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Le nouveau et plus avancé porte-avions chinois, le Fujian, a traversé le détroit de Taïwan mercredi 17 décembre, marquant ainsi le premier passage connu du navire par cette voie maritime sensible depuis sa mise en service officielle le mois dernier.

Le ministère de la Défense de Taïwan a confirmé que le porte-avions avait franchi le détroit la veille et que les forces taïwanaises avaient suivi de près ses mouvements tout au long de la traversée.

Lors d’une audition devant les parlementaires, le ministre taïwanais de la Défense, Wellington Koo, a indiqué que le Fujian se dirigeait probablement vers l’île de Changxing, située près de Shanghai, où se trouvent les principales installations navales chinoises. Il a précisé que les forces de Taïwan n’avaient pas détecté d’exercices militaires réalisés par le porte-avions durant ce transit.

Ce passage intervient dans un contexte de rapports quasi quotidiens en provenance de Taipei sur l’activité militaire chinoise autour de l’île, que Taïwan perçoit comme une campagne de pression continue menée par Pékin contre son gouvernement démocratique.

Le détroit de Taïwan, étroit bras de mer séparant Taïwan de la Chine continentale, constitue une route maritime stratégique internationale majeure. La Chine revendique sa souveraineté sur ce détroit, une affirmation rejetée par Taïwan et les États-Unis, qui considèrent ces eaux comme internationales.

Plus tard, le ministère taïwanais de la Défense a rapporté que la Chine avait également conduit une patrouille combinée de préparation au combat dans les environs de l’île dès la matinée. Cette opération mobilisait 23 appareils militaires et plusieurs navires de guerre chinois. Parmi les aéronefs déployés figuraient des chasseurs J-10 et des bombardiers H-6K, capables de transporter des armes nucléaires, selon le communiqué officiel.

Le passage du Fujian à travers le détroit fait écho aux manœuvres effectuées avant sa phase d’essais en mer. En septembre, il avait déjà traversé le détroit de Taïwan et pénétré dans la contestée mer de Chine méridionale dans le cadre de ces essais, avant son intégration dans la Marine de l’Armée populaire de libération.

Le Fujian est le troisième porte-avions chinois et représente une avancée majeure dans les capacités navales chinoises. Contrairement aux deux premiers porte-avions, le Liaoning et le Shandong, basés sur des designs russes plus anciens, le Fujian dispose d’un pont d’envol plat équipé de catapultes électromagnétiques. Ces systèmes permettent aux avions de décoller avec des charges plus lourdes et davantage de carburant, augmentant ainsi leur portée et leur efficacité opérationnelle.

Les experts militaires estiment que le Fujian pourra embarquer davantage d’appareils mieux armés que ses prédécesseurs, qui utilisent une rampe de décollage en forme de tremplin. Le nouveau porte-avions devrait aussi accueillir une gamme plus variée d’avions, notamment des appareils d’alerte avancée à voilure fixe capables d’améliorer significativement la surveillance maritime. À long terme, il est prévu qu’il déploie les premiers chasseurs furtifs chinois compatibles avec un porte-avions.

Le président chinois, Xi Jinping, avait assisté à la cérémonie d’entrée en service et de présentation du pavillon du Fujian sur l’île de Hainan le mois dernier, et avait inspecté le navire. Ce geste souligne l’importance politique et symbolique que Pékin accorde à cette unité navale.

Pour Taïwan, cette traversée souligne la sophistication croissante de la présence militaire chinoise dans les eaux entourant l’île. Le gouvernement taïwanais rejette catégoriquement les revendications de souveraineté chinoises et affirme que seul le peuple taïwanais est légitime pour décider de son avenir.

Alors que les tensions dans le détroit restent élevées, le premier passage du Fujian à travers cette voie maritime sensible sera particulièrement suivi par les voisins régionaux ainsi que par les États-Unis, préoccupés par la montée en puissance des capacités militaires chinoises et ses conséquences sur la stabilité dans la région indo-pacifique.