Dans une démarche stratégique visant à renforcer les exportations de défense et à promouvoir la fabrication indigène dans le cadre de l’initiative « Atmanirbhar Bharat » (Inde autonome), le ministère indien de la Défense (MoD) envisage activement la location de systèmes d’armes développés localement, notamment des avions de chasse et des hélicoptères, à des pays étrangers intéressés. Cette approche innovante cible particulièrement les nations hésitant à procéder à des achats directs « clé en main », en proposant des options de location à long terme pour faciliter l’accès à des matériels militaires indiens avancés.
Pour la première fois, l’Inde explore ainsi la possibilité de louer son équipement militaire à l’étranger, ouvrant potentiellement une nouvelle source de revenus tout en renforçant les liens diplomatiques grâce à des plateformes fiables et abordables.
La proposition, encore à un stade préliminaire, se concentre sur des équipements indigènes clés tels que l’avion léger de combat Tejas Mk1A et les hélicoptères Advanced Light Helicopter (ALH) Dhruv, Light Combat Helicopter (LCH) Prachand, et Utility Light Helicopter (ULH). Le ministère de la Défense imagine des formules de location flexibles, avec des contrats pouvant atteindre cinq ans ou plus, renouvelables chaque année pour garantir un flux de revenus régulier.
Dans ce cadre, les locataires s’acquitteraient d’un loyer annuel, tandis que les fabricants originaux indiens – notamment Hindustan Aeronautics Limited (HAL) – assureraient la maintenance, les mises à jour et le soutien logistique. Ce modèle de « location avec support » diminue les coûts initiaux pour les pays acquéreurs et garantit une disponibilité opérationnelle, s’appuyant sur l’expérience indienne en matière de maintien en condition opérationnelle de ces plateformes à travers des terrains variés et des missions diversifiées.
Les exportations de défense de l’Inde ont connu une forte progression ces dernières années, atteignant 21 083 crores de roupies (environ 2,5 milliards de dollars) pour l’exercice 2023-24, soit une hausse de 32,5 % par rapport à l’année précédente, selon les données du ministère. Toutefois, les ventes traditionnelles se heurtent souvent à des obstacles tels que le coût élevé initial et des sensibilités géopolitiques, en particulier pour les pays de taille modeste ou en développement.
La location apparaît donc comme une solution innovante, comparable à des modèles déjà adoptés par des puissances comme les États-Unis (avec la location de F-16 au Pakistan) ou la Russie (location de Su-30 à l’Éthiopie). « Pour les pays réticents à l’achat direct en raison de contraintes budgétaires ou politiques, la location offre une entrée à moindre risque vers des technologies avancées », explique une source proche des discussions. « Cela pourrait changer la donne pour des plateformes comme le Tejas, qui sont éprouvées au combat et financièrement avantageuses par rapport aux options occidentales. »
Cette incursion dans la location de matériel militaire constitue une étape importante pour l’Inde, traditionnellement acheteuse sur le marché mondial des armes, mais qui tend de plus en plus à se positionner comme vendeuse. Avec un objectif d’exportations fixé à 5 milliards de dollars d’ici 2025, conformément à la Defense Production and Export Promotion Policy 2020, la location pourrait diversifier les revenus, au-delà des ventes ponctuelles, en générant des recettes récurrentes via des loyers annuels et des contrats de maintenance.
Sur le plan économique, cela dynamiserait l’industrie nationale : Hal affiche un carnet de commandes de 94 000 crores de roupies, et la location permettrait d’intensifier les chaînes de production, de créer des emplois et de renforcer l’industrialisation locale.
Géopolitiquement, cette initiative renforce le soft power de l’Inde dans le Sud global, où de nombreux pays considèrent les armes occidentales comme politiquement contraignantes. « La posture neutre de l’Inde et son soutien après-vente fiable en font un partenaire attrayant », souligne la source. Les marchés potentiels concernent l’ASEAN, l’Afrique et l’Amérique latine, avec un premier contact prévu lors d’expositions de défense, notamment DefExpo 2026.
Cependant, plusieurs défis demeurent, tels que les mécanismes de financement – possiblement via la Banque d’export-import de l’Inde – ainsi que l’interopérabilité avec les forces locataires. Les cadres juridiques, comprenant des accords bilatéraux sur les restrictions d’usage, seront essentiels pour éviter toute utilisation détournée.