New Delhi. Dans un contexte mondial marqué par le terrorisme, les pandémies et les conflits régionaux, le ministre de la Défense indien Rajnath Singh a affirmé lors du Defence Conclave de New Delhi, le 30 août 2025, que l’autonomie stratégique en matière de défense n’est plus une option, mais une condition essentielle à la survie et au progrès. Cette indépendance n’est pas un repli protectionniste, mais un impératif de souveraineté nationale et d’autonomie stratégique.
Lors de cette rencontre dédiée au thème « La guerre au XXIe siècle », le ministre a souligné que les évolutions géopolitiques récentes ont démontré que la dépendance à l’égard d’acteurs étrangers pour la défense n’est plus tenable. Sous la direction du Premier ministre Narendra Modi, l’Inde s’engage résolument vers une politique d’Aatmanirbharta (autosuffisance) pour préserver sa souveraineté stratégique.
Une autonomie affirmée face aux défis internationaux
Face aux tensions commerciales globales, notamment les guerres commerciales et tarifaires, Rajnath Singh a tenu à préciser que l’autonomie de défense ne signifie pas isolement. « Ce n’est pas du protectionnisme. Il s’agit de souveraineté. Lorsqu’une nation riche en jeunesse, énergie, technologie et potentiel progresse vers l’autonomie, le monde en prend note. C’est cette force qui permet à l’Inde de résister aux pressions mondiales et de se renforcer », a-t-il déclaré.
Le ministre a également mis en avant l’exemple opérationnel de l’Inde lors de l’Opération Sindoor, récente démonstration de capacités de défense indigènes. Il a expliqué que cette opération, bien que courte dans sa durée, reposait sur des années de préparation stratégique et sur l’utilisation d’équipements développés localement, soulignant que la réussite de telles missions dépend d’une vision claire et d’une coordination rigoureuse.
Le projet Sudarshan Chakra au cœur de la stratégie aérienne
Rajnath Singh a décrit la mission Sudarshan Chakra comme une initiative cruciale pour la sécurité future du pays, visant à fournir une protection aérienne complète des sites sensibles grâce à une combinaison de technologies offensives et défensives, dans un horizon d’une dizaine d’années. Le ministère de la Défense a récemment validé le test réussi, le 23 août 2025, d’un système de défense aérienne intégré indigène capable de neutraliser simultanément trois cibles, une avancée majeure vers la matérialisation de cette vision.
Renforcement de la marine et avancée dans la construction navale
Le ministre a souligné que tous les navires de guerre sont désormais construits en Inde. Il a cité notamment la mise en service récente des frégates furtives INS Himgiri et INS Udaygiri, équipées d’armements et de systèmes de guerre électronique avancés, reflet d’une volonté claire de ne plus importer de navires. Ces bâtiments de dernière génération renforcent considérablement la puissance navale indienne dans la région de l’Océan Indien.
Un moteur industriel et économique puissant
Sur le plan industriel, l’Inde a engagé la production d’un moteur aéronautique indigène, un défi ancien, avec des préparatifs bientôt visibles sur le terrain. Rajnath Singh a insisté sur le tournant que représente ce projet, évoquant le passage d’un simple questionnement quant à la capacité à fabriquer ces systèmes, à une course à leur déploiement rapide.
La création des corridors industriels de défense dans les États d’Uttar Pradesh et du Tamil Nadu a été présentée comme un levier majeur d’innovation et d’industrialisation dans ce domaine, avec des résultats déjà perceptibles et des perspectives d’extension à d’autres régions.
Le ministre a également rendu compte de la progression spectaculaire des exportations de matériels de défense, passant de moins de 700 crores de roupies en 2014 à près de 24 000 crores en 2025, grâce à la synergie entre secteurs public et privé, start-ups et entrepreneurs.
Des réformes profondément transformantes
M. Singh a évoqué l’impact positif des listes d’indigénisation, qui imposent la fabrication locale de plus de 5 500 produits autrefois importés, avec déjà plus de 3 000 références désormais produites en Inde. Par ailleurs, la production de défense intérieure a dépassé 1,5 lakh crore de roupies, avec un quart provenant du secteur privé, faisant de ce secteur un moteur économique fort, générateur de milliers d’emplois, d’innovation et de croissance industrielle.
Parmi les mesures favorisant le développement industriel figurent la simplification des procédures de licences de défense, la hausse de la limite des investissements étrangers directs à 74 % et la facilitation de la participation du secteur privé via le programme « Make in India ».
Rajnath Singh a également salué le programme iDEX (Innovation for Defence Excellence), qui offre une plateforme aux jeunes innovateurs, start-ups et entrepreneurs pour développer des solutions autrefois importées, renforçant ainsi l’écosystème national d’innovation en défense.
Une politique étrangère axée sur la non-agression et la protection des intérêts nationaux
Sur la scène internationale, le ministre a réaffirmé la position pacifique de l’Inde : « Nous ne cherchons pas d’ennemis, mais nous ne compromettrons jamais nos intérêts. Le bien-être de notre population, nos agriculteurs et petites entreprises reste la priorité. Plus la pression mondiale augmente, plus l’Inde ressort renforcée ».
Rétrospectivement, le ministre a rappelé que ce XXIe siècle est marqué par des défis disruptifs, du terrorisme aux pandémies en passant par les conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et en Afrique, tout en soulignant l’émergence fulgurante des technologies telles que l’intelligence artificielle, l’informatique quantique ou les sciences spatiales, redéfinissant la sécurité mondiale. « Dans un monde aussi instable, l’Aatmanirbharta demeure la seule voie durable », a-t-il conclu.
Réformes structurelles et avancées technologiques
Le ministre a vanté la transformation de l’Ordnance Factory Board en sociétés corporatives, un levier pour se libérer d’héritages coloniaux : de pertes de près de 3 000 crores de roupies en 2019-2020, ces entités affichent désormais un bénéfice supérieur à 1 600 crores, symbolisant une réelle indépendance économique et industrielle.
Enfin, il a souligné l’intégration croissante des femmes dans les forces armées à des postes opérationnels, pilotes de chasse, navigateurs de navires et défenseuses des frontières dans des terrains exigeants. Cette inclusion représente une avancée majeure dans la modernisation et l’ouverture des forces indiennes.
Les capacités technologiques indigènes, depuis les porte-avions, avions de combat, drones, radars jusqu’aux systèmes de missiles, ont permis à l’Inde de dépasser les restrictions post-Pokhran 1998. « Aujourd’hui, le monde sait que l’Inde peut neutraliser ses adversaires en quelques minutes. Ces réussites témoignent de notre puissance industrielle et technologique », a-t-il conclu.
Sur le rôle des médias, il a appelé à une approche responsable en période de conflit, rappelant que la diffusion d’une information peut autant élever le moral que causer des pertes humaines. « Liberté et responsabilité doivent aller de pair. Les médias sont le quatrième pouvoir, mais aussi les gardiens de la sécurité nationale », a-t-il averti.
Le ministre de la Défense a terminé son intervention en affirmant que l’Aatmanirbhar Bharat en matière de défense n’est pas un simple slogan, mais un plan d’action concret pour la sécurité, la souveraineté et le progrès de l’Inde. « Dans les années à venir, l’Inde ne se contentera pas de satisfaire ses besoins, elle deviendra un partenaire de confiance pour le monde. Cette vision fera de l’Inde une puissance décisive du XXIe siècle ».