Le Pakistan a lancé sa première chaîne d’information internationale en anglais diffusée par satellite, Asia One, visant à offrir une plateforme pour présenter la perspective du pays à un public mondial. Selon les autorités pakistanaises, cette chaîne mettra en lumière les points de vue du Pakistan sur la politique régionale, la culture et les développements économiques, étant décrite comme une initiative de « soft power » destinée à contrer ce que Islamabad estime être une « couverture internationale biaisée ».
Cependant, des analystes en sécurité mettent en garde contre le risque que Asia One serve également d’instrument pour des campagnes de désinformation soutenues par l’État, ciblant des audiences étrangères. À une époque où la guerre de l’information constitue un élément clé de la compétition géopolitique, une telle plateforme offre au Pakistan la capacité de façonner des narratifs bien au-delà de ses frontières — souvent d’une manière susceptible de saper les positions de ses États rivaux, en particulier l’Inde.
Pourquoi l’Inde devrait-elle s’inquiéter ?
Pour New Delhi, le lancement d’Asia One intervient dans un contexte d’intensification des batailles de propagande en Asie du Sud. Le Pakistan a, par le passé, utilisé les médias pour diffuser des récits sur des sujets sensibles tels que Jammu-et-Cachemire, le terrorisme et la sécurité régionale — des récits souvent contraires à la position indienne dans les forums internationaux.
Une chaîne en langue anglaise étend considérablement la portée du Pakistan auprès des cercles politiques influents, des diasporas et des acteurs d’opinion en Europe, en Amérique du Nord, en Afrique et en Asie du Sud-Est. En éliminant la barrière linguistique, Asia One peut s’inscrire directement dans l’espace diplomatique et journalistique international, où l’anglais demeure la langue dominante.
De plus, avec la diffusion satellite et l’amplification via les réseaux sociaux, les extraits d’Asia One pourraient facilement circuler à l’échelle mondiale, présentant les évènements selon une perspective favorable aux objectifs stratégiques pakistanais. Ces contenus ont le potentiel d’influencer l’opinion publique, de modeler les débats dans les think tanks et même de s’immiscer dans la couverture médiatique générale, si rien n’est fait pour les contrer.
Les risques de désinformation
Des critiques rappellent que plusieurs diffuseurs étatiques dans la région ont déjà été accusés de propager des informations fausses ou trompeuses pour discréditer des gouvernements adverses. Si Asia One emprunte cette voie, elle pourrait devenir une extension sophistiquée de l’appareil de communication stratégique pakistanais, opérant sous le masque d’un média international neutre.
Une telle évolution risquerait de réduire l’espace narratif de l’Inde à l’échelle internationale, surtout si les efforts de New Delhi restent confinés au diffuseur public Doordarshan, qui ne possède ni la portée globale ni le niveau de production nécessaire pour rivaliser efficacement dans le domaine des médias internationaux.
La nécessité d’une réponse adaptée
Les analystes estiment que l’Inde doit repenser sa stratégie médiatique à l’échelle mondiale. Bien que DD News joue un rôle domestique, il ne fonctionne pas comme un outil actif de gestion de l’image à l’international. Pour faire face à des chaînes comme Asia One, il serait indispensable que l’Inde dispose d’une plateforme en anglais dédiée, dotée de moyens financiers importants et d’une rédaction agile, ciblant spécifiquement les publics étrangers.