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Le Kazakhstan a finalement choisi d’équiper sa force aérienne de chasseurs russes Su-30SM, rejetant ainsi une offre concurrente française proposant les avions Rafale. Cette décision a été annoncée le 30 novembre par Yerzhan Nildibayev, chef adjoint de la défense aérienne kazakhe et responsable de la division armement.

Selon Nildibayev, le ministère de la Défense du Kazakhstan prévoit d’acquérir dix nouveaux Su-30SM en 2024, mettant en avant leur rapport « qualité-prix » supérieur par rapport aux concurrents français. Depuis plusieurs mois, Dassault Aviation fait la promotion de ses Rafale auprès du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, nations disposant encore d’une flotte d’avions d’origine soviétique. Les MiG-29 kazakhs et les Su-27 ouzbeks, actuellement en service, devraient être bientôt retirés.

Une flotte déjà intégrée

Le Kazakhstan, qui possède déjà l’armée de l’air la plus moderne d’Asie centrale, a commencé à déployer ses premiers Su-30SM en 2015. À ce jour, trois contrats distincts ont été signés, portant à 23 le nombre total d’appareils acquis.

Le principal argument en faveur de la poursuite de l’adoption du Su-30SM repose sur les avantages liés à la standardisation au sein d’une force aérienne : éviter les complications logistiques et coûts additionnels liés à l’introduction d’une nouvelle plateforme, notamment en matière de formation, de pièces détachées, d’infrastructures et de compatibilité des armements.

Dans la flotte kazakhe actuelle, les Su-30 constituent l’épine dorsale, aux côtés de 32 intercepteurs MiG-31 répartis en deux escadrons. Comparés aux Su-30, les MiG-31 se distinguent par un plus grand rayon d’action et des radars plus volumineux.

Un choix similaire à celui de l’Algérie

Le choix du Su-30SM par le Kazakhstan fait écho à celui de l’Algérie au milieu des années 2000. Bien que la France ait fortement promu le Rafale auprès d’Alger, l’avion français n’y avait pas suscité un intérêt significatif.

Le Su-30SM kazakh est étroitement lié au Su-30MKA algérien. Ces deux modèles sont produits par l’usine aéronautique d’Irkoutsk et sont dérivés du concept du chasseur « génération 4+ » Su-30MKI, initialement développé pour répondre aux exigences de l’aviation indienne.

Ces appareils disposent de moteurs à poussée vectorielle et de radars à réseau phasé, des caractéristiques qui leur confèrent des performances remarquables en combat air-air, nettement supérieures aux versions bas de gamme produites à Komsomolsk-sur-l’Amour. Par ailleurs, le Su-30SM et le Su-30MKA intègrent plusieurs technologies issues du chasseur de supériorité aérienne Su-37, aujourd’hui retiré du service.

Une large zone de couverture

Un atout majeur du Su-30 pour des pays comme l’Algérie et le Kazakhstan réside dans son rayon d’action étendu. Bien que le Rafale bénéficie d’un rayon impressionnant pour un chasseur léger, il reste limité face à des appareils plus lourds tels que le Su-30 ou le F-15.

Les besoins de couverture aérienne de la force aérienne algérienne correspondent à peu près à l’ensemble des territoires de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie, de la Belgique, de la Suisse et de la Grèce réunis. Or, le Kazakhstan dispose d’un territoire 14 % plus vaste.

Le radar plus volumineux et les meilleures capacités de vol du Su-30 lui confèrent un avantage sur le Rafale, notamment par sa capacité à emporter davantage d’armements et à voler sur de plus longues distances. Ce chasseur se révèle ainsi redoutable, notamment grâce à un radar presque deux fois plus grand que le RBE2 du Rafale, offrant une excellente connaissance de la situation tactique.

Avantages et limites

Doté du radar moderne à réseau phasé N011M Bars, le Su-30SM dispose d’une portée maximale de détection de 400 km. En comparaison, les moteurs M88 du Rafale, considérés comme les plus faibles parmi les chasseurs en production, limitent sa vitesse et son plafond opérationnel.

La principale force du Rafale réside dans ses coûts d’exploitation et de maintenance inférieurs, liés à sa catégorie de chasseur plus léger. Cependant, cet avantage est partiellement compensé par le prix d’achat plus bas du Su-30. Certaines variantes du Rafale intègrent des capteurs avancés et des missiles air-air comparables à ceux du chasseur russe de cinquième génération Su-57. Ces technologies devraient être introduites sur le Su-30 via des programmes de modernisation.

Cependant, une contrainte importante pour le Rafale est la propension des fournisseurs occidentaux d’armements à imposer des embargos sur les pièces détachées et à restreindre l’utilisation de leurs équipements à l’étranger. Par ailleurs, les problèmes de compatibilité avec l’équipement russe et soviétique déjà en service au Kazakhstan, ainsi que les difficultés opérationnelles potentielles pour intégrer ces chasseurs dans un réseau commun avec les forces russes, constituent des défis majeurs pour le Rafale.

Une défense aérienne intégrée

Alors que la coopération dans le domaine de la défense aérienne entre le Kazakhstan et la Russie se renforce, notamment à travers le développement en novembre dernier d’un réseau conjoint de défense aérienne au sein de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), l’introduction de chasseurs français à courte portée et de systèmes incompatibles apparaîtrait comme un obstacle important.

L’importance de cette compatibilité s’est particulièrement illustrée en janvier 2022, lorsque le gouvernement d’Astana a sollicité l’aide des forces russes pour épauler ses troupes locales dans la suppression d’une insurrection brève mais violente soutenue par la Turquie. Ce soulèvement avait entraîné de lourdes pertes parmi les forces de sécurité kazakhes.

Boyko Nikolov