Le ministère japonais de la Défense a annoncé que la Force d’autodéfense maritime (JMSDF) avait identifié un navire espion chinois de la classe Dongdiao, immatriculé 795, escorté par un destroyer lance-missiles de la classe Luyang III, immatriculé 131, naviguant vers l’est à travers le détroit d’Osumi en direction du Pacifique, les 18 et 19 octobre.
Les moyens de la JMSDF, comprenant le destroyer Amagiri, la vedette lance-missiles Otaka ainsi que l’avion de patrouille maritime P-1, ont suivi ce groupe et recueilli des images. Le Dongdiao a été détecté pour la première fois à environ 80 kilomètres à l’ouest de l’île de Kuchinoerabujima le 18 octobre, tandis que le destroyer a été aperçu à environ 40 kilomètres à l’ouest à l’aube du 19 octobre.
Le cœur de cette opération est le Dongdiao de type 815, la plateforme majeure de renseignement électronique de la Marine de l’Armée populaire de libération (APL) de Chine. Pesant environ 6 000 tonnes en pleine charge, avec une longueur d’environ 130 mètres et une largeur de 16 mètres, ce navire de collecte de renseignement navigue à une vitesse de croisière proche de 20 nœuds. Il est équipé de grands radômes sphériques, d’antennes paraboliques et de réseaux d’antennes linéaires permettant la capture de communications et d’émissions électroniques sur de larges bandes, ainsi que d’un hangar et d’une plateforme hélicoptère pour héberger un hélicoptère léger afin d’étendre ses capacités de collecte.
Son armement est limité à des canons légers destinés à l’autodéfense, ce qui souligne sa fonction d’ISR (renseignements, surveillance et reconnaissance) non liée au combat direct. Les données publiques américaines confirment la présence de variantes du Dongdiao dans plusieurs flottes chinoises, attestant que cette classe constitue la plateforme AGI (navire de renseignement) standard de l’APL pour la surveillance en haute mer et l’appui télémétrique des essais de missiles.
Fonctions stratégiques
Le Dongdiao cartographie l’ordre de bataille électronique de la région. Depuis son approche du détroit d’Osumi, il peut analyser les modes radar japonais et alliés, les liaisons de données et les communications reliées aux postes de défense aérienne à Kyushu, aux unités de soutien de la JMSDF ainsi qu’aux actifs américains en transit vers la mer des Philippines.
Les imposants radômes du navire suggèrent une capacité d’interception des liaisons descendantes par satellite ainsi que la surveillance des essais de missiles balistiques. Ces capacités permettent à la Marine chinoise d’affiner ses contre-mesures électroniques et d’améliorer la préparation de ses tirs de longue portée. La discrétion du navire ainsi que sa grande autonomie en mission en font un outil idéal pour des patrouilles de collecte électronique longue durée, opérant sans dépasser les limites légales sur ces eaux internationales.
Un destroyer pour l’escorte et la protection
Le destroyer de classe Luyang III assure la sécurité du Dongdiao. Pesant environ 7 000 tonnes, ce Type 052D dispose d’un lanceur vertical universel de 64 cellules, capable de tirer des missiles de défense aérienne HHQ-9B, des missiles de croisière antinavires YJ-18, des armes de frappe terrestre CJ-10 et des roquettes anti-sous-marines CY-5. Il est équipé d’un radar AESA Type 346A, d’un sonar remorqué et variable en profondeur, d’un canon principal de 130 mm ainsi que de systèmes de défense rapprochée. Ce dispositif multimission protège efficacement l’AGI contre les menaces aériennes, sous-marines ou de surface, tout en offrant une capacité de feu stratégique.
Tactiquement, cette combinaison permet au Dongdiao d’opérer dans des zones richement pourvues en émissions électroniques tandis que le destroyer fournit une couverture et un effet dissuasif, notamment par une surveillance aérienne et antisubmersible accrue, rendant toute tentative de harcèlement du navire collecte difficile.
Contexte géopolitique et posture japonaise
Ce transit s’inscrit dans un schéma désormais familier : la Chine déploie régulièrement ses plateformes de renseignement à travers les détroits jouxtant le Japon pour opérer dans le Pacifique, normalisant ainsi une présence au-delà du premier archipel japonais, tout en collectant des informations sur les activités alliées. Le rapport du ministère japonais de la Défense souligne la vigilance constante mais prudente de la JMSDF, qui mobilise destroyers, vedettes lance-missiles et avions P-1 pour suivre et documenter ces déplacements.
Cette dynamique coïncide avec le renforcement de la posture japonaise, marqué par la création en mars 2025 d’un Commandement des opérations conjointes, une coopération accrue avec les États-Unis et une montée en puissance des capacités de défense dans les îles Nansei. Les analyses publiées par Tokyo insistent également sur l’impact de l’expansion militaire rapide de la Chine et de ses opérations en haute mer, qui transforment l’équilibre sécuritaire dans la mer de Chine orientale et la mer des Philippines. Elles appuient ainsi la nécessité de renforcer les investissements dans les capacités ISR et la défense aérienne maritime.
Sur le plan stratégique, Pékin poursuit plusieurs objectifs avec ces manœuvres : premièrement, la collecte de données électroniques précieuses, notamment autour de Kyushu, pour ajuster ses capteurs et ses missiles en vue de potentielles contingences. Deuxièmement, la démonstration de force et de liberté de mouvement, en montrant que la marine chinoise peut déployer à volonté des groupes mixtes à travers les passages stratégiques japonais, dans le respect du droit international. Troisièmement, la normalisation de ces transits, visant à effacer la perception que ces eaux seraient exclusivement sous contrôle allié.
Face à ces provocations, la réponse japonaise reste la transparence et la présence constante, précisément ce que la JMSDF a mis en œuvre lors de ce suivi entre le 18 et le 19 octobre, en documentant soigneusement les navires et en rapportant les données collectées.
Evan Lerouvillois