Le ministère de la Défense envisage d’augmenter le nombre d’escadrons de l’Indian Air Force (IAF) au-delà du seuil historique de 42, en s’appuyant sur les enseignements tirés du récent conflit intense entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025. Les frappes de représailles menées lors de l’opération Sindoor ont mis en évidence que la supériorité aérienne durable ne repose pas uniquement sur un avantage initial mais sur la capacité à maintenir un rythme opérationnel élevé sur la durée, où les facteurs d’attrition, la logistique et les multiplicateurs de force deviennent déterminants. Les experts soulignent que la force capable de régénérer et soutenir ses opérations aériennes a pris un net avantage dans les phases ultérieures, poussant à une réévaluation de la taille nécessaire des forces aériennes pour les conflits à venir.
Depuis des décennies, l’IAF maintient une structure approuvée de 42 escadrons de chasse – chaque escadron comptant habituellement 18 aéronefs – considérée comme le minimum pour dissuader et combattre simultanément sur deux fronts contre la Chine et le Pakistan. Toutefois, face aux menaces évolutives, notamment la modernisation rapide de la Force aérienne populaire de libération chinoise (PLAAF) avec plus de 2 000 avions de combat et l’intégration par la Pakistan Air Force de plateformes avancées telles que le J-10C, ce chiffre apparaît désormais insuffisant. Selon des rapports médias et des évaluations internes, 42 escadrons risquent d’être trop peu nombreux non seulement pour gérer des opérations simultanées sur deux fronts, mais également dans des scénarios à trois fronts impliquant des acteurs non étatiques ou des menaces hybrides. Certaines projections militent pour une force de 50 à 60 escadrons afin d’assurer une dissuasion crédible et une profondeur opérationnelle suffisante.
Une impulsion pour la production indigène
Des sources proches des cercles de défense indiquent qu’une augmentation validée de la taille des forces aériennes soutiendrait directement les chaînes de production nationales, donnant un nouvel élan à des programmes comme le Tejas MkII et le futur avion de combat multi-rôle de 5e génération Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA). Les commandes confirmées actuelles couvrent environ 240 appareils pour ces deux plateformes, soit l’équivalent de 12 à 13 escadrons, limite qui nuit aux économies d’échelle dans la production. Une expansion à 50 escadrons – soit huit supplémentaires – nécessiterait près de 160 avions de combat additionnels (en supposant 20 appareils par escadron, incluant les réserves pour attrition), ce qui orienterait de nouvelles commandes vers l’industrie domestique conformément à l’initiative Atmanirbhar Bharat.
Le Tejas MkII, un chasseur de poids moyen de génération 4,5, doté d’une portée accrue, d’une charge utile améliorée et d’avionique avancée, s’apprête à franchir le stade des prototypes avec un lancement de production visé à la fin de la décennie. Parallèlement, l’AMCA promet des capacités de furtivité, de supercroisière et d’intégration dans la guerre en réseau, constituant le fer de lance des opérations futures de l’IAF.
Cette possible réorientation intervient alors que l’IAF connaît ses effectifs d’escadrons les plus bas depuis des décennies, tombant sous la barre des 30 unités après le retrait progressif de matériels anciens. Renforcer la production locale ne comblerait pas seulement ces lacunes numériques, mais accroîtrait aussi l’autonomie stratégique de l’Inde, en réduisant sa dépendance aux importations dans un contexte géopolitique incertain. Bien qu’aucun calendrier officiel n’ait encore été communiqué, cette proposition illustre un tournant stratégique vers une puissance aérienne indigène durable, capable de s’imposer dans des conflits prolongés sur plusieurs fronts. Les décisions à venir pourraient profondément transformer l’écosystème aérospatial indien pour les décennies à venir.