Les rumeurs concernant un possible intérêt de l’Inde pour le chasseur furtif russe Su-57 suscitent de vives réactions dans le ciel sud-asiatique, ravivant les débats sur la suprématie aérienne dans un contexte de tensions frontalières persistantes. La réévaluation apparente de ce cinquième génération par New Delhi — qui envisagerait l’acquisition directe de deux escadrons auprès de Moscou et une production locale via Hindustan Aeronautics Limited (HAL) — intervient alors que l’Indian Air Force fait face à un déficit d’escadrons et à des menaces croissantes venue de la Chine et du Pakistan. À Islamabad, cette démarche suscite moins d’inquiétude qu’une volonté de riposte stratégique, les experts pakistanais la percevant comme une tentative désespérée de rattraper leurs propres ambitions en matière de furtivité.
L’attention portée au Su-57 s’explique surtout par le rôle envisagé en tant qu’outil de frappe à longue portée, destiné à combler rapidement les lacunes d’une flotte actuelle de 30 escadrons. Ce revirement fait suite à la sortie de l’Inde en 2018 du programme conjoint du Fighter de cinquième génération (FGFA), motivée par des doutes concernant les performances et le transfert de technologies. Pour séduire New Delhi, la Russie a proposé des livraisons clés en main et une production dans l’usine de Nashik, espérant ainsi compenser les effets des sanctions occidentales qui limitent ses exportations.
Dans un entretien avec Defence Blog, l’analyste militaire pakistanais Zarvan Ali a analysé cette décision, soulignant la vision binaire qui domine les relations bilatérales. « Tout ce que l’Inde acquiert est perçu comme une menace, compte tenu de la nature des relations indo-pakistanaises. Mais au lieu de nous effrayer, nous travaillons constamment à des contre-mesures », a-t-il déclaré.
Ali a relativisé l’engouement autour du Su-57, le comparant à d’anciennes acquisitions indiennes qui n’ont pas toujours répondu aux attentes sur le champ de bataille. « Cette fois, c’est l’Inde qui tente de rattraper son retard, car le Pakistan a déjà annoncé son intention d’acquérir prochainement le J-35 chinois. Certes, le Su-57 est un appareil, mais il en est de même du Rafale », a-t-il expliqué. Le Shenyang J-35, chasseur furtif chinois capable de décollage depuis porte-avions et dévoilé en 2024, aurait été proposé au Pakistan dans un lot de 40 exemplaires d’une valeur de plusieurs milliards, à la suite de l’escalade de mai 2025. Bien que le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, ait démenti ces rumeurs d’achat en les qualifiant de « spéculations médiatiques », cette offre témoigne du renforcement croissant des liens militaires sino-pakistanais, avec des livraisons envisagées pour la fin 2025 ou au-delà, sous réserve de la disponibilité des financements.
Ce jeu trans-himalayen risque de dégénérer en une véritable course aux armements furtifs. Pour l’Inde, une éventuelle acquisition du Su-57 pourrait compliquer ses relations avec les États-Unis, d’autant que les sanctions CAATSA menacent tout achat russe, alors que Washington encourage parallèlement les ventes du F-35. De son côté, le Pakistan mise sur la générosité chinoise pour soutenir l’acquisition du J-35, malgré un contexte financier marqué par les aides du FMI, illustrant ainsi l’orientation militaire de cette alliance dite « tous temps ».
Alors que les deux parties réajustent leurs stratégies, les leçons du conflit de mai restent présentes : la supériorité ne se mesure pas seulement aux spécifications techniques, mais à l’intégration des systèmes et au courage des pilotes. Pour les 1,8 milliard d’habitants de l’Asie du Sud, l’enjeu réel réside dans la dissuasion, plus que dans la domination — mais dans cet affrontement géopolitique, chaque appareil compte.