La Défense indienne accélère le déploiement d’un système laser de 50 kW destiné à renforcer la protection des navires de guerre de la Marine indienne. Ce laser haute énergie, développé localement par la DRDO, vise à repousser efficacement les menaces croissantes posées par les véhicules aériens sans pilote (UAS), allant des drones commerciaux aux systèmes kamikazes sophistiqués.
La DRDO prévoit d’installer ce dispositif en plusieurs phases sur les bâtiments de combat de premier rang, avec une intégration progressive à partir de 2027, avant un déploiement complet sur toutes les grandes unités de surface au début des années 2030. Un responsable senior de la DRDO souligne : « Les navires sont de plus en plus vulnérables aux incursions de drones — des attaques bon marché et massives qui saturent les défenses classiques à base de missiles et d’armes à feu. Le laser représente une solution idéale : munitions illimitées fournies par le réseau électrique du navire, absence de dégâts collatéraux et temps d’engagements de l’ordre de quelques secondes. »
Le système laser de 50 kW est le fruit du travail du Laser Science & Technology Centre (LASTEC) situé à Delhi, où la technologie laser à fibre a été perfectionnée depuis le début des années 2010. Les premiers prototypes ont démontré leur capacité à abattre des petits drones à des distances de 1 à 2 km lors d’essais menés en 2022 au large de la côte de l’Odisha. En 2024, ce système a évolué vers une version navalisée robuste, intégrée dans une tourelle compacte de 2 x 2 mètres regroupant un dispositif de direction du faisceau, une gestion thermique et un système d’acquisition de cibles piloté par intelligence artificielle.
Contrairement aux armes cinétiques comme les missiles Barak-8, dont le coût unitaire atteint 2 à 3 millions de dollars, les tirs de ce laser ne consomment aucune munition au-delà de l’énergie électrique générée par le navire. L’efficacité du système est garantie par des optiques adaptatives qui maintiennent la cohérence du faisceau même en conditions atmosphériques difficiles, ce qui permet en quelques secondes de détruire l’électronique ou la structure des drones.
Cette initiative répond à la montée en puissance des menaces asymétriques dans les conflits navals récents. Depuis 2023, les frappes de drones houthis en Mer Rouge ont provoqué la perte ou l’endommagement de plus de 20 navires marchands, révélant les limites des systèmes de défense conventionnels face aux drones commerciaux. Plus proche encore, les exercices navals indiens de 2024 en Mer d’Arabie ont simlé une attaque par des « navires-mères » chinois déployant plus de 50 munitions rôdeuses, mettant en difficulté même les défenses multicouches telles que le système MR-SAM Ads.
La DRDO commencera l’équipement prioritairement avec les sept destroyers des classes Kolkata et Visakhapatnam, puis avec les six frégates furtives du projet 17A. À l’horizon 2030, tous les bâtiments de combat majeurs — du porte-avions indigène INS Vikrant aux frégates de la classe Nilgiri de prochaine génération — seront dotés d’au moins une tourelle laser Aditya, avec des installations doubles sur les plus grands navires pour une couverture à 360 degrés.
Le plan d’intégration s’articule ainsi :
- Phase 1 (2026–2027) : démonstrateur technologique installé sur un destroyer classe Kolkata pour des essais en conditions réelles contre des essaims de drones simulés.
- Phase 2 (2028–2030) : retrofit de 10 à 15 navires existants, notamment les frégates Talwar dans le cadre du programme MRFR (Multi-Role Frigate Retrofit).
- Phase 3 (à partir de 2031) : installation systématique sur toutes les nouvelles constructions navales.
Caractéristiques clés faisant de l’Aditya un système révolutionnaire :
- Puissance : 50 kW en continu, évolutive jusqu’à 100 kW lors de futures améliorations.
- Portée d’engagement : jusqu’à 5 km contre les UAS, capable de traiter simultanément des essaims de plus de 10 cibles.
- Consommation électrique : 150 à 200 kW tirés du réseau du navire, négligeable pour des bâtiments à turbine à gaz modernes comme les destroyers classe Visakhapatnam.
- Installation : module autonome pesant moins d’une tonne, compatible avec les systèmes de gestion du combat existants, tels que le radar indigène EL/M-2248 MF-STAR.