Le Japon se prépare à la mise à flot de son prochain sous-marin d’attaque diesel-électrique de classe Taigei, avec une cérémonie programmée le mardi 14 octobre au chantier naval de Kobe, chez Kawasaki Heavy Industries. Le nom officiel du navire sera dévoilé lors de cet événement.
L’avis émis par le Bureau de l’État-Major Maritime précise une fenêtre horaire entre 11h50 et 12h05, heure locale, et indique le vice-amiral Tamotsu Matsumoto comme officier responsable, ce qui témoigne de la cadence régulière de production des sous-marins, alternant entre les chantiers Kawasaki et Mitsubishi. Ce nouveau bâtiment arborera vraisemblablement le numéro de coque SS-518, poursuivant un programme qui remplace le système de propulsion indépendante de l’air (AIP) par des batteries lithium-ion à haute capacité pour accroître la durée et la vitesse des opérations en immersion.
Dans la lignée de la classe Sōryū, le Taigei conserve des caractéristiques proches, avec une longueur d’environ 84 mètres, tout en modernisant son architecture énergétique. Le recours aux batteries lithium-ion a permis de supprimer l’AIP, tout en offrant une autonomie immergée supérieure à des vitesses opérationnelles. Les données officielles indiquent un déplacement en surface d’environ 3 000 tonnes, une largeur (maître-bau) d’environ 9,1 mètres, et un équipage d’une soixantaine de personnes. La propulsion reste conventionnelle diesel-électrique, avec recharge assurée par des moteurs Kawasaki de dernière génération. Les priorités d’intégration portent sur la discrétion acoustique et la réduction des cycles logistiques.
Pour ce qui est des capteurs, l’équipement standard comprend la famille de sonars ZQQ-8, un radar de recherche et de navigation de surface ZPS-6H, ainsi qu’un système de combat modernisé. L’optique optronique embarquée sur le mât et la suite de guerre électronique sont reliées à une architecture de traitement de données telle que OYX-1 et ZQX-12, assurant une fusion efficace des informations issues du sonar, du système de mesure électronique (ESM) et des capteurs de surface. Ces améliorations contribuent globalement à réduire la signature acoustique du sous-marin tout en accélérant les mises à jour tactiques.
L’armement repose sur un schéma éprouvé : six tubes lance-torpilles HU-606 de 533 mm capables d’engager des torpilles lourdes Type 89 ou Type 18, avec la possibilité d’utiliser des missiles anti-navires UGM-84 Harpoon tirés en immersion. La Force d’autodéfense maritime japonaise ne communique pas sur les quantités embarquées, une pratique habituelle. La force de ce choix réside dans la flexibilité d’une combinaison permettant à la fois des frappes à haute mer et des embuscades dans des points géographiques stratégiques tels que les îles Ryukyu ou les détroits intérieurs de Bungo et Tsugaru. L’objectif est de maintenir une chaîne de combat fiable, discrète et renouvelable, plutôt que de recourir à des armements inhabituels.
Ce qui change tactiquement avec le Taigei, c’est le rythme. La capacité des batteries lithium-ion autorise des vitesses d’immersion plus élevées et soutenues sur des durées prolongées, impliquant moins d’interruptions pour le snorkeling, une exposition réduite du périscope, et des repositionnements plus rapides entre diverses zones de surveillance. Dans un contexte sous-marin désormais plus dense, marqué par l’activité accrue des forces navales chinoises et russes, cela permet de consacrer plus de temps au suivi effectif et de réduire les erreurs de prédiction lors du renseignement.
En posture défensive, une approche silencieuse combinée à une accélération rapide offre plus d’options dans des eaux disputées, allant des patrouilles barrières à une réaffectation rapide vers un groupe de surface, sans recourir fréquemment aux phases de recharge qui augmentent le risque d’être détecté. En résumé, le sous-marin échange la résistance passive de l’AIP contre une plus grande marge de manœuvre tactique, adaptée à la géographie complexe de la première chaîne d’îles japonaise.
Sur le plan de la structure des forces, la capacité sous-marine japonaise progresse régulièrement. Le JS Raigei (SS-516) est entré en service en mars 2025, le SS-517 suit une trajectoire similaire pour l’an prochain, et l’objectif d’au moins huit unités de classe Taigei reste d’actualité. Le rythme alterné de construction entre Mitsubishi Heavy Industries et Kawasaki Heavy Industries permet d’envisager un total d’environ vingt-deux sous-marins opérationnels, facilitant la mise à la retraite progressive des sous-marins Oyashio plus anciens, tout en optimisant les cycles de maintenance et de formation.
Chaque nouveau bâtiment introduit une incertitude pour les planificateurs adverses, car l’espace maritime concerné peut désormais abriter une plateforme plus silencieuse, capable d’effectuer des sprints prolongés entre plusieurs postes d’embuscade.
Le lancement du SS-518 à Kobe à l’automne s’inscrit dans un contexte marqué par l’intensification des routes maritimes de la Marine Impériale Allemande (AELP) dans le détroit de Miyako, ainsi que par les présences régulières de la Flotte russe du Pacifique. Une force japonaise de sous-marins d’attaque conventionnels plus nombreuse et modernisée complique considérablement la guerre anti-sous-marine (ASM) des adversaires dans la mer de Chine orientale et la mer des Philippines. Elle soutient également la planification alliée le long du premier archipel.
La communication officielle japonaise reste limitée, mais l’effet stratégique est manifeste : une approche cumulative qui augmente les coûts de la coercition et influence les calculs de dissuasion de Tokyo ainsi que de ses partenaires.