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Le ministre afghan des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, a montré une combinaison remarquable de clairvoyance stratégique et de nostalgie culturelle dans sa récente prise de parole publique. Lors d’une rencontre avec la presse à New Delhi vendredi, il a insisté sur le port de Chabahar comme une « bonne route commerciale », reflétant la volonté de l’Afghanistan de s’orienter vers des voies alternatives face aux relations tendues avec le Pakistan.

Ce port, développé par l’Inde dans le sud-est de l’Iran, offre au pays enclavé un lien direct avec la mer d’Arabie et au-delà, en contournant le territoire pakistanais.

Cependant, la réimposition récente des sanctions américaines, mettant fin aux dérogations précédentes, complique la donne en isolant davantage l’Iran.

Cette décision a immédiatement créé des obstacles juridiques, bancaires et assurantiels pour les entreprises indiennes et tierces opérant à Chabahar.

« Chabahar est une bonne route commerciale. L’Afghanistan et l’Inde doivent chercher à lever les obstacles résultant des sanctions américaines. Nous pouvons régler cela par des négociations entre l’Afghanistan, l’Inde et les États-Unis », a exhorté Muttaqi, soulignant le potentiel du port pour faciliter l’exportation de fruits secs, de safran et d’artisanat vers l’Inde et au-delà.

Cette idée semblait bien présente dans son esprit lorsqu’il a fait référence, samedi, lors d’une rencontre avec des analystes et experts indiens organisée par la Vivekananda International Foundation (VIF), au Kabuliwala de Rabindranath Tagore, un récit qui a touché une corde sensible parmi l’auditoire.

« Cette discussion a mis en lumière les liens profonds économiques, historiques, culturels et civilisationnels unissant les deux pays. Sa mention du Kabuliwala de Rabindranath Tagore a fortement ému l’audience », a rapporté le think tank de New Delhi.

La référence de Muttaqi à ce conte de 1892, où un vendeur afghan de fruits secs se rend à Calcutta, semble rappeler une mémoire culturelle partagée qui a historiquement façonné les relations entre l’Inde et l’Afghanistan.

Il a qualifié cette histoire de « pas une fiction — c’est notre histoire ».

Le même jour, le ministère afghan de l’Industrie et du Commerce annonçait une hausse significative de la valeur des exportations afghanes de fruits secs cette année.

Parmi les principaux marchés figurent l’Inde, la Chine, le Pakistan, la Russie, les Émirats arabes unis, le Canada, l’Italie et le Royaume-Uni.

« Durant les huit premiers mois de l’année en cours, la valeur des exportations de fruits secs a atteint 222 millions de dollars, contre 179 millions pour la même période en 2023 », a indiqué Akhundzada Abdul Salam Jawad, porte-parole du ministère, cité par Tolo News.

Cependant, l’Union des exportateurs de fruits secs a déclaré à la même source que les commerçants rencontrent toujours de lourdes difficultés dans les processus d’exportation.

La fermeture du poste frontière avec le Pakistan, théâtre d’intenses combats, le coût élevé du fret aérien et des problèmes liés aux transferts d’argent freinent sérieusement les exportations.

Les autorités à Kaboul avertissent que si ces problèmes ne trouvent pas de solution, des marchés clés comme l’Inde pourraient être perdus.

Par ce mélange d’infrastructures, de commerce et de littérature — volontaire ou non —, le ministre a présenté l’Afghanistan comme une nation aux liens historiques profonds avec l’Inde, aspirant à un engagement pacifique.

Alors que Kaboul navigue dans l’incertitude, les fruits secs peuvent sembler un enjeu mineur, mais ils portent mémoire, identité et espoir.

Dans l’histoire de Tagore, la petite Mini demandait : « Kabuliwala, ô Kabuliwala, où es-tu passé ? » Aujourd’hui, par Chabahar, ce dernier pourrait bien faire son retour.