Article de 1478 mots ⏱️ 7 min de lecture

Le 20 août dernier, des images d’un nouveau missile de croisière ukrainien, le FP-5 « Flamingo », ont été dévoilées. Doté d’une ogive de 1000 kg et d’une portée annoncée jusqu’à 3000 km, ce missile marque une avancée majeure. Son fabricant, Fire Point, basé à Kiev, a lancé une campagne internationale pour présenter cette arme et prévoit d’augmenter significativement sa production d’ici la fin de l’année.

Cet article analyse l’importance stratégique du Flamingo. Il détaille d’abord ses caractéristiques techniques pour évaluer son potentiel avant d’en examiner l’impact dans le conflit en cours en Ukraine et son rôle dans la future architecture de dissuasion européenne.

Caractéristiques techniques du FP-5 Flamingo

Le FP-5 Flamingo est un missile de très grande taille. Fire Point indique une envergure d’environ six mètres, un poids au lancement d’environ 6 000 kg, et une capacité de charge utile de 1 150 kg.

Ce missile est le premier système « lourd » de fabrication nationale dans l’arsenal ukrainien. Les systèmes antérieurs, tels que les mini-missiles de croisière et drones longue portée, étaient nettement plus légers tant en poids total qu’en charge explosive.

Un aspect frappant du FP-5, au-delà de sa taille, est son moteur positionné sur le dessus, rappelant le Fieseler Fi 103 (V-1) allemand, le premier missile de croisière opérationnel utilisé durant la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, les similitudes s’arrêtent là. Contrairement au V-1, équipé d’un moteur pulsoréacteur simple et inefficace, le Flamingo semble propulsé par un turbofan beaucoup plus performant, l’AI-25TL de Motor Sich, un moteur ukrainien utilisé principalement sur l’avion d’entraînement à réaction Aero L-39, comme l’a identifié l’expert en missiles Fabian Hinz.

« Le géant missile de croisière Flamingo ukrainien semble utiliser un turbofan Ivchenko AI-25TL récupéré d’un Aero L-39. » — Fabian Hinz

Un moteur révélateur sous deux aspects

Premièrement, l’association d’un moteur turbofan efficace et la taille conséquente du missile, permettant un grand volume de carburant, explique l’impressionnante portée de 3 000 km annoncée.

Deuxièmement, ce moteur est conçu pour des avions pilotés et n’a pas subi la miniaturisation typique des moteurs utilisés dans les missiles de croisière occidentaux ou russes. Le FP-5 semble donc être un missile construit autour d’un moteur existant, plutôt qu’un moteur développé spécifiquement pour un missile de croisière.

Fire Point annonce une vitesse maximale d’environ 950 km/h, probablement la vitesse terminale. La vitesse de croisière serait légèrement inférieure, mais elle reste supérieure à celle de la plupart des armes longue portée ukrainiennes actuelles.

Pour la navigation, le Flamingo utilise probablement un guidage inertiel assisté par GPS. Il ne disposerait pas de systèmes plus avancés comme TERCOM ou d’un guidage terminal électro-optique ou infrarouge, ce qui permet de limiter les coûts et de simplifier la production.

Selon l’analyste John Ridge, la structure de l’ogive du FP-5 semble s’apparenter au FAB M62. Il n’existe pas de bombe FAB-1000, la charge explosive pourrait donc être constituée de deux FAB-500 non guidées empilées, même si cette similitude pourrait être fortuite.

Quoi qu’il en soit, une charge utile de plus de 1000 kg permet d’emporter 450 à 550 kg d’explosifs équivalents TNT, bien plus que les drones longue portée ou les mini-missiles ukrainiens actuellement en service.

Production du FP-5 Flamingo

Fire Point produit actuellement un missile par jour, soit environ 30 par mois. L’objectif est de multiplier cette production par sept d’ici la fin de l’année, ce qui porterait la production annuelle à plus de 2 500 missiles.

Le principal frein à cette montée en cadence est très certainement le turbofan. Tous les autres composants sont plus simples à fabriquer à grande échelle. La charge incombe donc à Motor Sich pour accroître la production du moteur, ou à Fire Point pour diversifier ses fournisseurs en composants turbofans.

Produire plus de 200 unités par mois reste une projection ambitieuse, mais les industriels ukrainiens ont démontré leur capacité à accroître rapidement la production d’armes conventionnelles longue portée quand les moyens financiers sont disponibles.

