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Le Bangladesh renforce ses capacités balistiques avec l’acquisition du système de missile à courte portée chinois SY-400, une menace directe pour plusieurs centres urbains et infrastructures stratégiques de l’Est indien. Face à cette évolution, l’Inde renforce sa défense antimissile par un système multi-couches intégrant des équipements nationaux et importés pour protéger ses frontières sensibles.

Dans une démarche qui bouleverse l’équilibre sécuritaire en Asie du Sud, l’armée bangladaise a conclu un accord portant sur le système de missile balistique à courte portée (SRBM) SY-400, développé par la Chine. Ce missile de haute précision, dérivé de la version air-sol CM-400AKG, affiche une portée de 280 km, plaçant ainsi des villes comme Kolkata, l’aéroport stratégique de Guwahati et le corridor sensible de Siliguri dans la ligne de tir. Cette acquisition marque un renforcement significatif de l’influence de Pékin à Dacca, sur fond de détérioration des relations indo-bangladaises sous le gouvernement intérimaire de Yunus, plus favorable à la Chine. Prévenue par des renseignements satellitaires et humains, New Delhi répond en consolidant ses défenses orientales grâce à un déploiement combiné du système russe S-400 et du missile balistique Akash-NG d’origine indienne.

La commande, confirmée par des sources militaires bangladaises et relayée sur plusieurs forums régionaux, illustre la volonté de Dacca d’établir une dissuasion asymétrique dans un contexte économique difficile et de tensions frontalières récurrentes. Estimé entre 200 et 300 millions de dollars, ce contrat prévoit l’acquisition d’une batterie complète composée de 8 véhicules lanceurs-créateurs (TEL) 8×8, chaque TEL pouvant embarquer de 4 à 8 missiles SY-400. Il s’agit du premier missile balistique à courte portée véritablement moderne pour le Bangladesh, qui dépasse ainsi ses roquettes plus anciennes. « Ce n’est pas seulement un équipement ; c’est une couverture stratégique contre l’Inde », résume un analyste du ministère indien des Affaires étrangères, soulignant l’intégration du système chinois de navigation par satellite Beidou garantissant une précision inférieure à 10 mètres.

Le SY-400 est logé dans des véhicules tout-terrain robustes et utilise un propulseur solide pour propulser un missile de 6 mètres de long et environ 900 à 1300 kg, équipé d’une ogive explosive conventionnelle de 150 à 200 kg ou d’un sous-munition. Lancé à la verticale, il atteint une altitude de 40 à 50 km avant de fondre sur sa cible à une vitesse terminale de Mach 5,5. Sa trajectoire et sa capacité de correction en phase de vol grâce à la navigation inertielle et aux données satellitaires compliquent la détection et l’interception par les systèmes défensifs classiques. Stationnés dans les bases bangladaises proches de Jessore ou Comilla, à seulement 50-100 km de la frontière, ces missiles pourraient atteindre Kolkata en moins de cinq minutes, menaçant ses infrastructures portuaires et raffinements pétroliers. La situation est encore plus critique pour le couloir stratégique de Siliguri, connu sous le nom de « Couloir du Cou de Poulet », étroit passage reliant le reste de l’Inde à sa région nord-est, situé à environ 80-120 km des points de lancement. Guwahati, à 200 km au nord, accueille une base aérienne de l’Indian Air Force à Tezpur, cible potentielle pour perturber la logistique dans la vallée du Brahmapoutre.

La menace n’est pas exagérée. Exporté notamment vers la Birmanie depuis 2021 et envisagé pour l’Algérie, le SY-400 se distingue dans les contextes littoraux, proposant même une version anti-navire susceptible de harceler les patrouilles de la marine indienne dans le golfe du Bengale. Le Bangladesh dispose là d’une arme coût-efficace, chaque TEL étant vendu autour de 20-30 millions de dollars, contre près du triple pour son équivalent russe Iskander. La Chine livre cet arsenal via sa société China Precision Machinery Import-Export Corporation (CPMIEC), qui fournit également la formation et un soutien logistique, renforçant les liens économiques croissants inscrits dans le cadre de l’initiative « Belt and Road » estimée à 10 milliards de dollars dans le pays, incluant ports et voies ferrées.

