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Le face-à-face militaire de quatre jours entre l’Inde et le Pakistan en mai dernier s’est apaisé, mais les récits contradictoires autour des combats aériens ayant marqué l’opération Sindoor continuent d’alimenter la controverse. Un rapport bipartite récemment publié par le Congrès américain relance le débat en estimant que l’Inde aurait perdu trois avions de chasse — pas tous des Rafale — tout en suggérant des pertes pakistanaises plus lourdes, en croisant ces données avec les affirmations répétées de l’ex-président Donald Trump évoquant huit appareils abattus au total. Si ces deux sources sont exactes, un simple calcul impliquerait la perte de cinq avions pakistanais, un chiffre qui conforterait les revendications de supériorité indienne tout en contredisant la version triomphaliste d’Islamabad.

Le rapport, publié par une commission américaine chargée de surveiller la désinformation chinoise, analyse ce conflit comme une véritable opportunité de propagande pour Pékin. Il accuse la Chine d’avoir exploité ces affrontements pour promouvoir ses avions J-10 et ses missiles PL-15, que le Pakistan aurait utilisés pour abattre des jets indiens, ces matériels étant présentés comme un « argument de vente particulier » auprès des acheteurs internationaux d’armement.

Cependant, dans une rare reconnaissance des pertes confirmées, le document établit que l’Inde a perdu trois appareils, précisant que « tous n’étaient pas des Rafale ». Ce constat rejoint les évaluations des services de renseignement américains datant de mai, où les autorités affirmaient avoir une « grande confiance » dans le fait que deux avions indiens avaient été abattus par des J-10 pakistanais, dont un Rafale.

Donald Trump intervient dans cette polémique avec ses estimations souvent improvisées, qui sont devenues une sorte de légende dans son récit de médiateur. Lors d’un discours prononcé le 5 novembre au America Business Forum à Miami, il a porté son compte de sept à huit avions « essentiellement abattus », décrivant cet épisode comme l’un des huit conflits qu’il aurait évités grâce à ses menaces tarifaires. « Sept avions ont été abattus. Un huitième a été sérieusement touché », a-t-il plaisanté, sans préciser de quel camp il parlait.

Trump a avancé des chiffres variables — trois en mai, cinq en juillet, sept en août — répétant plus de soixante fois cette anecdote Indo-Pakistanaise, souvent associée à son ultimatum de « surtaxe à 250 % » qui aurait, selon lui, forcé une trêve le 10 mai. L’Inde a formellement démenti toute médiation américaine, affirmant que le cessez-le-feu résultait de canaux militaires directs, suite à des demandes pakistanaises d’arrêt des opérations.

L’opération pakistanaise dite Swift Retort a suivi rapidement, avec des frappes aériennes sur des positions indiennes et un combat aérien massif impliquant jusqu’à 125 avions échangeant des missiles au-delà de la portée visuelle pendant près d’une heure. Islamabad a revendiqué l’abattage de six avions indiens — dont quatre Rafale, un MiG-29, un Su-30MKI ainsi qu’un drone Heron — tandis que le Premier ministre Shehbaz Sharif a ensuite avancé le chiffre de sept.

De son côté, l’Inde a assuré avoir détruit entre huit et dix appareils pakistanais, comprenant des F-16 américains et des JF-17 chinois, tant durant les combats aériens que sur le terrain. L’Air Chief Marshal Amar Preet Singh a confirmé la perte de cinq avions de la Pakistan Air Force (PAF), attribuant ce succès aux systèmes intégrés de défense aérienne.

Les réseaux sociaux ont récemment repris ces éléments, les utilisateurs croisant le rapport américain avec les chiffres présentés par Trump. « Dans le pire des cas pour l’Inde : trois avions perdus (au maximum un Rafale). Le Pakistan a transformé les huit avions revendiqués par Trump en une victoire affichée 8-0 », ironisait un analyste, qualifiant la version pakistanaise de « délire délirant ». Un autre commentait : « Le rapport du Congrès américain dit 3 avions indiens… Trump dit un total de 8, donc les autres auraient été pakistanais. »

Les experts se montrent également sceptiques. Si le rapport critique le récit chinois, il valide en creux le succès global indien : l’opération Sindoor a « mis en lumière un déséquilibre dans la politique américaine envers l’Asie du Sud » et a renforcé la cohésion nationale au Pakistan, mais à un coût aérien élevé. Des analystes du Carnegie Endowment ont souligné que la force calibrée de l’Inde a permis de dissuader une escalade majeure, sans occupation territoriale ni franchissement des seuils nucléaires, grâce à une capacité robuste de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) et à des défenses interconnectées.

La propagande pakistanaise, amplifiée par Pékin, a cherché à présenter ce combat comme une victoire des J-10 sur les Rafale — une argumentation commerciale occultant ses propres pertes. Comme l’a moqué un utilisateur de la plateforme X, célébrer cinq avions abattus comme un « échange respectable » tout en clamant une victoire totale reste difficile à croire.