Même une production constant de 30 à 50 missiles mensuels d’ici la fin de l’année représenterait un apport significatif à la capacité de frappe ukrainienne.

Létalité et puissance destructive du missile Flamingo

Le FP-5 Flamingo présente plusieurs avantages létaux face aux autres armes conventionnelles ukrainiennes à longue portée.

Sa vitesse terminale élevée combinée à son poids important permet à son ogive de pénétrer profondément dans les structures avant d’exploser, maximisant ainsi les effets destructeurs.

De plus, sa charge utile importante élargit considérablement le rayon létal par rapport aux autres drones ou missiles ukrainiens. Pour une cible résistante à une pression de 20 psi, comme la majorité des structures en béton armé, le rayon létal est d’environ 21 mètres. Pour des cibles plus fragiles, telles que les colonnes de distillation des raffineries, ce rayon peut atteindre 38 mètres.

Cela signifie que malgré une précision moindre due à l’absence de guidage avancé et un CEP de 14 mètres, le missile est quasiment assuré de détruire sa cible en un seul tir, à moins d’être intercepté.

En résumé, si un missile Flamingo atteint son objectif, surtout s’il s’agit d’une cible peu blindée, la destruction est bien plus probable que de simples dégâts.

Capacité de survie face aux systèmes de défense aérienne russes

La vulnérabilité du Flamingo face aux systèmes de défense russe est une interrogation majeure.

En théorie, le missile bénéficierait d’une meilleure capacité de pénétration que les drones ukrainiens longue portée, plus lents et avec une plus grande surface radar. Cependant, son manque de furtivité et son moteur positionné en hauteur le rendent plus détectable que certains missiles occidentaux similaires, comme le Storm Shadow/SCALP-EG.

Le véritable défi sera pour la défense russe de couvrir efficacement tous les vecteurs d’attaque possibles. Avec un rayon d’action atteignant pratiquement tous les objectifs pertinents à l’ouest des montagnes de l’Oural, les systèmes de défense aérienne russes doivent être dispersés largement. Après plus de trois ans et demi de conflit et plusieurs pertes importantes dans leurs systèmes S-300, S-400 et avions de surveillance, cette tâche devient très complexe.

Par ailleurs, la capacité de renseignement ukrainienne sera cruciale, notamment pour localiser et suivre les systèmes de défense adverses et ainsi guider les Flamingo en contournant les zones protégées. Des attaques saturantes combinant un grand nombre de Flamingo et d’armes légères longue portée pourraient également s’avérer efficaces.

En définitive, la question ne porte pas sur la probabilité qu’un missile atteigne sa cible, mais plutôt sur le nombre de missiles qui réussiront à passer les défenses russes, sachant que la production de Fire Point et la défense adverse sont toutes deux incertaines.

Impact sur la dissuasion ukrainienne à long terme

Au-delà de son impact immédiat sur le conflit, la véritable valeur du Flamingo réside dans son potentiel comme arme de dissuasion post-conflit pour l’Ukraine.

Un système d’attaque profonde produit en série comme le Flamingo pourrait devenir le garant principal de la sécurité ukrainienne dans l’ordre européen d’après-guerre, quel que soit le résultat du conflit ou le soutien des alliés occidentaux.

Un arsenal conséquent, estimé entre 2 000 et 4 000 missiles de croisière et balistiques, capable d’être lancé massivement dans les 24 à 48 heures suivant une éventuelle nouvelle agression russe, permettrait à l’Ukraine de dégrader immédiatement et considérablement le potentiel économique russe, dissuadant ainsi toute nouvelle offensive.

Évidemment, bâtir une force dissuasive conventionnelle de cette ampleur est complexe et coûteux. L’Ukraine devra aussi relever des défis logistiques liés au stockage sécurisé de ces missiles en temps de paix et à leur déploiement rapide.

En dépit de ces obstacles, les premiers pas semblent déjà franchis.

De son côté, la Russie est consciente de cette nouvelle menace et pourrait insister pour que tout accord de paix impose à l’Ukraine le désarmement ou des restrictions sur la portée de ses missiles.

Cependant, il serait contre-productif pour l’Ukraine d’accepter de telles conditions. Le pays doit continuer à développer son arsenal pour devenir la puissance de frappe la plus importante d’Europe.