Le lanceur autonome multi-domaines franchit une étape déterminante vers son déploiement au sein des forces armées, en vue d’améliorer – voire de remplacer – les lanceurs actuels de l’Armée de terre.
Depuis 2020, le projet AML (Autonomous Multi-Domain Launcher) conduit par le Centre de développement des capacités de combat de l’Armée américaine, via son Aviation & Missile Center (AvMC) et le Ground Vehicle Systems Center (GVSC), a récemment été transféré au bureau des Capacités Rapides et Technologies Critiques (RCCTO). Cette transition marque une avancée majeure vers la mise en service opérationnelle.
Ce transfert s’accompagne d’un nouveau nom, soulignant l’élargissement fonctionnel du système : le « Common Autonomous Multi-Domain Launcher » (CAML). Le RCCTO travaille désormais sur deux versions du lanceur, une moyenne et une lourde.
« Le projet AML a débuté en février 2020, financé par une initiative parlementaire pour démonstration conceptuelle », explique Lucas Hunter, chercheur principal et chef de projet AML chez DEVCOM AvMC. « L’équipe Long-Range Precision Fire s’est interrogée sur la possibilité de piloter et de tirer un lance-roquettes d’artillerie à haute mobilité (HIMARS) à distance. Or, le HIMARS est aujourd’hui 100 % manuel : sa conduite, ses commandes de tir, tout est effectué manuellement via des interrupteurs, boutons et un clavier. Malgré une réception numérique de la mission, le tir reste manuel. »
Les deux centres DEVCOM ont acquis un lanceur HIMARS pour y intégrer des capacités robotiques, sans modifier physiquement le véhicule – aucune opération telle que perçage ou soudure n’était permise, devant pouvoir restituer le lanceur dans son état d’origine. Mi-2021, le prototype a été finalisé et testé avec succès lors d’un tir réel devant un parterre de généraux de l’Armée.
« En soutien au bureau de projet AvMC, le GVSC de Detroit a mis à profit son expérience dans l’automobile et la défense pour livrer un HIMARS robotisé en un temps record », souligne Colin Scott, chef de la branche Robotic Fires du GVSC. « La collaboration étroite entre les centres a permis de mobiliser l’industrie, rassemblant des solutions de pointe qui redéfinissent la puissance de feu de l’Armée américaine pour le XXIe siècle. »
Au cours des quatre années suivantes, le démonstrateur de concept a été transformé en un lanceur entièrement autonome, sans cabine, doublant sa létalité tout en conservant la mobilité et la facilité de transport du HIMARS d’origine.
« L’équipe a tiré parti des investissements antérieurs dans les domaines des lanceurs, de l’autonomie et de la génération d’énergie, tout en intégrant les retours directs des soldats afin de concevoir ce prototype AML de manière rapide et économique », précise Lucas Hunter. « Cette collaboration a permis au AML de participer à l’exercice Valiant Shield 24, ouvrant la voie à sa transition vers un programme opérationnel. »
Le RCCTO joue un rôle clé en tant que passerelle pour faire évoluer AML vers un programme officiel de l’armée, si celle-ci décide d’adopter le prototype. Cette agence est chargée de transformer les prototypes réussis en programmes d’acquisition avec vue sur une production à grande échelle et un déploiement terrain accéléré. En affinant des technologies éprouvées en prototypes plus robustes, le RCCTO permet d’offrir rapidement aux soldats des innovations pour expérimentation et retours, bien plus vite que dans les filières d’acquisition traditionnelles.
Parmi les avancées majeures du CAML figurent ses capacités autonomes de rechargement de missiles. La version lourde CAML-H sera montée sur un châssis de 15 tonnes, capable de tirer des missiles Tomahawk Land Attack ou des intercepteurs Patriot Advanced Capabilities Three Missile Segment Enhancement. Le CAML-M, plus léger, utilisera le Family of Medium Tactical Vehicles pour lancer des munitions Multiple Launch Rocket System ou la nouvelle capacité de protection indirecte contre le feu (IFPC) avec des intercepteurs AIM-9X.
« L’important, c’est que l’équipe de Lucas a tellement bien mûri le matériel que les hauts responsables de l’Armée ont pu développer et enrichir le concept », indique Brad Easterwood, chef adjoint produit CAML au RCCTO. « Ils ont fourni une base si solide qu’elle permet d’y adjoindre d’autres éléments et d’aboutir à une solution nouvelle. »
Alors que le RCCTO assure la transition entre la recherche scientifique et la mise en œuvre opérationnelle, le DEVCOM AvMC conserve son rôle d’expert technique dans le domaine du contrôle de tir des missiles.
« DEVCOM AvMC travaille efficacement à transmettre les enseignements acquis afin d’éviter de répéter les mêmes erreurs lors de la phase de prototypage », souligne Easterwood. « Cette coopération nous donne un avantage considérable, car les défis complexes ont déjà été franchis. Avoir DEVCOM AvMC comme partenaire assure une continuité des connaissances et une progression sans perte d’expertise. »
Pour Lucas Hunter et son équipe, participer à l’évolution du CAML est une expérience très enrichissante et assez rare dans le monde de la science et de la technologie militaire.
« Il est peu fréquent qu’une idée passe du simple concept au prototype puis à la phase de transition », conclut-il. « Voir en cinq ans le travail de l’équipe sortir du laboratoire, pour intégrer un partenaire de transition capable de le porter vers les forces armées, c’est extrêmement motivant. »