Cette acquisition intervient dans un contexte politique tendu depuis août 2024, après le renversement de Sheikh Hasina lors d’un soulèvement étudiant soutenu, selon certaines allégations, par des intérêts pakistanais et chinois. Le gouvernement intérimaire de Muhammad Yunus, qui s’est rapproché de Pékin tout en distançant New Delhi, notamment sur des questions sensibles comme le partage des eaux du fleuve Teesta et les incidents frontaliers, met à contribution sa défense, déjà modernisée avec des chars chinois Type 15 et VT-5 légers, pour se doter d’une capacité balistique similaire à l’arme tactique nucléaire pakistanaise Nasr. Les services de renseignement indiens signaleraient également la présence potentielle de missiles balistiques pakistanais Abadi aux côtés du SY-400, mais ce dernier se distingue par sa rapidité supérieure.

Pour l’Inde, ce développement est une source d’inquiétude majeure le long des 4 096 km de frontière commune. Le SY-400 peut également soutenir la présence maritime chinoise, escortant des destroyers Type 052D jusqu’à Chittagong ou combiné à la flotte croissante de drones bangladais pour mener des opérations hybrides. Toutefois, un conflit ouvert semble improbable compte tenu des contraintes économiques de Dhaka, avec un PIB par habitant de seulement 2 800 dollars, et des échanges commerciaux bilatéraux annuels dépassant les 15 milliards de dollars, qui maintiennent une interdépendance.

La réponse indienne : une défense antimissile multi-couches
New Delhi adopte une stratégie proactive et flexible mêlant dissuasion, refus d’accès et diplomatie. Le programme indien de défense antimissile balistique (BMD), actuellement en phase II de son déploiement, met en place une protection en trois niveaux sur la frontière orientale :

  1. Gardiens long-courriers : Cinq régiments du S-400, dont un escadron déployé à proximité de Siliguri et Hasimara depuis 2023, emploient les missiles 40N6 capables d’intercepter des cibles à 400 km. Spécialistes des SRBM, ces systèmes affichent un taux de réussite de 80 % contre des cibles factices Prithvi, selon le DRDO. L’arrivée en 2025 du missile QRSAM fabriqué localement viendra renforcer la capacité mobile « tir et oublie ».
  2. Intercepteurs en phase exo-atmosphérique : Les systèmes Prithvi Air Defence (PAD), modernisés avec des radars à bande Ku, patrouillent à 80 km d’altitude pour éliminer les ogives ennemies avant leur rentrée dans l’atmosphère. Couplés au système de détection longue portée Swordfish (4000 km), ils constituent le cœur nerveux du BMD, relié au système intégré de commandement et contrôle aérien (IACCS).
  3. Intercepteurs en phase terminale : Les missiles endo-atmosphériques Advanced Air Defence (AAD) et Ashwin, avec le missile Akash-NG (portée de 50 km à Mach 2,5), forment la dernière barrière de défense contre les menaces à trajectoire basse. Déployés en dix batteries le long de la frontière bengalie, ces systèmes ont démontré leur efficacité, atteignant des interceptions à Mach 6 lors des essais en Odisha.

L’offensive complète la défense : les missiles de croisière supersoniques BrahMos, lancés depuis les Su-30MKI ou les missiles balistiques Agni-P, peuvent réaliser des frappes préventives contre les véhicules lanceurs SY-400, tandis que les Rafale équipés de missiles SCALP imposent des zones d’exclusion aériennes. En parallèle, les capacités de guerre cyber—pilotées par l’agence NTRO—pourraient perturber les guidages Beidou, comme évoqué lors de l’opération Sindoor de 2025, ciblant les radars pakistanais.

Système Portée / Altitude d’interception Atout par rapport au SY-400 Statut de déploiement (Est indien)
S-400 (Russie) 400 km / 30-185 km Suit des cibles jusqu’à Mach 14 ; couverture 360° 2 escadrons actifs dans le secteur de Siliguri
PAD/AAD (DRDO) Détection jusqu’à 5 000 km / altitude 80 km Interception exo et endo-atmosphérique ; conçus localement, coût maîtrisé Phase II en essais, intégration Hasimara
Akash-NG (DRDO) 70 km / <30 km Défense en essaims ; rechargement rapide (10 minutes) 10 batteries couvrant l’arc Guwahati-Kolkata
BrahMos (frappe préventive) 290-800 km / vol de croisière ras de mer Saturation supersonique ; ciblage des TEL Déployé dans l’IAF et la marine indienne, bases Andaman