Un ancien porte-parole du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) met en garde contre la pérennité du conflit au Cachemire, estimant que le Pakistan ne mettra pas fin à sa guerre secrète dans la région. Selon lui, Islamabad privilégierait désormais une insurrection de faible intensité, combinant violence ciblée, propagande et recours à des groupes supplétifs.
Ehsanullah Ehsan, ancien porte-parole du TTP, a révélé dans une interview exclusive que les services de renseignement pakistanais, notamment l’ISI, seraient en train de restructurer des groupes militants comme Lashkar-e-Taiba sous la bannière de l’État islamique au Khorasan (ISIS-K) afin d’opérer comme forces supplétives aussi bien au Baloutchistan qu’en Afghanistan.
Concernant le Cachemire, Ehsan souligne que le Pakistan n’envisage pas de mettre un terme à sa guerre secrète, mais qu’il cherche à éviter les opérations militaires ouvertes. Il explique que la stratégie d’Islamabad migre vers une « insurrection de faible intensité », mêlant utilisation de groupes proxies, propagande et violences ciblées, tout en renforçant ses liens militaires avec Washington afin de contrebalancer l’influence croissante de Pékin et maintenir l’Afghanistan dans son orbite.
Une alliance stratégique avec Washington pour équilibrer Pékin
Ehsanullah Ehsan évoque le renforcement des relations entre Islamabad et Washington, soulignant que les récentes visites du chef d’état-major pakistanais aux États-Unis visent avant tout à équilibrer les rapports de force régionaux. Le Pakistant, confronté à une économie fragile et un endettement croissant, cherche à s’assurer le soutien américain tandis que les États-Unis souhaitent freiner l’influence grandissante de la Chine.
L’ancien porte-parole insiste sur le fait que le véritable pouvoir au Pakistan demeure militaire, le gouvernement civil n’étant que l’exécutant de ses décisions. Selon lui, l’armée pakistanaise redéfinit actuellement sa coopération stratégique avec Washington afin de s’aligner davantage sur les objectifs américains, en particulier celui de garder un œil sur l’Afghanistan.
Le Baloutchistan, un enjeu stratégique pour les États-Unis
Le sujet du Baloutchistan est aussi abordé, avec la désignation récente du Front de libération du Baloutchistan (BLA) comme organisation terroriste par les États-Unis. Ehsan considère que cette décision vise à apaiser Islamabad pour obtenir sa coopération sur le terrain, notamment au regard des ressources naturelles et de la position géostratégique de la région.
Cette désignation reste, selon lui, temporaire, Washington pouvant à tout moment raviver la question baloutche sous l’angle des droits de l’homme ou du droit à l’autodétermination, en fonction de ses intérêts. Le combat pour l’indépendance baloutche, qui jouit d’une reconnaissance internationale, demeure un défi auquel les États-Unis ne pourront pas longtemps fermer les yeux.
Déclin des recrutements à Kashmir et mutation des groupes armés
Ces dernières années, les groupes militants tels que Lashkar-e-Taiba, Jaish-e-Mohammed et Hizbul Mujahideen ont vu leurs recrutements locaux diminuer en raison du durcissement des politiques de sécurité indiennes. Toutefois, ces organisations n’ont pas disparu.
Ehsan explique que Lashkar-e-Taiba est désormais intégré à ISIS-Khorasan et est utilisé comme force supplétive dans des zones sensibles comme le Baloutchistan et l’Afghanistan. Ces groupes opèrent sous la direction directe de l’ISI, qui finance, oriente et contrôle leurs actions.
La tactique pakistanaise repose désormais sur une insurrection de faible intensité, privilégiant la propagande politique, les campagnes sur les réseaux sociaux et des violences sélectives, plutôt que des opérations militaires ouvertes susceptibles d’attirer une pression internationale excessive ou des représailles indiennes.
Sectarisme et convergence entre ISIS et Lashkar-e-Taiba
Contrairement aux idées reçues, Ehsan souligne qu’ISIS et Lashkar-e-Taiba partagent une même origine idéologique liée à l’école Ahl-e-Hadith. La majorité des combattants d’ISIS proviennent de cette mouvance, et les institutions pakistanaises ont récemment rapproché ces groupes afin de servir leurs intérêts stratégiques.
Sous la bannière ISIS-K, ces organisations mènent des attaques, notamment contre les partisans de l’indépendance baloutche, illustrant ainsi leur rôle de forces supplétives au service des objectifs pakistanais.
Relations fluctuantes entre l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde
Les liens grandissants entre New Delhi et Kaboul compliquent la stratégie pakistanaise. L’Inde intensifie progressivement sa coopération avec le régime taliban, sans reconnaissance officielle, tandis qu’Islamabad cherche à maintenir le gouvernement taliban dans son orbite au nom de sa « profondeur stratégique ». Toutefois, la politique étrangère indépendante des talibans rend difficile pour le Pakistan de préserver pleinement ses intérêts.
Une consolidation des relations indo-talbane soutiendrait une diminution de la dépendance afghane à l’égard du Pakistan, ce qui constituerait un revers important pour Islamabad.