jusqu’à 80 kN, rivalisant ainsi avec le F404. Ce serait une avancée majeure pour la flotte de Tejas Mk1A, qui pourrait alors progressivement se passer des moteurs importés. Toutefois, cette puissance reste à valider dans toutes les phases de vol, les essais en conditions réelles n’ayant accumulé que 25 heures jusqu’à présent.
  • Maturité technique : La conception visible sur les images révèle une ingénierie sophistiquée, mais l’intégration de la postcombustion ajoute une complexité importante. Le programme Kaveri a connu des retards historiques dus à un sous-financement (239 millions de dollars depuis 1983, comparé à plusieurs milliards investis dans des moteurs tels que le F135). Des lacunes matérielles et infrastructurelles subsistent, même si des partenariats avec des acteurs comme Safran ou l’Institut russe Gromov pourraient réduire ces risques. Le succès restera toutefois tributaire d’une exécution solide en interne.
  • Discrétion et efficacité : Les exigences de furtivité du drone RSPA, notamment la réduction des signatures infrarouges, pourraient être compromises par la signature thermique importante de la postcombustion, à moins que les revêtements avancés développés par GTRE soient pleinement efficaces. Par ailleurs, la consommation spécifique de carburant (TSFC) à ces régimes élevés doit être optimisée pour garantir la viabilité des missions longue portée.
  • Calendrier et intégration : Le moteur devrait être testé sur une ancienne variante Tejas LSP dans un avenir proche, avec des essais en vol envisagés dans un délai de deux ans. La montée en production pour équiper les 180 Tejas Mk1A envisagés par l’Armée de l’air indienne ou les plateformes Ghatak nécessitera d’importants investissements et capacités industrielles, des domaines où le GTRE accuse encore un certain retard.

En cas de succès, le KDE avec postcombustion pourrait fortement diminuer la dépendance de l’Inde envers les fournisseurs étrangers, un enjeu stratégique majeur dans un contexte géopolitique tendu. La perspective d’une version future délivrant 90 kN (le Kaveri 2.0) renforce l’importance de ce programme. Cette présentation publique renforce également la crédibilité de l’Inde sur la scène internationale en matière de technologies de défense indigènes et pourrait ouvrir la voie à des opportunités d’exportation.